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Yvon Dallaire

La nature humaine

Yvon Dallaire, psychologue clinicien, auteur et conférencier

Le débat nature – culture confronte l’idée de talents et de traits de caractères programmés dès la naissance à l’idée de la page blanche sur laquelle notre culture et notre environnement façonnerait notre personnalité : « On ne naît pas femme – ou homme – , on le devient ».

D’un côté les behavioristes, certains anthropologues et beaucoup de sociologues affirment que tout dépend de l’environnement. Ils ont alors proposé d’offrir des poupées au lieu de fusils aux petits garçons espérant créer ainsi un monde plus pacifique.

D’un autre côté, les généticiens, les évolutionnistes et les psychologues expérimentaux disent que nous entretenons des illusions extravagantes sur la malléabilité du cerveau et nient que nous soyons seulement le résultat d’un processus de socialisation.

Les preuves ne manquent pas pour démontrer que la nature humaine est déterminée par des structures déjà présentes dans le cerveau bien avant la naissance du bébé et que ces structures sont plus puissantes que l’influence de la culture et de l’environnement. Nous sommes programmés pour agir comme des humains – avec ce qu’il y a de meilleur et de pire – et non comme des chimpanzés ou des hippopotames.

C’est le philosophe John Stuart Mill qui, le premier, présenta l’esprit humain comme une feuille blanche sur laquelle on pouvait écrire ce que l’on voulait. Son idée de base : nous sommes tous égaux ; nous pouvons donc tous accéder à n’importe laquelle situation sociale. N’importe quel enfant pouvait alors devenir médecin, artiste ou mendiant. Pourtant…

Une bonne idée en soi pour lutter contre les préjugés sexistes et raciaux basés sur des facteurs biologiques, mais cette idée a été exploitée par des systèmes totalitaires qui croyaient pouvoir faire faire tout ce qu’ils voulaient aux masses.

Pire, cette idée a rendu suspects tous ceux qui soutenaient l’idée de la compétition darwinienne (la loi du plus fort ou de préséance) et l’idée que les émotions, les affinités, les différences entre les sexes sont, dans une très large mesure, déterminées biologiquement. Selon Steven Pinker , même la conscience, l’amour et la volonté seraient des données de la nature et non de la culture.

Plusieurs répugnent à accepter que la génétique et la biologie puisse influencer notre cerveau et notre esprit humain. Pourtant, il nous sera impossible de transcender notre nature humaine tant et aussi longtemps que nous ne l’aurons pas reconnue telle qu’elle est. Des gens ont longtemps cru que la terre était plate…

Nature et couple

Comment aider les hommes à mieux gérer leur agressivité et leur violence s’ils ne reconnaissent pas leur tendance innée à la fuite ou au combat ? Comment aider les femmes à être moins contrôlantes si elles ne reconnaissent leur insécurité viscérale due à leurs fluctuations hormonales.

Reconnaître l’importance de la nature dans l’humanité ne signifie pas s’y soumettre. La génétique n’entraîne que des tendances que la culture peut contrecarrer ou en faciliter l’expression et en canaliser les aspects positifs.

Reconnaître que les femmes, grâce à certaines structures de leur cerveau, sont plus intuitives et empathiques ne signifie pas qu’elles sont moins intelligentes que les hommes, mais que leur intelligence s’exprime différemment.

Reconnaître que les hommes, grâce à leur testostérone, ont un taux d’agressivité plus élevé ne signifie nullement qu’ils peuvent être plus violents ; mais cette agressivité pourrait être davantage mise à contribution pour construire le monde plutôt que de la démoniser.

Si le principal reproche des hommes envers leur femme est qu’ « elles chialent tout le temps » et que celui des femmes envers leurs hommes est qu’ « ils ne pensent qu’au sexe », peut-être y a-t-il là un substratum purement biologique? Vive la nature!


Chronique publiée le 29 janvier 2012 dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec.

Pour consulter l’article sur le site de Canoë

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