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Maryse Hébert : une femme de l’ombre aux nerfs d’acier

Hélène de Billy | Journaliste et écrivaine

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déc. 2021

Présidente-directrice générale adjointe (PDGA) du Centre intégré de santé et de services sociaux de Montérégie-Est (CISSSME) depuis juin 2021, la psychologue Maryse Hébert occupe ce poste de responsabilité en pleine quatrième vague de la pandémie de COVID-19 alors que l’organisation de plus de 15 000 employés doit composer avec une pénurie de ressources. 

Gestionnaire dans le réseau québécois de la santé, la psychologue Maryse Hébert ne cherche pas à attirer l’attention sur ses accomplissements non plus que sur sa personne. La gestionnaire de 48 ans me reçoit dans son modeste bureau, situé au centre administratif Adoncour, à Longueuil. 

« Je ne me considère pas comme quelqu’un de spécial. Je fais mon boulot, mais je dois dire que c’est un réel privilège de prendre part aux décisions et de contribuer à changer les choses. » Avec l’avènement de la COVID-19, comme tout le monde dans le réseau de la santé, elle a dû subir un surplus de pression. « Durant la première vague, en plus de nos heures régulières, on était en devoir toutes les fins de semaine, en cellule de crise ou en cellule d’urgence. » 

Un territoire colossal, à l’image de ses responsabilités 

Son territoire est immense. Ses responsabilités aussi. « Ma formation de psychologue m’aide à affronter les situations les plus délicates », dit-elle. Comme PDGA du CISSSME, elle est à la tête d’une organisation qui embauche plus de 15 000 employés, couvre une population de 520 000 personnes et absorbe un budget dépassant le milliard de dollars. 

Le président du comité exécutif du conseil multidisciplinaire dans la région de la Montérégie-Est, Stéphane Girard, reconnaît de grandes qualités à Mme Hébert, avec qui il œuvre au CISSS depuis 2015. Il loue particulièrement la capacité d’écoute de sa collègue et sa disponibilité. « Pour moi, Maryse, c’est une grande gestionnaire et une femme de cœur. On peut la texter à six heures du matin, elle est toujours là pour nous coacher. Elle possède une grande rigueur et une capacité extraordinaire pour décoder les problèmes. Dans le domaine de la santé et des services sociaux, c’est fondamental. Elle n’est pas le type de gestionnaire froide qui profite de sa position pour se placer au-dessus de vous. C’est une femme d’équipe qui sait tout de suite vous mettre à l’aise. » 

Faire face à la pénurie de main-d’œuvre

En dehors de la pandémie, son plus grand défi à l’heure actuelle concerne la pénurie de main-d’œuvre. Celle qui assuma pendant plus de 10 ans la direction des Programmes de santé mentale reconnaît qu’il faut redoubler d’efforts pour recruter les meilleurs dans leurs domaines. 

« Terminé l’époque où l’employeur pistait le meilleur candidat au terme d’un long processus de sélection, dit-elle. Aujourd’hui les rôles sont inversés. Les candidats magasinent leur employeur. »

Le réseau de la santé et des services sociaux est en compétition avec le secteur privé ici et dans les autres provinces. On a besoin de ces ressources. Il faut faire vite. On ne veut pas les échapper. « Les gens nous disent : qu’avez-vous à nous offrir? Pour répondre à cette situation, on a prévu des programmes de toutes sortes pour fidéliser notre monde. En ce moment, on recrute même parmi les étudiants pour espérer les retenir une fois qu’ils seront diplômés. »

À son habitude, elle s’efforce de dédramatiser la situation : « Tous les secteurs sont touchés. On trouve même des Tim Hortons en ce moment qui sont à court de beignes et ne servent que du café. »

La polyvalence, une richesse et sa marque de commerce

Au cégep, en sciences humaines, au début des années 1990, la future gestionnaire a pris soin de choisir une option mathématique avec plusieurs cours en comptabilité, sans trop savoir à quel point cela allait lui servir. À l’Université du Québec à Trois-Rivières, par la suite, elle acquiert coup sur coup un baccalauréat en psychologie, une maîtrise dans la même discipline et un certificat en gérontologie. 

Ses diplômes en poche, elle se présente dans un CLSC de sa région. On n’a rien à lui offrir. Elle n’en revient pas encore. « En 1997, il n’y avait pas d’emploi pour les psychologues. » Au bout d’un moment, elle réussit à obtenir un job d’agent responsable à la revitalisation du milieu, « mais ça n’avait rien à voir avec ma formation universitaire ».

Un an plus tard, la crise du verglas vient tout changer. Parce que la situation est différente et que la demande pour les psychologues se fait sentir, Maryse Hébert trouve finalement une ouverture dans sa spécialité, à deux pas de chez elle, à Saint-Nazaire-d’Acton. « On m’a mise sur une liste de rappel. J’ai occupé tous les postes de la boîte dans les volets psychosociaux, puis je me suis spécialisée en psychologie jeunesse avec une charge de cas vulnérables à domicile. »

Cette polyvalence, qui sera sa marque de commerce au cours des années à venir, l’aidera à bien comprendre ses équipes, à les encourager. « Règle générale, tient-elle à souligner, les gens dans le réseau de la santé sont des gens engagés. Malgré les difficultés, il n’y a pas une journée sans qu’on entende une belle histoire. Il y a beaucoup de gratification à travailler dans notre milieu. »

Directrice adjointe à la coordination des services hospitaliers et pratiques professionnelles depuis 2019 au CISSSME, Nathalie Lemire apprécie le style tout en douceur de la PDGA. « Maryse est une leader inspirante. Toujours calme, malgré ses responsabilités importantes et les défis auxquels nous faisons face, elle prend soin de s’assurer de la qualité de l’expérience client en exécutant entre autres des tournées pour rencontrer les usagers de nos services afin de recueillir leurs commentaires et suggestions. »

Les échelons un à un

Maryse Hébert confesse ne pas avoir fait de plan de carrière. « Je ne pensais jamais devenir PDGA un jour », laisse-t-elle tomber. Pourtant, en 2003, lorsqu’on l’invite à poser sa candidature pour le poste de chef de l’administration des programmes au CLSC-CHSLD de la MRC d’Acton, elle accepte. Elle disposera d’un budget d’environ 2 millions de dollars pour superviser l’ensemble des services et environ 35 employés.

Quelques années plus tard, quand on lui propose la Direction de la santé mentale du CSSS Richelieu-Yamaska, elle doit y penser à deux fois. Uniquement pour le volet santé mentale, son budget passerait aussitôt à 10 millions de dollars et, dans l’ensemble, le nombre de ses employés grimperait à 3 700, soit 100 fois plus que dans son job précédent. Pour la première fois, elle exercerait un type gouvernance en collaboration avec le personnel médical.

Jeune mère de famille, Maryse Hébert comprend alors qu’elle se trouve à un tournant. Elle a conscience aussi que si elle veut effectuer son boulot correctement, elle devra retourner sur les bancs d’école. Depuis sa sortie de l’université, comme la plupart des fonctionnaires du réseau de la santé, elle a suivi un tas de cours de formation. Cette fois, elle a l’intention d’achever un MBA à l’Université de Sherbrooke. Elle prévoit qu’en continuant de travailler à temps plein, il lui faudra trois ans pour y arriver.

Une lignée de femmes fortes et solidaires

Maryse Hébert provient d’une lignée de femmes fortes qui se sont illustrées dans l’enseignement. À l’instar d’Émilie Bordeleau, le personnage des Filles de Caleb, sa grand-mère était institutrice dans une école de rang au début du précédent siècle. Sa mère, Marielle, est retournée dans l’enseignement après la naissance de ses enfants.

« À ce moment-là, les postes étaient rares, dit-elle à propos de sa mère, on lui a offert des classes en enfance inadaptée. Je dois à ma mère mes premiers contacts avec les réalités sociales difficiles », explique Maryse.

La solidarité faisant partie des traits de sa famille, Maryse Hébert n’a pas hésité à faire appel à ses proches lorsqu’on lui a offert cette promotion en 2005 qui exigeait qu’elle fasse de longues heures et qu’elle retourne aux études.

À Saint-Nazaire-d’Acton, sa mère, Marielle, se souvient très bien de ce moment. « Elle s’est adressée à nous et elle a été très claire : elle ne se lancerait pas dans cette aventure sans notre aide. Mon mari lui a dit : “Ma fille, dans la vie, quand on n’avance pas, on recule.” Alors nous avons accepté. Ses deux enfants étaient petits, ils venaient tous les jours chez nous après l’école, je les aidais à faire leurs devoirs et puis bien souvent j’ajoutais deux repas sur la table. »

Maryse Hébert reconnaît qu’elle n’y serait jamais arrivée sans eux. « L’aide des parents, ça fait indéniablement partie de la recette du succès dans un cheminement comme le mien. Parce que tu sais qu’avec leurs grands-parents, tes enfants sont en sécurité, et tu peux totalement t’investir dans ton travail. »

Un cœur simple

Tout ambitieuse qu’elle soit au travail, Maryse Hébert n’a jamais quitté le petit village de Saint-Nazaire où elle a grandi. Femme de l’ombre, elle se présente comme quelqu’un de simple, au service des autres et de l’État. « Pour moi le bonheur réside dans les petites satisfactions et non dans l’attente d’une joie ultime. Je le reconnais dans un sourire échangé au travail, dans un moment partagé avec la famille. » Souvent, ses enfants – maintenant devenus jeunes adultes – se présentent à table pour un souper en famille.

Et où se voit cette auxiliaire de l’État dans 10 ans? « Je prévois m’investir dans un organisme communautaire, siéger à un conseil d’administration. J’ai toujours souhaité donner autour de moi. » Puis elle confie, avec le visage qui s’illumine : « Et dans 10 ans, je serai certainement mamie. »

Photo: Louis-Étienne Doré

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