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Mémoire de l'Ordre : Projet de loi 43 intitulé Loi modifiant la Loi sur les infirmières et les infirmiers et d’autres dispositions afin de favoriser l’accès aux services de santé, ci-après le PL 43
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Mémoire OPQ - Projet de loi 43 (Version 1.0)

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1. Règles de régie interne des assemblées générales de l'Ordre (Version 1.0)

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Manuel d’évaluation des programmes de doctorat en psychologie
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Guidelines for expert assessment concerning child custody and access rights
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Règlement sur la tenue des dossiers et des cabinets de consultation des psychologues
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Politique de soutien à la recherche
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Lignes directrices pour la pratique de la coordination parentale au Québec
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Les ententes financières particulières : par écrit, s’il vous plaît

Denis Houde, psychologue | Conseiller en déontologie
 

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sept. 2016

Au cours des derniers mois, de nombreux clients médusés ont communiqué avec le service-conseil en déontologie afin de comprendre pourquoi leur psychologue leur demandait de payer les rendez-vous manqués et même des annulations de rendez-vous. Cette situation laisse supposer, d’une part, que les ententes conclues au moment du consentement initial n’étaient possiblement pas assez claires et explicites et, d’autre part, que la situation affecte leur relation de confiance avec leur psychologue.

On décrit, à l’article 54 du code de déontologie, les balises à considérer à propos des différents scénarios de facturation d’honoraires professionnels et de frais administratifs aux clients. On y précise que le psychologue doit expressément procéder par entente écrite avec son client dans quatre situations bien précises :

• lorsque le psychologue exige une avance pour couvrir le paiement des dépenses nécessaires à l’exécution des services professionnels requis ;

• lorsque le psychologue exige un paiement partiel dans le cas où il agit comme consultant auprès d’un client dans le cadre d’un contrat à long terme ;

• lorsque le psychologue exige des frais administratifs pour un rendez-vous manqué par le client selon les conditions préalablement convenues, ces frais ne pouvant dépasser le montant des honoraires perdus;

• lorsque le psychologue exige des honoraires complémentaires à ceux remboursés par un tiers ou par un client-mandant.

Ce qui justifie une compensation financière Comme on le voit ci-dessus, il est permis aux psychologues d’exiger jusqu’à la totalité du montant des honoraires comme frais administratifs dans le cas où un client n’aviserait pas, dans un délai raisonnable, de son absence à la rencontre qui lui est assignée.

Pour un psychologue, qui est travailleur autonome, une telle demande de frais administratifs est justifiée dans la mesure où, pour offrir certains services, le psychologue s’engage à réserver à son client des plages horaires hebdomadaires fixes. Un rendez-vous manqué ou une annulation tardive (moins de 24 heures à l’avance, par exemple) empêche le psychologue d’offrir l’heure de la rencontre à un autre client et a pour conséquence d’affecter son revenu. L’entente sur l’imposition de frais administratifs incite également le client à être assidu et engagé dans le service qu’il reçoit du psychologue.

L’importance de ratifier une entente 
On précise, toujours à l’article 54 du code de déontologie, que le psychologue doit conclure une entente écrite avec son client, idéalement en début de mandat, afin que le client donne un consentement libre et éclairé. Mais pourquoi exiger cela par écrit ? Simplement pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. En effet, habité et préoccupé par le motif de sa consultation, le client peut être distrait lorsque le psychologue énonce verbalement les règles concernant les rendez-vous manqués ou annulés. Il peut aussi avoir du mal à saisir la teneur de l’entente verbale, ou mal la comprendre. D’autre part, le psychologue peut oublier de mentionner ses conditions d’annulation au client pour de nombreuses raisons, par exemple si le client commence la rencontre en bouleversant le fil des événements en fonction d’un besoin urgent et émergeant. Finalement, d’autres motivations pourraient faire en sorte que le client ne retienne pas cette information, par exemple s’il juge impossible la situation suggérée. Or, si le contrat est écrit, que le psychologue a vérifié que le client a bien compris les règles et que le client a un exemplaire de l’entente en sa possession, le psychologue écarte tout risque de malentendu. On peut alors affirmer qu’il y a eu consentement éclairé. En cas d’annulation tardive, l’absence d’ambiguïté aura un effet favorable sur la relation professionnelle. Cela permettra au psychologue et au client de se concentrer sur les objectifs principaux de la consultation plutôt que sur la résolution d’un malentendu. Par contre, si l’entente portant sur les conditions d’annulation est verbale et que le psychologue et son client restent sur leur position, cela pourrait nuire à la relation de confiance entre le psychologue et son client. Ainsi, en ne concluant pas d’entente claire avec son client, le psychologue augmente les probabilités que celui-ci se questionne sur les modalités de gestion des annulations lorsqu’une première situation d’annulation surviendra. En effet, il arrive que le client ne réalise ses obligations en cas d’annulation de rendez-vous qu’au moment où la situation se présente.

En somme, lorsque l’entente initiale est limpide et que le client en a une copie écrite, les risques que le client perçoive les frais administratifs qu’on exige de lui comme abusifs sont amoindris et la relation de confiance peut se poursuivre.

Les avances 
Si un psychologue exige une avance pour couvrir le paiement des dépenses nécessaires à l’exécution des services professionnels requis, c’est aussi par entente écrite préalable qu’il doit le faire. Cette clause s’applique, par exemple, dans les cas où du matériel psychologique (par exemple des tests) ou tout autre matériel particulier doit être acheté par le psychologue afin qu’un service soit rendu lors de la rencontre suivante. Comme nul ne peut prévoir l’avenir, le client pourrait ne plus être disponible pour poursuivre les séances prévues, ce qui rendrait l’achat de matériel inutile. Muni d’une entente préalable concernant une avance financière octroyée pour couvrir les dépenses nécessaires à l’exécution des services prévus, le psychologue ne se verra pas aux prises avec une dette si la séance est annulée.

Les contrats à long terme 
Certains mandats d’évaluation, les thérapies de groupe ou encore les interventions en entreprise peuvent exiger un type de clause particulier dans le contrat afin de permettre au psychologue de recevoir ses honoraires d’une façon régulière, au fur et à mesure que le service progresse, sans avoir à attendre la fin du mandat pour se faire payer. Une entente de ce type doit également être écrite.

Honoraires complémentaires 
Lorsqu’un contrat liant le psychologue à un client payant et mandant (SAAQ, PAE, assurances, etc.) ne couvre pas la totalité des honoraires professionnels usuels, le psychologue, toujours par entente écrite, peut exiger des honoraires complémentaires pour couvrir la différence entre les honoraires payés par le client payant et mandant et les honoraires professionnels usuels. Toutefois, le psychologue doit également être transparent avec le client-mandant. Il doit s’assurer que celui-ci n’interdit pas l’établissement d’honoraires complémentaires, comme c’est le cas avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST, anciennement la CSST).

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Les ententes financières particulières : par écrit, s’il vous plaît

Denis Houde, psychologue | Conseiller en déontologie
 

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sept. 2016

Au cours des derniers mois, de nombreux clients médusés ont communiqué avec le service-conseil en déontologie afin de comprendre pourquoi leur psychologue leur demandait de payer les rendez-vous manqués et même des annulations de rendez-vous. Cette situation laisse supposer, d’une part, que les ententes conclues au moment du consentement initial n’étaient possiblement pas assez claires et explicites et, d’autre part, que la situation affecte leur relation de confiance avec leur psychologue.

On décrit, à l’article 54 du code de déontologie, les balises à considérer à propos des différents scénarios de facturation d’honoraires professionnels et de frais administratifs aux clients. On y précise que le psychologue doit expressément procéder par entente écrite avec son client dans quatre situations bien précises :

• lorsque le psychologue exige une avance pour couvrir le paiement des dépenses nécessaires à l’exécution des services professionnels requis ;

• lorsque le psychologue exige un paiement partiel dans le cas où il agit comme consultant auprès d’un client dans le cadre d’un contrat à long terme ;

• lorsque le psychologue exige des frais administratifs pour un rendez-vous manqué par le client selon les conditions préalablement convenues, ces frais ne pouvant dépasser le montant des honoraires perdus;

• lorsque le psychologue exige des honoraires complémentaires à ceux remboursés par un tiers ou par un client-mandant.

Ce qui justifie une compensation financière Comme on le voit ci-dessus, il est permis aux psychologues d’exiger jusqu’à la totalité du montant des honoraires comme frais administratifs dans le cas où un client n’aviserait pas, dans un délai raisonnable, de son absence à la rencontre qui lui est assignée.

Pour un psychologue, qui est travailleur autonome, une telle demande de frais administratifs est justifiée dans la mesure où, pour offrir certains services, le psychologue s’engage à réserver à son client des plages horaires hebdomadaires fixes. Un rendez-vous manqué ou une annulation tardive (moins de 24 heures à l’avance, par exemple) empêche le psychologue d’offrir l’heure de la rencontre à un autre client et a pour conséquence d’affecter son revenu. L’entente sur l’imposition de frais administratifs incite également le client à être assidu et engagé dans le service qu’il reçoit du psychologue.

L’importance de ratifier une entente
On précise, toujours à l’article 54 du code de déontologie, que le psychologue doit conclure une entente écrite avec son client, idéalement en début de mandat, afin que le client donne un consentement libre et éclairé. Mais pourquoi exiger cela par écrit ? Simplement pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté. En effet, habité et préoccupé par le motif de sa consultation, le client peut être distrait lorsque le psychologue énonce verbalement les règles concernant les rendez-vous manqués ou annulés. Il peut aussi avoir du mal à saisir la teneur de l’entente verbale, ou mal la comprendre. D’autre part, le psychologue peut oublier de mentionner ses conditions d’annulation au client pour de nombreuses raisons, par exemple si le client commence la rencontre en bouleversant le fil des événements en fonction d’un besoin urgent et émergeant. Finalement, d’autres motivations pourraient faire en sorte que le client ne retienne pas cette information, par exemple s’il juge impossible la situation suggérée. Or, si le contrat est écrit, que le psychologue a vérifié que le client a bien compris les règles et que le client a un exemplaire de l’entente en sa possession, le psychologue écarte tout risque de malentendu. On peut alors affirmer qu’il y a eu consentement éclairé. En cas d’annulation tardive, l’absence d’ambiguïté aura un effet favorable sur la relation professionnelle. Cela permettra au psychologue et au client de se concentrer sur les objectifs principaux de la consultation plutôt que sur la résolution d’un malentendu. Par contre, si l’entente portant sur les conditions d’annulation est verbale et que le psychologue et son client restent sur leur position, cela pourrait nuire à la relation de confiance entre le psychologue et son client. Ainsi, en ne concluant pas d’entente claire avec son client, le psychologue augmente les probabilités que celui-ci se questionne sur les modalités de gestion des annulations lorsqu’une première situation d’annulation surviendra. En effet, il arrive que le client ne réalise ses obligations en cas d’annulation de rendez-vous qu’au moment où la situation se présente.

En somme, lorsque l’entente initiale est limpide et que le client en a une copie écrite, les risques que le client perçoive les frais administratifs qu’on exige de lui comme abusifs sont amoindris et la relation de confiance peut se poursuivre.

Les avances
Si un psychologue exige une avance pour couvrir le paiement des dépenses nécessaires à l’exécution des services professionnels requis, c’est aussi par entente écrite préalable qu’il doit le faire. Cette clause s’applique, par exemple, dans les cas où du matériel psychologique (par exemple des tests) ou tout autre matériel particulier doit être acheté par le psychologue afin qu’un service soit rendu lors de la rencontre suivante. Comme nul ne peut prévoir l’avenir, le client pourrait ne plus être disponible pour poursuivre les séances prévues, ce qui rendrait l’achat de matériel inutile. Muni d’une entente préalable concernant une avance financière octroyée pour couvrir les dépenses nécessaires à l’exécution des services prévus, le psychologue ne se verra pas aux prises avec une dette si la séance est annulée.

Les contrats à long terme
Certains mandats d’évaluation, les thérapies de groupe ou encore les interventions en entreprise peuvent exiger un type de clause particulier dans le contrat afin de permettre au psychologue de recevoir ses honoraires d’une façon régulière, au fur et à mesure que le service progresse, sans avoir à attendre la fin du mandat pour se faire payer. Une entente de ce type doit également être écrite.

Honoraires complémentaires
Lorsqu’un contrat liant le psychologue à un client payant et mandant (SAAQ, PAE, assurances, etc.) ne couvre pas la totalité des honoraires professionnels usuels, le psychologue, toujours par entente écrite, peut exiger des honoraires complémentaires pour couvrir la différence entre les honoraires payés par le client payant et mandant et les honoraires professionnels usuels. Toutefois, le psychologue doit également être transparent avec le client-mandant. Il doit s’assurer que celui-ci n’interdit pas l’établissement d’honoraires complémentaires, comme c’est le cas avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST, anciennement la CSST).

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Mémoire de l'Ordre : Maternelle 4 ans | Projet de loi no. 5
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Rapport annuel 2017-2018
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André Lussier Les chemins qui mènent à la liberté

Hélène de Billy | Rédactrice pigiste

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mars 2017

 

Figure incontournable de la psychanalyse au Québec et pionnier de la Révolution tranquille, André Lussier est décédé le 28 novembre dernier à l’âge de 94 ans. Intellectuel engagé et professeur émérite, M. Lussier avait été formé à Londres, où il avait travaillé avec Anna Freud. Lauréat du prix Noël-Mailloux en 1996, il a marqué le développement de la psychologie sur le continent nord-américain pendant plus de 50 ans.

Deux jours avant sa mort, André Lussier était cité dans une conférence internationale sur les violences contemporaines. Sur le thème de la convergence, la causerie mettait en présence deux psychanalystes, le Français René Roussillon et le Québécois Louis Brunet, et se déroulait à Nice, une ville durement touchée par le terrorisme. 

Ce n’était pas la première fois que Louis Brunet, président de la Société canadienne de psychanalyse, s’inspirait de son mentor. « Les concepts développés par André Lussier demeurent très actuels », remarque le chercheur, également professeur au Département de psychologie de l’Université du Québec à Montréal. 

Pionnier de la psychologie clinique au Québec, André Lussier ne visait pas le terrorisme lorsqu’il a élaboré sa théorie sur le moi idéal en 1975. Mais, clinicien hors pair, il avait observé chez certains patients des problèmes de vide narcissique associés à l’adhésion à une cause idéalisée. Comme il n’y avait pas en psychanalyse de théorie pour expliquer ce genre de phénomène, il a éprouvé le besoin de combler ce vide théorique.

Arrive Louis Brunet, un chercheur formé par André Lussier qui tente d’expliquer cette quête d’un moi idéal de la part de jeunes qui épousent un mode d’action radical comme solution illusoire à leur quête identitaire. C’est un casse-tête qu’il s’applique à résoudre depuis plusieurs années. « Et tout à coup, je réalise qu’André a décrit parfaitement le conflit fondamental que je perçois chez les grands criminels. »

Le défenseur des libertés

Né à Montréal le 11 août 1922, André Lussier est le onzième d’une famille de douze. Sa famille habite près d’une prison et, enfant, il lui arrive de côtoyer des prisonniers ou d’ex-prisonniers. Touché par le sort de ces hommes ostracisés, il rêve de les libérer. Plus tard, avec le recul, il voyait dans ce souvenir la motivation qui l’avait porté vers la carrière de psychanalyste.

Après avoir fait son cours classique au Collège Sainte-Marie, André Lussier entre en 1944 à l’Institut de psychologie fondé par le père Noël Mailloux. En 1947, après avoir obtenu sa maîtrise, il assume la direction du Centre d’orientation, aussi fondé par le père Mailloux.

La même année, Lussier, passionné de cinéma, se frotte à la censure lorsque la direction de l’Université de Montréal interdit la projection sur le campus du film Les enfants du paradis, de Marcel Carné, au nom de la morale publique!

Président du club de cinéma de l’université, André Lussier doit débattre de la qualité artistique du film français avec des membres du clergé obsédés par l’interdit et le péché. « Cet événement marque le début de ma révolte contre le phénomène maladif, morbide de la censure », rappelait M. Lussier dans un épisode de Tout le monde en parlait diffusé en 2007. 

L’intellectuel de premier plan

En 1951, encouragé par le père Mailloux qui lui dégote une petite bourse, Lussier va poursuivre ses études au British Psycho-Analytical Institute de Londres, où il côtoiera David Winnicott, Mélanie Klein et Anna Freud. 

À l’automne 1996, au moment où l’Ordre lui présentait le prix Noël-Mailloux, M. Lussier revenait sur ces années de grâce avec nostalgie. « J’étais très angoissé. Je me disais qu’un petit gars de Saint-Henri ne pourrait jamais travailler avec la fille de Sigmund Freud! D’une certaine façon, je vivais avec elle l’équivalent d’un rapport avec un père idéalisé. De là me vient peut-être l’idée de me pencher sur les dangers de l’idéalisation. » 

De retour au Québec, Lussier est embauché par l’Université de Montréal où, durant 35 ans, il s’imposera comme héritier de la doctrine freudienne et de la pensée du père Mailloux. En 1996, il reçoit le prestigieux Sigourney Award, décerné par l’American Psychoanalytic Association pour souligner son exceptionnelle contribution à l’avancement de la psychanalyse. 

Psychologue et directeur de la qualité et du développement de la pratique à l’Ordre des psychologues du Québec, Pierre Desjardins a rédigé son mémoire de maîtrise sous la direction d’André Lussier. Il se souvient d’un homme « profond », à la fois simple et complexe, engagé, humble, « qui ne se nourrissait pas de sa grande notoriété »,  et qui traitait tout le monde, y compris ses étudiants, avec égard et respect. 

Malgré le sérieux du psychanalyste qu’il était, il laissait poindre à l’occasion un humour particulier, pince-sans-rire, suscitant parfois en classe de « beaux malaises » par des remarques que n’attendaient pas ses étudiants, dit M. Desjardins. Il était aussi capable d’autodérision — il pouvait se moquer par exemple de ce qu’il identifiait ouvertement comme ses tics obsessionnels.  »

André Lussier a enrichi le corpus théorique psychanalytique d’écrits qui ont fait date, depuis The Psychoanalytic Study of the Child, publié en 1955, jusqu’à La gloire et la faute, paru en 2006. « Il a toujours eu le désir de se faire comprendre, dit Pierre Desjardins. Si on le compare aux auteurs de sa génération, son style est limpide. Il possédait l’intelligence de ceux qui savent écrire simplement sur des sujets complexes.»

Il n’a jamais craint non plus de confronter ses positions à celles des bonzes de la profession. Au cours des années, il s’est mesuré avec les Kohut, Renik et Lacan chaque fois qu’il le jugeait nécessaire. « Homme de courage et de conviction, André Lussier représente une figure paternelle, un idéal pour quantité d’analystes, dit Louis Brunet. Il impressionnait. »

Le polémiste

Très présent dans le débat public, André Lussier se servait de sa plume élégante pour fustiger ses ennemis. Il ne craignait pas non plus de croiser le fer avec ses amis. « Il n’attaquait jamais les personnes, nuance Brunet, mais s’en prenait uniquement aux idées. »

Treize ans après l’interdiction du film Les enfants du paradis, il reviendra sur la question de la censure avec la publication d’un brûlot intitulé « Les dessous inconscients de la censure », dans la revue historique Cité libre, en 1960. 

S’en prenant au clergé, qu’il accuse de vouloir infliger à la population entière du Québec ses difficultés à vivre avec les vœux de chasteté, Lussier risque son poste de prof à l’université en adoptant une position aussi radicale. Heureusement, les jours du régime de Maurice Duplessis sont comptés et le combattant de la liberté sera invité, à l’aube de la Révolution tranquille, à siéger au comité chargé de préparer une loi signant la fin de la censure au Québec. 

Avec les outils et les connaissances de la psychanalyse, il a continué sa vie durant à prendre position, que ce soit sur l’intolérance, la peine de mort ou la violence faite aux femmes. Dans Les visages de l’intolérance, paru en 1997, il a analysé les conditions du sectarisme, de la projection et de l’utilisation du bouc émissaire, « un phénomène vieux comme le monde, plus universel qu’on aime le croire », écrivait-il. 

En 2012, à 90 ans, il publiait son dernier ouvrage, une autobiographie intitulée Un psychanalyste dans son siècle, bilan d’une formidable traversée au cours de laquelle il n’a eu de cesse de « continuer à scruter l’inconfortable inconscient ». Dans cet ouvrage, Lussier rend hommage à son père, un homme fier qui l’a toujours aidé à mener ses propres combats, à ne jamais capituler. Il lève également son chapeau à son maître, le père Noël Mailloux, qui enseignait la psychanalyse alors que celle-ci figurait à l’index, un homme à qui il prétendait devoir « l’essentiel de sa carrière ». 



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Hélène de Billy | Rédactrice pigiste

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Anne Robitaille, au service de l’État

Hélène de Billy | Rédactrice pigiste

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sept. 2017

Psychologue de formation, Anne Robitaille œuvre depuis 25 ans dans les réseaux de la santé et de l’éducation du gouvernement québécois. « Une expérience centrée sur l’écoute et les relations interpersonnelles prépare le psychologue aux défis du gestionnaire », observe-t-elle. 

Depuis la démission de son prédécesseur il y a un peu plus d’un an, Anne Robitaille occupe le poste de Commissaire à la santé et au bien-être au gouvernement du Québec, une fonction hautement stratégique au sein de l’administration publique. À ce titre, elle a le mandat d’évaluer la performance de notre système de santé, d’en faire rapport au ministre et de proposer les correctifs nécessaires. 

En 10 ans, le bureau du Commissaire a produit des études étoffées, parfois critiques, notamment sur la performance comparée des systèmes d’urgence, sur la qualité de l’hébergement des personnes âgées, sur le mode de rémunération des médecins, etc.

Appelée à dresser le bilan de cette institution mise sur pied pour jouer le rôle de chien de garde du système de santé, Mme Robitaille parle de l’introduction d’une culture de la performance au sein de l’appareil étatique, une culture basée sur l’examen de données précises et mise en place pour améliorer les services offerts à la population. 

On parle d’un projet innovant, en phase avec ce qui se fait ailleurs dans le monde. « On a développé une préoccupation : peut-on évaluer les services que l’on dispense ? Est-on en mesure de comparer notre panier de services à ce qui est offert ailleurs ? À partir de là, on s’applique à trouver les ratés du système et les façons de les corriger. Une portion importante du budget du Québec va à la santé.  La population est en droit de savoir si cela donne les résultats attendus. »

L’accès équitable à la psychothérapie 

Sur le terrain de la santé mentale, le Commissaire a proposé, étude à l’appui, l’accès gratuit à la psychothérapie. 

C’était en 2014. À l’époque, Mme  Robitaille, qui occupait le poste de directrice générale au sein de l’organisme, avait  dénoncé une médecine à deux vitesses qui pénalisait les plus vulnérables, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas d’assurances ou qui n’ont pas les moyens de payer le prix d’une psychothérapie. 

« Dans certains pays, comme l’Australie, il existe des programmes pour rendre la psychothérapie accessible. Or la mesure a généré là-bas des économies importantes pour le système de santé en matière de consommation de soins médicaux et de médicaments. Au Québec, il y aurait possibilité d’introduire de tels traitements dans le panier de services des Québécois. Les travaux sont en cours et toutes les évaluations vont dans le sens des recommandations du Commissaire. »

Alors que le gouvernement a déjà annoncé son intention d’abolir les fonctions du Commissaire, la fonctionnaire maintient sa position dans ce dossier : « Le rôle du Commissaire est de proposer des recommandations pour améliorer le système, en fonction des valeurs de la société. Or l’une des valeurs fondamentales de la société québécoise, c’est l’équité. »

Quant au modèle de la performance, il ne faut pas en faire un dogme, dit-elle. « Dans le domaine médical, les indicateurs sont précis. Ainsi, pour mesurer le taux de survie à un AVC après un mois, c’est relativement facile. Mais comment déterminer l’efficacité d’une intervention auprès d’un bébé de six mois ayant subi de la négligence parentale ? Quels sont nos critères pour conclure à une intervention réussie ? »

Une société participative

Ayant commencé sa carrière comme éducatrice spécialisée  auprès des élèves présentant des troubles graves de comportement, Mme Robitaille a toujours eu le goût du service public. « Aider les personnes n’est jamais ingrat. »

S’inscrivant en faux contre le cynisme ambiant, elle décrit un système public où les individus sont de bonne foi, où les travailleurs acceptent de se retrousser les manches. Cet esprit participatif, dit-elle, se retrouve dans l’ensemble de la société où les médias sociaux accentuent chez le citoyen la volonté de collaborer.

« Les gens ne se contentent plus de voter tous les quatre ans. Ils veulent s’impliquer. Comme commissaire, je le constate. Chaque fois que nous avons eu à mettre sur pied un comité de travail, les citoyens ont été au rendez-vous. »

Mais ses jours à la Commission sont comptés. Créé en 2006 afin d’évaluer l’efficacité des politiques et des programmes adoptés par le ministère de la Santé, l’organisme sera démantelé sous peu.

« Ce n’est pas mon choix, mais à partir du moment où le  gouvernement et son ministre de la Santé établissent leurs priorités, c’est mon rôle de soutenir sa décision. Je suis à la  disposition du service public. » 

Comme il est question de confier la mission du Commissaire à l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESS), Mme Robitaille promet de se « positionner dans le sens de l’État » et de faciliter la transition. 

Comme un poisson dans l’eau

Née à Charlesbourg, dans la banlieue de Québec, Anne Robitaille a grandi au sein d’une famille traditionnelle, dans un milieu protégé, presque soustrait à la modernité. « Jusqu’à ce que j’entre au cégep dans les années 1980, je n’avais jamais rencontré quelqu’un dont les parents étaient divorcés. » 

Elle entreprend d’abord des études en journalisme. À Regina, où elle est embauchée par un journal fransaskois, elle gagne un premier prix dans la catégorie des reportages à caractère humain. « Je me suis toujours intéressée aux gens », explique- t-elle.

Elle obtient ensuite un baccalauréat, puis une maîtrise en psychologie à l’Université Laval. Psychologue clinicienne auprès des adolescentes dans un organisme privé, elle se heurte au problème de la transmission intergénérationnelle des pathologies de négligence. Elle entreprend alors des études doctorales à l’Université du Québec à Trois-Rivières dans l’espoir de trouver des solutions. « Comme intervenante, c’est normal de chercher à arrêter le cycle de la pauvreté, de la négligence, des abus. » 

D’une piste à l’autre, elle est amenée à considérer la situation dans son ensemble et, de là, elle fait le saut au gouvernement. Elle ne l’a jamais regretté. « Je me sens comme un poisson dans l’eau, dans la fonction publique. » 

Directrice de l’adaptation scolaire au ministère de l’Éducation quelques années plus tard, elle se retrouve au cœur de l’action. Certains jours, il faut se mettre en branle en toute hâte pour produire une fiche d’actualité à temps pour la période de questions à l’Assemblée nationale. « Tu lis le journal le matin et tu sais à quoi ressemblera ta journée. »

Mais au-delà de la variété des tâches qui lui ont été confiées durant sa carrière, elle voit devant elle « une grande patinoire » où elle a l’opportunité, comme commis de l’État, d’influencer les politiques et de proposer des solutions aux problèmes qui lui ont été soumis. « Et ça, c’est tout un challenge. »

Les qualités de la gestionnaire

Être psychologue a fait de Mme Robitaille une meilleure gestionnaire. C’est ce qu’elle affirme : « Ça m’a donné une longueur d’avance. » 

« Quand on est en intervention avec un client, quand on parle de transfert et de contre-transfert, quand on dépasse ses convictions personnelles pour aller chercher le meilleur chez son patient, ce sont des compétences de base qui sont essentielles lorsqu’on est au service de l’État. »

Prête à relever de nouveaux défis, Mme  Robitaille entend continuer à participer au grand chantier de la reconfiguration de l’État. « On est en pleine transformation. Il y a des embûches, mais il faut continuer à croire à ce qu’on fait. On gère les fonds publics. Il faut être passionné pour exercer ce métier, et je le suis. » 



Par
Hélène de Billy | Rédactrice pigiste

 
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Accès équitable aux services de psychothérapie

Dre Christine Grou, psychologue | Présidente de l'Ordre des psychologues du Québec 

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avr. 2017

On le constate très souvent, les troubles mentaux affectent non seulement la personne qui en souffre, mais aussi son entourage. Conséquemment, ces problématiques de santé, bien que souvent silencieuses et insidieuses, ont un impact humain important en plus des coûts généraux de santé.

Or, si le Québec ne manque pas de psychologues, on est trop souvent privé d’un accès rapide et gratuit à leurs services. L’Ordre fait des représentations et martèle depuis longtemps sur toutes les tribunes le besoin d’améliorer l’accès aux services psychologiques et à la psychothérapie. Le temps est venu d’adopter des mesures qui vont permettre d’étendre l’accessibilité aux services. La publication attendue cette année du troisième volet du rapport de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), qui doit porter sur différents modèles de déploiement et de financement d’une couverture élargie des services de psychothérapie au Québec, permet de croire que des mesures concrètes seront prises afin que cet accès soit enfin amélioré.

 

Petit retour en arrière : en 2012, le Commissaire à la santé et au bien-être recommandait au gouvernement du Québec de diversifier la couverture des services assurés dans le secteur de la santé mentale et d’offrir un accès équitable à la psychothérapie. 

La direction de la santé mentale du ministère de la Santé et des Services sociaux a donc confié à l’INESSS le mandat d’évaluer l’efficacité et les coûts-bénéfices de la psychothérapie comparativement à la pharmacothérapie (volet I), de répertorier les modèles existants à travers le monde (volet II) et d’évaluer l’impact financier d’une couverture élargie des services assurés pour la psychothérapie (volet III). 

En juin 2015, le premier volet du rapport confirmait que la psychothérapie a une efficacité aussi grande que la pharmacothérapie dans la diminution des symptômes des troubles anxieux et des troubles dépressifs, ces problématiques représentant environ 65 % des problématiques de santé mentale. On y démontrait également que les effets de la psychothérapie duraient plus longtemps à la suite du traitement (meilleure protection contre la rechute) et, finalement, que la combinaison des deux traitements était l’avenue la plus efficace. 

Toujours en juin 2015, le volet II du mandat de l’INESSS examinait les modèles du Royaume-Uni et de l’Australie. Ces modèles d’accès à des soins primaires de santé mentale montraient une diminution de certains symptômes (mesurés à l’aide de questionnaires autorapportés) liés à l’anxiété et à la dépression. Ils m’avaient toutefois causé quelques inquiétudes. D’abord, on y constatait un taux élevé d’abandon (beaucoup de personnes commençaient le programme, mais ne le poursuivaient pas). Ensuite, l’accès à ces programmes incluait les services de psychothérapie (sans égard pour la définition qui prévaut au Québec depuis 2012), mais pour une proportion de la clientèle seulement, les autres recevant d’autres formes de relation d’aide. Finalement, les programmes étaient difficilement applicables au Québec dans leur ensemble, puisque l’activité de psychothérapie en est une exclusivement réservée aux psychologues, médecins et professionnels de la santé mentale qui détiennent un permis d’exercice. 

Les informations recensées faisaient état de la nécessité d’améliorer l’accès à la psychothérapie en élargissant la couverture des services de santé assurés par le gouvernement dans un contexte de surcharge du réseau public et de listes d’attentes variant de plusieurs mois à plusieurs années selon les lieux, et où par ailleurs seulement un tiers des professionnels détenant le droit d’exercice offrent leurs services dans le réseau public. 

Depuis lors, l’Ordre a fait des représentations pour assurer le respect du cadre législatif propre au Québec en matière de psychothérapie. Nous avons également soutenu l’importance de ne pas imposer un cadre trop rigide au regard de l’approche théorique à privilégier ou du nombre de séances requises au traitement. Finalement, nous avons rappelé la pertinence d’offrir les services psychothérapeutiques pour toutes les problématiques de santé mentale (plutôt que de les restreindre aux troubles anxieux et dépressifs) et pour toutes clientèles : enfants, adolescents, adultes et personnes vieillissantes. 

Lorsque je faisais carrière à titre de clinicienne en santé mentale, la devise de mon lieu de travail était : « Animés par l’espoir ». C’est avec l’espoir que nos représentations aient porté leurs fruits que j’attends, comme vous, le troisième volet de ce rapport de l’INESSS. Espérons qu’il nous mènera à l’inclusion de la psychothérapie dans la couverture des services de santé assurés par l’État, du moins si le traitement des problèmes de santé mentale est réellement considérée comme indispensable en matière de santé.

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PL 21 : cinq ans déjà!

Dre Christine Grou, psychologue | Présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

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juin 2017

C’est en juin 2012 qu’entrait enfin en vigueur la loi 28, mieux connue sous le nom de projet de loi 21. Il a pris de l’âge, est passé de projet à loi et le chemin parcouru depuis son adoption mérite d’être souligné.

Fruit d’un consensus de tous les ordres professionnels de la santé mentale et des relations humaines, et après un parcours exigeant de plusieurs années, la loi venait réserver des activités à haut risque de préjudice aux seules personnes compétentes pour les exercer. Parmi ces activités, l’évaluation des troubles mentaux, l’évaluation des troubles neuropsychologiques et, bien sûr, la psychothérapie. Pour faciliter l’implantation de la loi et pour assurer une cohérence et une uniformité d’interprétation dans tous les milieux, l’ensemble des ordres concernés ont rédigé conjointement un guide explicatif, sous l’égide de l’Office des professions.

La loi, dont l’objectif premier est de mieux protéger le public, confie à l’Ordre des psychologues le mandat de délivrer et de gérer le permis de psychothérapeute, ce qu’il fait en appliquant le règlement de l’Office des professions sur les normes de délivrance de ce permis et sur le cadre des obligations de formation continue qui y sont liées. Cinq ans plus tard, l’Ordre a ainsi délivré, après une analyse des dossiers caractérisée par la rigueur et l’équité, 1 745 permis de psychothérapeute dont, à ce jour, 1 572 sont toujours actifs. Rappelons que plus de 5 900 des 8 663 psychologues déclarent exercer la psychothérapie.  

En ce qui concerne plus particulièrement la psychothérapie, sa définition est inscrite dans la loi et le règlement de l’Office des professions identifie des interventions qui n’en sont pas. Toutefois, tout n’est pas encore clair sur le terrain, plus particulièrement dans le réseau de la santé, où l’opérationnalisation de la définition est compliquée et où la distinction entre la psychothérapie et certaines interventions de nature psychologique – que sont habilités à faire d’autres professionnels en vertu de leur champ d’exercice – tarde à être établie.

C’est pourquoi, depuis plus de deux ans, l’Ordre et tous les ordres dont les membres peuvent obtenir un permis de psychothérapeute mènent des travaux pour arriver à une compréhension commune. Ces travaux interordres complexes, qui tirent maintenant à leur fin, ont permis de trouver, pour chacune des professions, incluant celle de psychologue, le point de bascule, ce moment où une intervention, par exemple une intervention de soutien, devient de la psychothérapie. Ce document est en voie d’être adopté par le conseil d’administration de chacun des ordres concernés.

La loi a évidemment apporté d’autres changements, comme l’intégration des détenteurs de permis de psychothérapeute au service de référence, devenu un guichet unique pour les personnes à la recherche de services en psychothérapie. Elle oblige également les psychologues à détenir une attestation pour faire l’évaluation des troubles neuropsychologiques, attestation que détiennent maintenant 836 de nos membres.

La pratique illégale

La réserve d’activités s’accompagne nécessairement de la responsabilité de surveiller la pratique illégale. Jusqu’à ce jour, l’Ordre a reçu plus de 1 400 signalements pour exercice illégal de la psychothérapie, de l’évaluation des troubles mentaux ou neuropsychologiques, et pour usurpation du titre de psychologue ou de psychothérapeute. Après enquête, plus de la moitié des dossiers ont été réglés à la satisfaction de l’Ordre. 

Depuis le début, l’Ordre a surtout privilégié une approche éducative, le temps de permettre à tous de connaître la loi et de s’adapter au nouveau régime légal. L’éducation, l’information, la sensibilisation et toute approche de non-judiciarisation sont pertinentes lorsque les personnes démontrent une réelle ouverture à changer leurs pratiques, lorsqu’elles s’engagent à se conformer à la loi et lorsque l’Ordre considère que cela ne comporte pas de risque pour la protection du public. C’est donc dans cette optique que nous avons obtenu des engagements volontaires de personnes ayant fait l’objet d’un signalement ou ayant reçu des constats d’infractions. 

Toutefois, cette approche n’exclut pas les recours en justice. Depuis 2014, le conseil d’administration de l’Ordre a autorisé plusieurs poursuites, certaines conduisant à des ententes hors cour, d’autres à la tenue de procès pour exercice illégal et usurpation de titre.

Par ailleurs, nous continuons nos interventions en amont, par le biais de discussions avec différents acteurs œuvrant dans le domaine de la relation d’aide ou de la santé mentale, toujours dans un souci d’éducation et d’information. 

L’obligation de formation continue 

Bien que le code de déontologie prévoyait déjà que « tout psychologue doit développer, parfaire et tenir à jour ses connaissances », l’un des changements majeurs, qui suscite d’ailleurs de nombreuses réactions, est l’obligation de formation continue pour la psychothérapie. Qu’elles soient psychologues, médecins ou détenteurs d’un permis de psychothérapeute, toutes les personnes exerçant la psychothérapie doivent accumuler 90 heures de formation continue par période de cinq ans. Depuis le début de la période de référence, l’Ordre a reconnu des centaines de formations qui pouvaient être comptabilisées et dont 374 sont toujours inscrites au catalogue, sans oublier toutes les autres activités possibles (lecture, supervision donnée ou reçue, formation donnée, codéveloppement, etc.). 

L’échéance imminente de la première période de référence soulève des interrogations chez des centaines de membres qui manifestent un besoin de clarification quant à leur situation particulière. Certains réagissent avec de vives protestations. Toutefois, la majorité des psychologues et la plupart des détenteurs de permis voient toute la pertinence de cette obligation professionnelle et s’y soumettent avec intérêt et avec fierté. 

Gardons en tête que la première période de référence était… une première pour l’Ordre en matière d’encadrement de l’obligation de formation continue. La prochaine période, qui débute dans quelques jours à peine, bénéficiera de cette première expérience et les administrateurs se penchent déjà, non pas sur l’obligation elle-même, prévue dans la loi et balisée par le règlement de l’Office des professions, mais simplement sur certaines de ses modalités. 

Cinq ans déjà… Des pas de géants ont été franchis. Le projet devenu loi continue de faire l’objet de discussions, d’analyses et d’ajustements dans son application, ce qui témoigne bien de la maturité des professions qu’il encadre. 

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La planification stratégique 2017-2020

Dre Christine Grou, psychologue | Présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

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sept. 2017

Le 10 février 2017, le conseil d’administration de l’Ordre adoptait officiellement la planification stratégique 2017-2020 qui se déploiera sur  un horizon de trois ans. 

Cette résolution concluait une démarche que j’avais entreprise plusieurs mois  auparavant avec les directeurs et le comité exécutif de l’Ordre pour bien connaître l’état de la situation. Après un exercice final de délibération au conseil d’administration, le document a été adopté et l’Ordre est maintenant doté d’un plan stratégique qui le guidera pour les prochaines années. 

 

Tout d’abord, une mission, une vision et des valeurs

La principale mission de l’Ordre est la protection du public. Pour ce faire, il s’assure de la qualité des services offerts par ses membres, favorise le développement de la profession et défend l’accessibilité aux services psychologiques.

Sa vision est tout aussi limpide : il vise à demeurer une référence pour son expertise et celle de ses membres en santé mentale et psychologique, en étant guidé par ses valeurs et dans l’intérêt de l’ensemble des citoyens. Les valeurs qui guident ses actions sont l’intégrité, la rigueur et le respect. 

Un plan, trois orientations, des objectifs et des moyens pour les atteindre

Le conseil d’administration a retenu trois orientations prioritaires autour desquelles s’articulent des objectifs. Pour traduire ceux-ci en actions, des moyens concrets sont mis en place.

1. Assurer au public une accessibilité compétente aux services psychologiques

Cette première orientation comprend deux objectifs, soit s’assurer de la qualité des services des psychologues et défendre l’accessibilité à leurs services. Maintenir et développer les compétences des psychologues et revoir les processus pour en assurer le contrôle sont deux des actions à mener pour atteindre ces objectifs. Parmi les moyens de donner corps à ces actions se trouve une révision, que nous avons déjà entreprise, de nos processus d’inspection et des obligations relatives à la formation continue obligatoire en psychothérapie. Nous avons également procédé à la mise en ligne d’une dizaine de formations afin d’en faciliter l’accès pour les psychologues travaillant en région ou ayant un horaire de travail chargé ou peu flexible.

D’autres actions permettront l’atteinte de ces deux objectifs, par exemple, s’assurer que les conditions d’exercice du psychologue respectent ses obligations dans tous les milieux, promouvoir la pertinence des services psychologiques et en favoriser l’universalité. Parmi les moyens pour y arriver, il y a les représentations faites par l’Ordre auprès de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux et auprès d’autres instances sur l’importance de l’accessibilité gratuite à la psychothérapie pour toute personne souffrant de trouble mental, peu importe son âge.

L’Ordre défend aussi la diversité des approches psychothérapeutiques reconnues, tout comme la flexibilité quant au nombre de séances nécessaires et la primauté du jugement du clinicien pour décider du meilleur traitement possible pour un client. Déposer un mémoire, comme il l’a fait auprès du Commissaire à la santé et au bien-être, compte également parmi les moyens dont dispose l’Ordre pour favoriser l’universalité des services psychologiques – psychothérapie, évaluation des troubles mentaux et des troubles neuropsychologiques.

L’Ordre peut également s’adresser aux responsables de l’application de règlements, comme il l’a fait avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail au sujet notamment des évaluations réservées aux psychologues, qui ne sont pas les mêmes que celles faites par des détenteurs de permis de psychothérapeute, ou encore avec la Société de l’assurance automobile du Québec pour, entre autres, remettre en question la nécessité d’obtenir une ordonnance médicale pour entreprendre un traitement en psychologie.

2. Positionner l’Ordre comme une organisation phare en santé mentale et psychologique

Il s’agit ici de favoriser la reconnaissance et le rayonnement de la profession aux fins de la protection du public. Les objectifs sont clairs : développer et maintenir une bonne visibilité auprès des différents publics, mettre de l’avant et diffuser l’expertise et la spécificité du psychologue et, finalement, assurer un positionnement stratégique auprès des instances décisionnelles. Les moyens pour y parvenir sont tout aussi clairs. L’Ordre doit participer activement aux colloques, panels, conférences et autres portant sur la santé mentale ou les enjeux sociétaux, il doit répondre aux consultations et aux invitations à comparaître en commission parlementaire sur les sujets présentant les mêmes enjeux, il doit poursuivre ses interventions publiques et médiatiques.

Ce sont là des moyens mis en œuvre de façon continue. Il suffit de penser au mémoire que nous avons déposé à la commission parlementaire sur la maltraitance des aînés et autres personnes vulnérables, qui insistait sur les effets insidieux et méconnus de la maltraitance psychologique et sur l’importance des conditions de pratique favorisant la bientraitance. Nous avons participé aux Journées de la santé mentale en 2016, au Colloque sur l’aide médicale à mourir en 2017. Nous travaillons sur le dossier de la réussite éducative et sur celui de la procréation assistée.

Nous avons mené à terme d’importants travaux interordres sur l’opérationnalisation de la définition légale de la psychothérapie pour permettre aux cliniciens de départager les interventions qui en sont de celles qui n’en sont pas. Je ne compte pas le nombre d’entrevues dans les médias au sujet de l’accessibilité aux services psychologiques limitée dans le réseau de la santé, de la confidentialité, du stress post-traumatique, des psychologues en milieu scolaire et des  soins en CHSLD.

3. Améliorer les mécanismes organisationnels et communicationnels de l’Ordre

Les objectifs plus spécifiques reliés à cette orientation relèvent beaucoup de l’adaptation de notre Ordre à la réforme législative du Code des professions, qui nous contraint à revoir nos règles de gouvernance pour nous conformer au nouveau cadre légal des ordres professionnels. Pour ce qui est des mécanismes communicationnels, pensons à notre nouveau site Web, à la plateforme permettant la mise en ligne de formations, au compte Facebook de l’Ordre, aux webinaires.

Je poursuis l’objectif de demeurer près des membres, ce qui passe par de nombreuses rencontres avec plusieurs d’entre vous, une présence et des échanges lors des congrès ou des colloques, comme celui de l’Association québécoise des neuropsychologues ou celui de l’Association québécoise des psychologues scolaires, tous deux tenus l’automne dernier. Plus récemment, je rencontrais des représentants de l’Association des psychologues du Québec, les psychologues de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys et ceux participant à un colloque sur la place du corps en psychothérapie.

Finalement, c’est avec enthousiasme que j’entreprends dès septembre une tournée pour vous rencontrer, pour vous écouter parler de votre réalité et pour vous raconter un peu celle de l’Ordre. 

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Rapports de l’INESSS pour un meilleur accès à la psychothérapie : oui, mais…

Dre Christine Grou, psychologue | Présidente de l’Ordre des psychologues

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sept. 2015

 

En 2012, le Commissaire à la santé et au bien-être recommandait au gouvernement du Québec d’augmenter l’accessibilité des services en santé mentale au-delà de la médication, souvent le seul choix disponible. Le ministère de la Santé et des Services sociaux a donc mandaté l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) pour évaluer, dans un premier temps, le coût et l’efficacité de la psychothérapie comparativement à ceux de la pharmacothérapie dans le traitement d’adultes souffrant de tels troubles et pour examiner le rapport coûts-bénéfices de chacun. Dans un deuxième temps, l’INESSS devait répertorier et analyser les différents modèles d’accès à la psychothérapie existants sur les plans national et international.

En juin dernier, l’INESSS publiait les deux premiers volets de son avis sur l’accès équitable aux services de psychothérapie. Dans la comparaison des traitements, la revue de la littérature scientifique autant que de celle de la littérature grise révèle que la psychothérapie est tout aussi efficace que la médication. Elle est également peu coûteuse et ses effets bénéfiques semblent plus durables dans une perspective longitudinale, ce qui s’explique à mon avis par les changements plus substantiels qui s’opèrent par le biais de la psychothérapie sur les plans cognitif, affectif, relationnel et comportemental. Bien entendu, l’Ordre a réagi très favorablement à de telles conclusions qui permettent d’espérer non seulement un meilleur accès à des services plus efficaces dans le traitement des troubles mentaux les plus répandus et les plus éprouvés, mais également une plus grande équité dans la distribution des soins.

Par ailleurs, l’analyse des modèles d’accès dans le monde soulève chez moi certaines inquiétudes. D’abord, on considère qu’au Québec la psychothérapie est accessible dans le réseau public, ce qui n’est vrai qu’en partie. L’accès commence généralement par le module d’évaluation, ou l’évaluation initiale, souvent médicale et psychosociale. Ensuite, le profil évalué doit correspondre aux soins et services offerts par l’institution, condition à laquelle s’ajoute le passage obligé et souvent assez long sur une ou quelques listes d’attente. Quand enfin le service est rendu, il est non seulement circonscrit autour d’une programmation clinique traitant de symptômes spécifiques, mais il a également une durée déterminée. Bien sûr, il est gratuit, mais son accessibilité est moins facile qu’on ne l’affirme. Au Québec, certaines couvertures d’assurances permettent également un accès gratuit à la psychothérapie, comme la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ), la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST) ou l’Indemnisation des victimes d’actes criminels (IVAC). Toutefois, si la source du trouble dépressif ou anxieux n’est pas un accident de travail ou de la route ni un crime, point de gratuité ! Cela soulève la question de la justice et de l’équité, puisque l’accès aux soins en santé mentale dépend alors non pas de la problématique à traiter, mais plutôt de sa cause présumée.

Deux autres modèles ont aussi été examinés sur le plan international, ceux du Royaume-Uni et de l’Australie. Ils ont suscité l’intérêt de l’INESSS, parce qu’ils ont mis en place des programmes d’accès à la psychothérapie qui ont fait l’objet d’évaluations. Le modèle du Royaume-Uni se décline en trois étapes : l’identification du trouble mental, la prise en charge de faible intensité par des professionnels « du bien-être psychologique » qui dispensent des services qui ne sont pas de la psychothérapie (p. ex. la thérapie cognitivo-comportementale assistée par ordinateur, l’autoassistance guidée ou la psychoéducation de groupe) et finalement la prise en charge de haute intensité, pour les troubles modérés à sévères, effectuée uniquement par des psychologues cliniciens. Le modèle australien en est un de paiement à l’acte et nécessite une référence du médecin de famille. Comme les cliniques de médecine familiale demeurent engorgées et que les psychologues sont habilités par la loi 21 à faire l’évaluation des troubles mentaux, cette condition ne serait donc pas indispensable au Québec. Quant à la psychothérapie elle-même, le modèle australien ne correspond pas à la réalité de la loi 21 et à la réserve de la pratique psychothérapeutique.

Dans ces deux modèles, il me semble important de soulever les limites cliniques des études qui concluent à l’efficacité des programmes sur la seule base de questionnaires autoremplis et portant sur la diminution de symptômes spécifiques autorapportés après l’entrée dans ces programmes. Je relève également le taux élevé d’abandon et le faible taux de personnes qui cessent de recevoir des indemnités à la suite du traitement. Finalement, aucune mesure longitudinale effectuée quelques mois, voire une année après la prise en charge ne permet de conclure sur la durée des bienfaits réels de celle-ci. « Ces données confirment les résultats d’études sur la psychothérapie qui montrent que 2 à 6 séances sont efficaces » ; c’est du moins l’une des conclusions du rapport de l’INESSS. Que fait-on du jugement clinique du psychologue ? À mon avis, les conclusions de l’étude, fort précieuse et fort bien documentée par ailleurs, effectuée par l’INESSS devraient être beaucoup plus prudentes et surtout plus nuancées, compte tenu des limites inhérentes à la méthodologie de l’évaluation des programmes et aux éléments manquants sur le devenir clinique longitudinal des personnes ayant pris part au programme, tout comme de celles qui s’en sont désistées. On peut s’attendre à ce que le troisième volet de l’avis de l’INESSS comporte des recommandations sur l’implantation d’un modèle québécois. J’espère sincèrement que l’on retiendra du premier volet que la psychothérapie est efficace, mais que l’on considérera toutes les nuances autour de la méthodologie des modèles étrangers étudiés portant davantage sur l’accès aux services en santé mentale que sur l’accès à la psychothérapie. Le modèle québécois devra être appuyé sur la loi 21, qui autorise les psychologues à évaluer et à traiter les troubles mentaux. J’appelle également à la prudence sur la prescription du nombre de séances compte tenu de la diversité et de la complexité des manifestations anxieuses et dépressives des personnes. En dépit des balises nécessaires dans un contexte de programme financé par le gouvernement, j’espère que le traitement des patients laissera une place au jugement clinique, l’allié humanitaire indispensable à la compréhension de la personne et à l’évolution de son traitement.

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Pour la reconnaissance des compétences diagnostiques

Christine Grou, psychologue | Présidente de l'Ordre des psychologues du Québec 

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nov. 2015

 

Lorsque je suis devenue clinicienne, j’ai rapidement commencé à pratiquer dans un contexte multidisciplinaire (devenu plus tard interdisciplinaire), contexte dans lequel à l’époque seul le médecin pouvait établir un diagnostic, quel qu’il soit. Pourtant, comme neuropsychologue, on me demandait d’ores et déjà de départager ce qui pouvait être apparenté à une étiologie neurogène de ce qui s’apparentait davantage à un problème psychiatrique. Bien sûr, c’était la fin d’une époque où l’on opposait encore les origines organiques aux origines psychiatriques des symptômes cognitifs (ou comportementaux) observés, soit avant qu’on ait compris que le cerveau est un organe intégratif des affects, des cognitions et des comportements et que conséquemment, quelle que soit la manifestation observée, elle trouvait nécessairement son origine dans l’organicité cérébrale. Donc, même à cette glorieuse époque, on demandait implicitement au neuropsychologue de clarifier le tableau et d’établir une forme de diagnostic. Aujourd’hui, lorsque je raconte cette histoire aux doctorants, j’ajoute en souriant qu’au début de la décennie du cerveau, avec l’avènement du DSM-IV, quand un psychiatre avait peine à comprendre ce qu’il observait, il évoquait une cause neurologique. Quand un neurologue avait peine à comprendre ce qu’il voyait, il en évoquait une psychiatrique. En pareil cas, le défi diagnostic se retrouvait sur ma table de travail, même si les compétences diagnostiques étaient réservées au corps médical.

Bien sûr, les choses ont évolué substantiellement depuis. D’abord, avec la venue du DSM-IV, on a supprimé la distinction entre troubles organiques et troubles fonctionnels au profit d’une façon de concevoir le diagnostic « neuropsychiatrique » comme étant une panoplie de syndromes d’origine cérébrale qui ne peuvent être tranchés au couteau, puisqu’ils ont tous comme origine un même organe, soit le cerveau. Ensuite, avec la venue du DSM-5, le désir d’offrir une terminologie plus écologique et utilisable par tous les cliniciens, dans un contexte interdisciplinaire où les champs de compétences et d’exercice des différents corps professionnels se développent, nous amène à élargir la vision diagnostique. 

Avec l’adoption du PL-21, la compétence diagnostique du psychologue est devenue non seulement reconnue, mais légitimée dans un ensemble d’actes réservés, notamment le diagnostic de troubles mentaux, de retard mental ou de troubles neuropsychologiques.

Or, s’il est vrai que tout un chacun doit faire une évaluation initiale rigoureuse en vertu de ses compétences, il n’en demeure pas moins que l’évaluation initiale du psychologue, lorsqu’elle précède le traitement psychothérapeutique par exemple, constitue une plus-value qu’il faut davantage faire valoir. À titre d’exemple, prenons quelques demandes explicites de traitement de l’anxiété. Dans un premier cas, l’histoire révèle que la personne ne s’est jamais sentie investie, et n’a donc pas développé une confiance en soi intrinsèque suffisante. Elle est conséquemment toujours inquiète de ce que les gens pensent à son propos et dépense une énergie considérable à voir sa valeur à travers les yeux d’autrui, étant toujours à la recherche d’une reconnaissance extérieure. Dans un deuxième cas, la personne se retrouve dans une situation familiale précaire où elle n’a aucun contrôle sur les événements qui lui arrivent, soit un cancer dont elle ne connaît pas le pronostic, ce qui engendre un arrêt de travail, des difficultés conjugales et une précarité financière. Dans un troisième cas, la personne est en perte cognitive et n’arrive plus à régler les situations de la vie quotidienne, ce qui génère évidemment beaucoup d’insécurité. Trois demandes de consultation pour un même motif, en apparence. Pourtant, trois conduites à tenir, fort différentes sur le plan thérapeutique en vertu de l’évaluation psychologique.

Que cette évaluation permette un diagnostic donnant accès à des services, par exemple un diagnostic de retard mental ou de trouble neurodéveloppemental, ou encore à des indemnités, comme des prestations d’assurance salaire, qu’elle permette d’instaurer un encadrement palliatif aux dysfonctions, par exemple un diagnostic de trouble neurodégénératif ou de trouble mental grave et persistant entravant l’autonomie cognitive, ou encore qu’elle donne accès à une meilleure compréhension des enjeux du développement psychique et affectif d’une personne, ou si l’évaluation porte sur un problème systémique générant une impasse dans une organisation, elle aura sans conteste des effets significatifs sur la conduite à tenir et le traitement qui s’ensuivra.

Il importe toutefois, pour que sa pertinence et ses conséquences soient positives et reconnues, de transmettre l’évaluation à la personne elle-même, au demandeur, le cas échéant, ou encore au médecin traitant qui en fait la recommandation. Il importe également que la démarche diagnostique soit bien étoffée, par une problématisation bien énoncée, une anamnèse complète et exhaustivement documentée, une méthodologie appropriée, une analyse rigoureuse mais nuancée et surtout compréhensible et des recommandations qui tiennent compte de l’ensemble de ces paramètres.

Si la référence vient du médecin traitant, avec l’accord de la personne traitée, il convient certainement d’offrir à celui-ci un suivi de l’évaluation initiale et du traitement. Bien que ce ne soit pas toujours dans la culture des psychologues travaillant en pratique privée, rien ne permet mieux de faire valoir la compétence du psychologue dans le traitement demandé que de faire un tel suivi. Bien sûr, cela nous apparaît parfois comme un effort supplémentaire. Pourtant, cet effort, s’il était constant, permettrait la reconnaissance que nous souhaitons tous. Dans les années qui viennent, il nous faudra nous souvenir que la reconnaissance des professionnels que nous sommes se mérite, que la crédibilité se construit et que l’entourage s’éduque à notre contact. Si, comme groupe, nous avons su construire cette crédibilité et gagner la reconnaissance qui nous a valu la réserve de certains actes, il nous reste à poursuivre le tout, dans notre vie professionnelle, à titre individuel autant qu’en tant que collectivité, avec patience et surtout avec passion.

Et je réitère ce que j’ai souvent dit à mes étudiants et à mes collègues : ce n’est pas en criant haut et fort ce que nous valons que nous obtiendrons reconnaissance et crédibilité. C’est en le démontrant !

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