Agrégateur de contenus

null Stress et errance de la pensée : le défi de l’accès au moment présent

Stress et errance de la pensée : le défi de l’accès au moment présent

Dre Fanny-Maude Urfer, psychologue au CIUSSS de l’Est de Montréal et en pratique privée

Imprimer Partager par courriel
mars 2021

Offrant une psychothérapie basée sur la pratique de la pleine conscience à un adulte souffrant de stress chronique, une psychologue cherche à mieux comprendre la difficulté pour certaines personnes, à différents moments, de demeurer en contact avec le moment présent.

Les outils de pleine conscience constituent de précieux alliés en contexte de psychothérapie visant à réduire le stress. La pleine conscience renvoie à l’expérience simultanée d’un état de profonde attention et de conscience du moment présent, sans jugement, et d’un sentiment de vive clarté. L’accès aux états mentaux de pleine conscience est corrélé, selon différentes études, à moins de troubles psychologiques dans une population donnée, à des niveaux de bien-être subjectif plus élevés, à une meilleure forme physique et à de meilleures relations sociales. Une hypothèse veut que la pleine conscience apaise le stress, car elle aide à atténuer son appréhension, diminue la réactivité associée et accélère le retour à un état normal après un état de stress aigu.

L’errance de la pensée, un construit renvoyant à l’opposé de la pleine conscience, est définie comme un état mental pouvant avoir un impact positif ou négatif sur l’humeur, selon le contenu des pensées. Le rejet du moment présent, lui aussi à l’opposé des états mentaux de pleine conscience, s’inscrit dans la lignée du désir que les choses soient différentes de ce qu’elles sont réellement. Ce construit s’apparente à celui de l’évitement expérientiel – à savoir la tendance à se distancier des expériences internes inconfortables telles que certaines pensées, certains souvenirs ou certaines sensations corporelles – et est associé à différents problèmes cliniques ainsi qu’à une moindre qualité de vie.

Crosswell, Coccia et Epel (2020) s’intéressent à la fois à l’errance de la pensée et au rejet du moment présent, car ils soulignent l’importance d’une mesure nuancée des états mentaux pour bien comprendre leur influence sur le bien-être psychologique. Ainsi, leur étude vise d’une part à déterminer si le rejet du moment présent, tout comme l’errance de la pensée, est associé à une humeur négative ou à d’autres indices de bien-être ou de mal-être quotidiens. D’autre part, on ne connaît pas l’impact du stress chronique ou de stresseurs quotidiens sur l’état d’esprit des individus au terme d’une journée. Cette étude vise donc à pallier ce manque dans les connaissances scientifiques en expliquant comment le stress chronique, les stresseurs quotidiens et le sentiment de connexion au partenaire (réducteur de stress) peuvent influencer certains états mentaux au quotidien. Les états mentaux ciblés sont l’engagement dans le moment présent ou son rejet, de même que l’expérience d’errance de la pensée (à propos de thèmes neutres, plaisants ou déplaisants).

Dans cette étude, l’analyse des données rapportées par 183 femmes vise à mieux comprendre comment les expériences de stress au quotidien influencent les états mentaux le soir venu, en contrôlant la moyenne de stress vécu généralement par chacune. Les résultats d’un groupe de mères vivant un stress chronique et ayant des enfants qui souffrent d’un TSA sont comparés à ceux d’un groupe contrôle (mères d’enfants neurotypiques). L’impact du stress chronique sur l’état d’esprit une fois le soir venu est ainsi exploré, de même que l’humeur, les événements stressants du jour et le sentiment de connexion envers le partenaire. Cette étude met ainsi en lumière de nouveaux facteurs contextuels influençant à la fois la capacité à s’engager dans le moment présent et la fréquence des moments d’errance de la pensée, à savoir 1) l’exposition à des événements stressants du quotidien; 2) la qualité du sentiment de connexion au partenaire de vie; et 3) le stress chronique. 

En résumé, à propos de l’exposition à des événements stressants du quotidien, ils sont corrélés à un moindre engagement dans le moment présent et à davantage d’errance de la pensée (neutre et déplaisante). Quant au sentiment de connexion au partenaire de vie, il est corrélé à davantage d’engagement dans le moment présent. Enfin, en ce qui concerne le stress chronique, cette étude constitue la première démonstration empirique que ce dernier est associé à davantage de rejet du moment présent et à davantage d’errance de la pensée (neutre et déplaisante).

En somme, l’errance de la pensée et la capacité à faire l’expérience de différents états de conscience peuvent se manifester sous forme de trait chez une personne, mais peuvent aussi fluctuer dans une journée en fonction d’une panoplie de facteurs. 

À la lumière de ces résultats, les auteurs recommandent que les états mentaux explorés dans leur étude, à savoir l’engagement dans le moment présent et l’errance de la pensée, soient considérés dans les interventions visant le mieux-être de patients aux prises avec un stress important. L’objectif de ces interventions pourrait s’orienter, plus spécifiquement, vers l’acceptation de l’expérience psychologique actuelle, incluant les émotions négatives ou non désirées. Cela renvoie à un principe bouddhiste selon lequel l’acceptation de l’expérience du moment présent, sans rejet de la réalité de la situation, est essentielle à la réduction de la souffrance. Ainsi, le rejet du moment présent pourrait être un ingrédient commun au stress chronique et à l’exposition à des stresseurs quotidiens significatifs.

Référence

Crosswell, A. D., Coccia, M. et Epel, E. S. (2020). Mind wandering and stress: When you don’t like the present moment. Emotion, 20(3), 403-412. http://dx.doi.org/10.1037/emo0000548

Imprimer Partager par courriel