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Entretien avec la Dre Christine Grou : ouverture et dialogue

Entretien avec la Dre Christine Grou : ouverture et dialogue

Hélène de Billy | Rédactrice pigiste

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mars 2017

« Le congrès 2016 a été un succès », se réjouit la Dre Christine Grou. Déjà au cours de la préparation du rassemblement de novembre — le plus important à ce jour avec 1600 psychologues inscrits —, la présidente de l’Ordre avait embrassé l’adoption d’un thème ambitieux. La science au service du sens « reflète très bien la richesse et la complexité de notre profession », a-t-elle déclaré au cours de sa conférence d’ouverture. 

Du 17 au 19 novembre dernier, au Palais des congrès de Montréal, la famille des psychologues s’est retrouvée pour vibrer à l’unisson et réaffirmer son identité. La passion qu’éprouvent les psys pour leur métier a ému la présidente de l’Ordre : « C’était mon premier congrès comme présidente, et j’en conserverai un souvenir impérissable. J’ai été particulièrement touchée de voir à quel point les psychologues, quelle que soit leur génération, ont l’ambition d’enrichir leur expérience. »

En dehors de ses devoirs officiels, la Dre Grou a pris plaisir à s’entretenir avec les congressistes, à converser avec les panélistes, à féliciter les lauréats des prix de l’Ordre et à assister aux ateliers — on l’a ainsi surprise à prendre des notes durant la présentation du Dr Conrad Lecomte. « Le défi, pour moi, c’était de choisir, car il y avait beaucoup d’ateliers qui m’intéressaient. J’avoue un faible pour les vignettes cliniques illustrées, car ces analyses comparatives illustrent bien la diversité de notre pratique. »

Ensemble, c’est tout

Durant sa conférence d’ouverture, la Dre Grou a réfuté les arguments de ceux qui tendent à opposer approche scientifique et approche relationnelle. « Il n’y a pas d’antinomie entre les deux. Un praticien dans son bureau peut avoir une démarche scientifique. Inversement, un chercheur peut, par manque de rigueur, sombrer dans la pseudoscience. En psychologie, toutes les approches sont scientifiques, toutes les approches sont relationnelles. »

La Dre Grou en a profité pour réitérer sa position en faveur de la pluralité des écoles de pensées. De sa voix posée, elle explique : « Je suis pour le dialogue. Selon moi, ce qui fait la richesse de notre science, c’est la diversité. La première caractéristique du psychologue, c’est son humanité, sans rien enlever à sa rigueur et sa pensée critique. »

Une profession qui évolue

Psychologue et neuropsychologue, la Dre Grou est titulaire d’un doctorat de l’Université du Québec à Montréal. Quand elle a commencé à travailler à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (Hôpital Louis-H. Lafontaine) en 1992, les neuropsychologues se comptaient sur les doigts de la main et étaient considérés comme une denrée rare. Vingt-cinq ans plus tard, 796 psychologues détiennent une attestation pour l’évaluation des troubles neuropsychologiques et ont le droit de porter le titre de neuropsychologue au Québec.

La tendance actuelle pour les neurosciences ne devrait pas fournir un prétexte au psychologue pour se fermer et craindre l’avenir, croit la Dre Grou. « Pour le plus grand bien de la population, nous disposons de différents savoirs qui sont appelés à se compléter bien souvent. Gardons un esprit critique, mais restons ouverts. Ne soyons pas rigides vis-à-vis des nouvelles idées. » 

Devant un parterre de près de 500 psychologues, la présidente a mis l’accent sur la nécessité de préserver l’équilibre entre la science et le sens. Elle a souligné l’importance des données probantes et en a aussi expliqué la portée, tout en conseillant la prudence dans l’interprétation des mêmes données pour éviter les dérives. 

Elle a rappelé comment la science peut servir la cause des psychologues, notamment dans l’évaluation de l’efficacité de la psychothérapie. « Plutôt que de discréditer les données scientifiques, a-t-elle renchéri, il faut leur donner un sens. » 

Le cerveau vit à l’intérieur d’un individu

Plusieurs années après avoir obtenu son doctorat, en 2004, la Dre Grou est retournée sur les bancs d’école pour réaliser une maîtrise en bioéthique à l’Université de Montréal. Farouche partisane de la formation continue, la présidente de l’Ordre est aussi une apôtre de la connaissance en général. « C’est un cliché, reconnaît-elle, mais c’est vrai : plus on accumule des connaissances, plus on ressent le besoin d’en savoir davantage. Ce constat m’a accompagnée durant toute ma carrière. »

Le matin de l’ouverture officielle, la Dre Christine Grou a rappelé ses débuts en pratique privée durant les années 1990. « Devant ma clientèle en santé mentale, j’ai réalisé les limites de mon champ d’expertise et je suis retournée en supervision pendant une quinzaine d’années. Je voulais y voir plus clair et comprendre mieux le fonctionnement humain dans son ensemble. Aujourd’hui, je ne vois pas les choses plus clairement, mais je connais mieux l’ampleur des choses que j’ignore. »

Elle dresse un bilan très positif de ses années sur le terrain. « Une chose m’a aidée à comprendre les comportements humains : c’est la notion de sujet dans sa globalité. Pour moi, il n’y a rien qui se passe dans l’affectivité, dans l’intersubjectivité ou dans le comportement humain qui ne se passe également dans le cerveau. De manière concurrentielle, le cerveau n’est pas une entité à part. Le cerveau vit à l’intérieur d’un individu – qui a une histoire –, qui vit à l’intérieur d’une famille, d’un système, d’une culture, à l’intérieur d’une société. » 

Christine Grou a grandi au sein d’une famille d’intellectuels. Professeur d’université, son père compte parmi les instigateurs de la Révolution tranquille. « Les discussions étaient encouragées à la maison, et les enfants avaient droit au chapitre. » 

Sa mère, ceinture noire en judo et pianiste ayant appris la musique dans sa jeunesse, est retournée aux études avec ses enfants. « Mon frère, ma mère et moi étions au cégep en même temps! »

Ayant développé très tôt un parti-pris pour l’éducation, la discussion, le développement du savoir, Christine Grou fait surtout confiance à la capacité du clinicien de poser les jugements qui s’imposent. « Le psychologue doit toujours décider si les conclusions de la recherche, si son approche ou sa méthode s’appliquent à son client. La pratique du psychologue se fonde sur une manière de réfléchir. » En plus des trois savoirs déjà connus des psychologues, soit le savoir, le savoir-être et le savoir-faire, elle souligne ainsi l’importance capitale du savoir-penser.

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