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Introduction - Prévention du suicide : les grands défis de la psychologie

Introduction - Prévention du suicide : les grands défis de la psychologie

EXPERT INVITÉ
DRéal Labelle | Psychologue 

Le Dr Labelle est psychologue et œuvre au sein des organisations suivantes : Département de psychologie, Université du Québec à Montréal; Département de psychiatrie, Université de Montréal; Centre de recherche et d’intervention sur le suicide, enjeux éthiques et pratiques de fin de vie; Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. 

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déc. 2017

La psychologie est passionnante. Elle jette des regards éclairants sur une panoplie de comportements humains énigmatiques comme le suicide. Le présent dossier offre aux lecteurs des textes au contenu riche qui résument bien quatre grands défis de la psychologie en prévention du suicide. En effet, la prévention du suicide passe par la promotion du savoir, de la recherche, de la pratique et de l’innovation en psychologie.

D’abord, la Dre Corbeil, psychologue, et le Dr Richard-Devantoy signent un papier original visant le partage de savoirs lié aux hypothèses freudiennes de l’acte suicidaire. À travers l’œuvre du père de la psychanalyse, les auteurs revisitent la dimension homicide du suicide en lien avec le narcissisme, la violence et l’agressivité. L’entretien clinique chez le suicidaire supposerait l’écoute attentive du discours du patient afin de cerner sa violence destructive et son incapacité d’aimer. Ce travail apparaît comme un bon exemple du rationnel théorique entourant les processus psychiques sous-jacents à la pratique clinique d’approche psychodynamique du suicide.

Vient ensuite un texte sur les activités de recherche de la Dre Séguin et de Mme Chawky, psychologues. Ces deux auteures proposent un modèle de l’acte suicidaire basé sur une compréhension développementale de quatre trajectoires de vie. Ces profils apportent de nouvelles connaissances dans l’explication du suicide à l’aide des facteurs de risque et de protection. Plus encore, ces cheminements particuliers permettent d’étudier les déterminants du phénomène de façon transnosographique. Ce travail est une autre bonne illustration des bienfaits de la recherche au service de la psychologie en prévention du suicide.

Puis, un troisième écrit plus appliqué et s’inscrivant dans une « psychologique fondée sur les preuves » est exposé. Plus précisément, la Dre Léonard et Mme Hamel, psychologues, font le point sur le deuil de l’enfant et de l’adolescent ayant perdu un proche par suicide. Après quoi, elles exposent les résultats de deux évaluations de programme portant sur la thérapie de groupe pour cette clientèle. La psychologie, surtout celle en clinique spécialisée, et les sciences de la santé en général évoluent ainsi de façon inévitable vers des interventions de plus en plus valides. Pour l’avenir, les programmes axés sur le coping d’approche cognitive et comportementale comme ceux proposés ici semblent primordiaux pour traiter les enfants et les adolescents endeuillés par suicide.

Enfin, un quatrième papier rédigé par la Dre Geoffroy, psychologue, et la Dre Renaud fait état de deux études longitudinales montrant l’association entre la victimisation et le risque suicidaire. De fait, l’avènement du numérique et des médias sociaux provoquent de nombreux bouleversements. De nouveaux phénomènes comme la cybervictimisation par les pairs semblent être associés au suicide. Encore une fois, la contribution de la psychologie peut être d’une grande pertinence pour comprendre et proposer des pistes de solution afin de prévenir le suicide, notamment chez les jeunes. Qui plus est, les auteurs soulignent certaines modalités d’intervention renvoyant à des innovations comme un site Web et une application mobile pouvant être mis en place par les psychologues, les intervenants scolaires et les parents pour aider les victimes et les agresseurs.

En complément de ces quatre textes, une entrevue avec le Dr Brian L. Mishara permet de cerner les contributions majeures du Centre de recherche et d’intervention sur le suicide et l’euthanasie (CRISE, Université du Québec à Montréal). Rappelons que ce regroupement stratégique de chercheurs et de cliniciens du Québec a été créé en 1996 et qu’il adopte l’approche psychosociale dans la compréhension du suicide. À cela s’ajoute une autre équipe scientifique de renom, le Réseau québécois sur le suicide, les troubles de l’humeur et les troubles associés (RQSHA, Université McGill). La mission de ce réseau fondé en 2009 vise en premier l’étude du suicide selon l’approche biomédicale.

En terminant, un mot sur le devenir de la psychologie en prévention du suicide. Au cours des prochains mois, les psychologues devront porter leur attention sur certains débats et projets. Pour n’en nommer que quelques-uns, surveillons d’une part les pourparlers sur l’accès équitable aux services de psychothérapie pour les personnes présentant un trouble dépressif et suicidaire menés par l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS, 2015) et, d’autre part, les discussions sur la nouvelle entité clinique portant sur le trouble de la conduite suicidaire et les lésions auto-infligées non suicidaires présentées dans la cinquième version du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5; APA, 2013). Assurons-nous enfin de prendre part aux prochains projets liés à la Stratégie numérique en prévention du suicide, à la Stratégie conjointe de prévention du suicide des Forces armées canadiennes et des Anciens combattants et à la Stratégie nationale de prévention du suicide au Canada (Lesage et coll., 2017).

 

Bibliographie

American Psychiatric Association. (2013). Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th edition (DSM-5). Washington, DC.

Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS). (2015). Avis sur l’accès équitable aux services de psychothérapie. Volet I – Examen des données probantes sur l’efficacité et le coût de la psychothérapie comparativement à ceux de la pharmacothérapie dans le traitement des adultes atteints de troubles anxieux et dépressifs. Rapport rédigé par Alvine Fansi et Cédric Jehanno. Québec : Gouvernement du Québec.

Lesage, A., Turecki, G., Daniels. S. (2017). Public Health Agency of Canada and a National Suicide Prevention Strategy. Editorial letter, Canadian Medical Association Journal, 30, 189.

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