Impact de la COVID-19 sur la santé mentale | Littérature scientifique – Automne 2020

Impact de la COVID-19 sur la santé mentale | Littérature scientifique – Automne 2020

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Nous souhaitons mettre à la disposition des psychologues des articles jugés pertinents dans le domaine de la santé mentale en contexte de pandémie. Des résumés de ces articles se trouvent ci-après, ainsi que les liens permettant d’y accéder. Les résumés ne visent pas à remplacer la lecture des articles scientifiques, mais à vous permettre de faire une sélection de que vous désirerez consulter. Notre objectif est ici de faciliter le travail des psychologues.

Étude de prévalence

  • Munk, A. J. L., Schmidt, N. M., Alexander, N., Henkel, K., et Hennig, J. (2020). Covid-19-Beyond virology: Potentials for maintaining mental health during lockdown. PloS One, 15(8), e0236688. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0236688

Cette étude rapporte qu’en Allemagne, les prévalences des troubles dépressifs, du trouble obsessionnel-compulsif (TOC), du trouble panique (TP) et du trouble d’anxiété généralisée (TAG) sont significativement plus élevées en comparaison des données colligées avant la pandémie. Plus spécifiquement, on met de l’avant que la prévalence de la dépression est alarmante, avec plus d’un tiers de l’échantillon qui en souffre.

Impact sur la santé mentale des travailleurs de la santé

  • Pappa, S. Ntella, V., Giannakas, T., Giannakoulis, V. G., Papoutsi, E., et Katsaounou, P. (2020). Prevalence of depression, anxiety, and insomnia among healthcare workers during the COVID-19 pandemic: A systematic review and meta-analysis. Brain, Behavior, and Immunity, 88, 901–907. https://doi.org/10.1016/j.bbi.2020.05.026

Dans une méta-analyse portant sur 13 études, on relève une prévalence combinée de l’anxiété de 23,2% (pour 12 études) et une prévalence combinée de dépression de 22,8% (pour 10 études). On peut également prendre connaissance, dans cet article, de certains résultats concernant les professionnels de la santé. Il appert qu’au sein de cette population, les femmes présentent des taux plus élevés de symptômes affectifs que les hommes.

Anxiété et dépression

  • Dozois, D. J. A. (2020). Anxiety and depression in Canada during the COVID-19 pandemic: A national survey. Canadian Psychology/Psychologie Canadienne. https://doi.org/10.1037/cap0000251

Ce sondage national fait état d’une hausse des niveaux d’anxiété et de dépression parmi la population canadienne en ces temps de pandémie, ainsi que d’une hausse de la consommation de substances (dont l’alcool). D’autres impacts sur la santé mentale sont également mentionnés, tels que la peur qu’un être cher attrape le virus, l’isolement social, la possibilité de contracter soi-même le virus et les défis liés à l’obtention de produits de première nécessité.

Détresse psychologique

  • Wang, C., Pan, R., Wan, X., Tan, Y., Xu, L., Ho, C. S., et Ho, R. C. (2020). Immediate psychological responses and associated factors during the initial stage of the 2019 coronavirus disease (COVID-19) epidemic among the general population in China. International Journal of Environmental Research and Public Health, 17(5). https://doi.org/10.3390/ijerph17051729

Cet article présente la perception de l’impact psychologique de la COVID-19 dans la population, au courant de la phase initiale de la pandémie, en Chine. Notamment, on peut y trouver les perceptions des niveaux de symptômes dépressifs, de symptômes d’anxiété ainsi que le niveau de stress perçu.

Ce rapport témoigne d’une augmentation de la détresse des adultes, au Québec, en août 2020. On peut y lire que le taux de détresse a atteint un nouveau sommet en août chez les 18-34 ans, groupe qui est davantage affecté que les autres adultes. Les demandes relatives à la santé mentale et aux dépendances auraient augmenté en avril et en mai 2020. Les femmes manifesteraient plus de détresse que les hommes. Des résultats sont également disponibles quant à l’évolution de la détresse suivant les niveaux de revenus ainsi que pour la population des personnes aînées.

Au Québec, la pandémie a aggravé l’insécurité alimentaire et la détresse psychologique, surtout dans les milieux défavorisés. Les personnes moins scolarisées sont aussi proportionnellement plus nombreuses à présenter un degré de détresse problématique. De même, les personnes sans emploi ou en arrêt de travail en raison de la pandémie sont plus nombreuses à vivre dans des ménages en situation d’insécurité alimentaire et à présenter un degré de détresse élevé.

Comparativement aux autres Québécois de 18 à 69 ans (à l’exception des travailleurs de la santé), les travailleurs des écoles primaires et des services de garde éducatifs à l’enfance sont plus inquiets par rapport à la COVID-19. Dans leur perception, le processus de « déconfinement » est trop rapide. Des résultats concernant la détresse psychologique et les sentiments d’anxiété perçus par les travailleurs québécois sont aussi disponibles dans cette publication.

Ce sondage révèle qu’au printemps 2020, environ 60 % des parents étaient inquiets en regard de la santé mentale (SM) de leurs enfants et que 68 % d’entre eux étaient préoccupés du fait que leurs enfants s’ennuient à la maison. Les parents dont le revenu avait diminué de façon significative étaient plus nombreux à s’inquiéter de la SM et de l’ennui de leurs enfants. L’opinion générale des parents quant au retour de leurs enfants à l’école et au service de garde est également analysée dans ce texte.

Dans ce rapport, on peut lire que les travailleurs de la santé se considèrent plus à risque de contracter la maladie et craignent davantage de la transmettre à leur entourage. Toutefois, ils sont moins nombreux à croire que la COVID-19 serait dangereuse pour leur santé et à se sentir anxieux dans les lieux publics. Ce document nous renseigne aussi sur la perception qu’ont les travailleurs de la santé quant à leur consommation d’alcool. Enfin, certains constats sont discutés à propos du niveau de détresse psychologique chez les travailleurs de la santé par rapport aux autres personnes du même groupe d’âge et par rapport aux valeurs observées avant la pandémie chez les Québécois en général.

Impacts du confinement sur la santé mentale

  • Best, L. A., Law, M. A., Roach, S., et Wilbiks, J. M. P. (2020). The psychological impact of COVID-19 in Canada: Effects of social isolation during the initial response. Canadian Psychology/Psychologie canadienne. Prépublication. http://dx.doi.org/10.1037/cap0000254

Durant la phase initiale de la pandémie, les mesures de distanciation/isolement sociale sont associées, même sur une brève période de temps, à une détresse psychologique accrue (panique, troubles émotionnels et dépression, par exemple). À cet effet, les auteurs émettent des recommandations aux responsables gouvernementaux et aux employeurs afin de réduire les impacts de l’isolement social.

Impacts chez les enfants et les adolescents

  • Hamza, C. A., Ewing, L., Heath, N. L., et Goldstein, A. L. (2020). When social isolation is nothing new: A longitudinal study psychological distress during COVID-19 among university students with and without pre-existing mental health concerns. Canadian Psychology/Psychologie Canadienne. https://doi.org/10.1037/cap0000255.supp

Cette étude compare la santé mentale (SM) des étudiants pendant la pandémie avec celle avant la pandémie. On y découvre, notamment, que les étudiants sans problèmes de SM préexistants présentaient une plus forte détresse psychologique pendant la pandémie, en lien avec l’isolement social accru. Les auteurs formulent des recommandations aux collèges et aux universités sur la façon de soutenir la SM des étudiants.

Dépendances, dont le trouble lié à l’usage des opioïdes

  • Mallet, J., Dubertret, C., et Le Strat, Y. (2020). Addictions in the covid-19 era: Current evidence, future perspectives a comprehensive review. Progress in Neuro-Psychopharmacology & Biological Psychiatry. https://doi.org/10.1016/j.pnpbp.2020.110070

En contexte de pandémie, les individus aux prises d’un trouble lié à l’usage (dont les opioïdes) font face à un risque accru de rechute, d’augmentation de la consommation ou encore de sevrage involontaire. On y mentionne notamment que, pendant le confinement, le risque d’augmentation de ces troubles est substantiel et que les personnes souffrant de troubles liés à l’usage d’opioïdes sont particulièrement à risque de rechute ou de sevrage involontaire. Les auteurs indiquent qu’après le confinement, une augmentation des troubles liés à l’usage de substances pourra probablement être observée pendant des années et que les personnes qui vivent avec une dépendance courent un danger plus important de comorbidité et de mortalité pendant la COVID-19.

Symptômes psychiatriques chez les personnes déjà atteintes de trouble mental

  • Boutoleau-Bretonnière, C., Pouclet-Courtemanche, H., Gillet, A., Bernard, A., Deruet, A. L., Gouraud, I., Mazoue, A., Lamy, E., Rocher, L., Kapogiannis, D., et El Haj, M. (2020). The effects of confinement on neuropsychiatric symptoms in Alzheimer’s disease during the COVID-19 crisis. Journal of Alzheimer’s Disease, 76(1), 41–47. http://doi.org/10.3233/jad-200604

Cette étude auprès de patients qui présentent un trouble neurocognitif dû à la maladie d’Alzheimer associe la durée du confinement à la gravité des symptômes psychiatriques. Les auteurs ont observé que les patients avec de plus grandes difficultés cognitives, et donc étant davantage sujets à la confusion et à la désorientation, présentaient une plus grande incidence de symptômes neuropsychiatriques pendant le confinement. La réduction du contact social, de la stimulation ou de l’activité physique ont pu induire les altérations observées. Les auteurs soulignent qu’un soutien devrait être offert aux proches aidants, notamment pour leur permettre de faire face aux changements neuropsychiatriques.

  • Taquet, M., Luciano, S., Geddes, J. R., & Harrison, P. J. (2020). Bidirectional associations between COVID-19 and psychiatric disorder: Retrospective cohort studies of 62354 COVID-19 cases in the USA. The Lancet Psychiatry. https://doi.org/10.1016/S2215-0366(20)30462-4

Cette étude de cohorte rapporte les données issues de dossiers de santé électroniques de 69 millions de personnes ayant survécu à la COVID-19. Les résultats indiquent une incidence accrue d’un premier diagnostic psychiatrique à la suite d’un diagnostic de COVID-19, et ce, parmi les gens sans antécédent psychiatrique. En comparaison à d’autres problèmes de santé, contracter la COVID-19 augmentent les probabilités pour un premier diagnostic de trouble anxieux, de trouble de l’humeur, de trouble psychotique, d’insomnie et de troubles neurocognitifs. De plus, on peut y lire que les patients qui avaient reçu un diagnostic de trouble de santé mentale dans l'année précédant la pandémie présentaient un risque accru de contracter la COVID-19. Bien que préliminaires, ces résultats ont des implications cliniques pour les services offerts à la population.

Implications pour la psychiatrie : revue des 1e publications

  • Cabrera, M. A., Karamsetty, L., et Simpson, S. A. (2020). Coronavirus and its implications for psychiatry: A rapid review of the early literature. Psychosomatics: Journal of Consultation and Liaison Psychiatry. https://doi.org/10.1016/j.psym.2020.05.018

Cette enquête nationale effectuée aux États-Unis rapporte les taux d’anxiété, d’insomnie, de consommation d’alcool et de conflits interpersonnels au sein de la population. On y trouve aussi des données relatives à la proportion de personnes souffrant d’anxiété liée à la peur de contracter ou de mourir de la COVID-19. Les auteurs mentionnent que l’impact à long terme du stress chronique dû à la pandémie est largement redouté dans la littérature, bien qu’il ne soit pas encore prouvé. Ils proposent la formulation « trouble d’adaptation pandémique » pour décrire la symptomatologie.

Étude québécoise

Cette enquête menée au Québec auprès de 6 261 adultes, du 4 au 14 septembre 2020, rapporte qu’un adulte sur cinq aurait eu des symptômes compatibles avec un trouble d'anxiété généralisée ou une dépression majeure au cours des deux dernières semaines. À Montréal, un adulte sur 4 aurait eu des symptômes d'anxiété ou de dépression au cours de cette même période. Les jeunes adultes, les anglophones et le personnel de la santé sont parmi les plus affectés. Le personnel de la santé est plus à risque de ressentir l'impact psychosocial de la pandémie et les symptômes dépressifs sont particulièrement fréquents dans ce groupe. Les auteurs allèguent aussi que le sentiment de cohérence serait fortement lié à la santé psychologique en temps de pandémie.

Impact sur les pratiques professionnelles

  • Pierce, B. S., Perrin, P. B., Tyler, C. M., McKee, G. B., et Watson, J. D. (2020). The COVID-19 telepsychology revolution: A national study of pandemic-based changes in US mental health care delivery. American Psychologist. https://doi.org/10.1037/amp0000722

Dans cet article, on apprend que les psychologues effectuaient seulement 7 % de leur travail clinique en télépsychologie avant la pandémie. Or, ce chiffre est passé à 86 % pendant la pandémie avec 67 % des psychologues effectuant la totalité de leur travail clinique en télépsychologie. Une augmentation plus importante d’utilisation de la télépsychologie se serait produite chez les femmes, chez les psychologues ayant suivi davantage de formations en télépsychologie, chez les psychologues ayant bénéficié de politiques organisationnelles de soutien par rapport à la télépsychologie et chez les psychologues qui traitent les problèmes relationnels, dont l'anxiété.

  • Gicas, K. M., Paterson, T. S. E., Narvaez Linares, N. F., & Loken Thornton, W. J. (2020). Clinical psychological assessment training issues in the COVID-19 era: A survey of the state of the field and considerations for moving forward. Canadian Psychology/Psychologie canadienne. Advance online publication. http://dx.doi.org/10.1037/cap0000258

Les résultats de cette enquête traitent des problèmes de formation à l'évaluation clinique en période de pandémie. Ils fournissent un aperçu de l'état de la situation et certaines considérations afin d’aller de l'avant alors que les psychologues adaptent leurs activités. Les manques de financement, de matériel numérique et de connaissance des méthodes d'évaluation virtuelle se révèlent être des lacunes notables dans le contexte. Les auteurs soulignent également l’existence de problèmes éthiques liés aux normes de formation professionnelle et l’importance de s’attarder aux questions de formation professionnelle dans les mois à venir.

  • Madigan, S., Racine, N., Cooke, J. E., & Korczak, D. J. (2020). COVID-19 and telemental health: Benefits, challenges, and future directions. Canadian Psychology/Psychologie canadienne. Advance online publication. http://dx.doi.org/10.1037/cap0000259

Depuis le début de la pandémie, les troubles de santé mentale ont augmenté, ainsi que la demande de ressources et de services. Cet article présente les avantages et les défis de la télépsychologie comme option de prestation de service. Plusieurs éléments à considérer sur le plan clinique sont identifiés, tels que les clientèles susceptibles de bénéficier de la télépratique et celles, plus vulnérables, pour qui cette option ne serait pas toujours convenable. À cet effet, les auteurs soulignent l’importance de procéder à une évaluation sérieuse des besoins du client avant de convenir d’une offre de service en télépratique.

Soutien à la recherche de l’OPQ

Plusieurs recherches sont actuellement en cours grâce au programme de soutien à la recherche de l’Ordre afin de documenter l’impact psychologique de la COVID-19 dans la population.

  • Avril 2020 : Recherche examinant les impacts psychologiques, sociaux et économiques d’une pandémie en émergence. Dre Rebecca Robillard, psychologue. Université d’Ottawa.

  • Mai 2020 : Recherche sur l’impact psychologique de la COVID-19 chez les intervenants en santé mentale. Dre Pascale Brillon, psychologue.

  • Juin 2020 : Enquête populationnelle intitulée « Ma vie et la pandémie au Québec (MAVIEPAN) ». Dr Simon Beaulieu-Bonneau, neuropsychologue et autres collaborateurs du réseau de la santé et des services sociaux.

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