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Troubles de la personnalité : mieux comprendre pour mieux aider

Troubles de la personnalité : mieux comprendre pour mieux aider

Dre Monique Bessette | Psychologue

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juin 2017

EXPERTE INVITÉE
Dre Monique Bessette | Psychologue

Fondatrice de l'Institut Victoria, un organisme privé dédié au traitement des troubles de la personnalité, la Dre Monique Bessette a été formée par le psychiatre James Masterson (New York), pionnier de réputation internationale dans ce domaine.

 

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Les troubles de la personnalité sont devenus un réel problème de santé publique. Aux États-Unis, ils touchent maintenant 14,8 % de la population générale (Grant et coll., 2004). Au Québec, le nombre de cas traités chaque année dans le système de santé est en constante augmentation. Les hommes et les femmes sont également concernés, même si leur utilisation des services peut varier (Institut national de santé publique du Québec, 2015). La prévalence de ces troubles peut atteindre la moitié de la population clinique qui consulte en psychiatrie externe, en CLSC, ou en cabinet privé de psychothérapie (Merikangas et Weissman, 1986; Zommerman, Rothschild et Chelminski, 2005; Newton-Howes et coll., 2010). 

Outre la souffrance psychologique des personnes atteintes et de leurs proches, cette psychopathologie génère d’importants coûts médicaux et sociaux. Ainsi, le suicide est la première cause de décès pour les troubles de personnalité du groupe B (narcissique, limite, antisociale et histrionique). Les individus de ce groupe se trouvent parmi les utilisateurs les plus importants de l’urgence, surpassant même les personnes qui souffrent de schizophrénie (Institut national de santé publique du Québec, 2015). Les coûts humains et économiques associés à la récurrence des arrêts de travail pour motif psychologique et aux plaintes non fondées de harcèlement au travail, également caractéristiques de cette clientèle, sont souvent évoqués.

Malgré cela, il subsiste au Québec un décalage important entre les soins offerts et les recommandations internationales fondées sur les données empiriques en matière de traitement spécialisé des troubles de la personnalité. 

L’écart entre les besoins et les ressources disponibles a vu naître plusieurs initiatives s’inspirant des psychothérapies validées pour le traitement du trouble de la personnalité limite. Sans prétendre traiter le trouble de la personnalité en profondeur, elles visent l’amélioration de certains symptômes et le désengorgement des services. En effet, l’implantation des programmes validés empiriquement est souvent considérée comme impraticable, car ces programmes impliquent tous un traitement intensif à long terme ainsi qu’une à deux séances hebdomadaires de psychothérapie individuelle, même quand une modalité de groupe y est associée.

De plus, ils ont été dispensés par des psychothérapeutes ayant reçu une formation spécialisée substantielle et qui maintenaient une supervision continue. Il devenait donc intéressant d’imaginer des compromis et de les expérimenter. Le programme d’intervention de quatre rencontres de groupe qu’ont implanté deux psychologues du Centre d’aide aux étudiants de l’Université Laval illustre ce phénomène. Ce programme, qui s’adresse à des clients qui bénéficient ou non d’un suivi individuel, cible la régulation émotionnelle. Un des trois textes exclusifs publiés sur le Web pour ce numéro présente une autre de ces initiatives. « Trouble de la personnalité, conflits amoureux et crise suicidaire » traite de l’hybridation de deux approches, psychodynamique et psychopédagogique, dans un programme de huit rencontres de groupe visant à prévenir la chronicisation de modes relationnels problématiques.

L’article provenant du Centre de recherche de l’Institut universitaire en santé mentale de Québec s’intéresse aux caractéristiques du client qui ont le plus d’impact sur l’abandon thérapeutique. Non seulement les auteurs ont-ils élaboré une grille d’évaluation permettant d’identifier à l’avance quels seront les obstacles au traitement pour les traduire en cibles d’intervention, mais ils démontrent à nouveau que les causes des impasses ne sont pas toutes du côté du client. 

Vignettes cliniques à l’appui, les psychologues Dre Caroline Audet et François Lefebvre, avec la travailleuse sociale Lyse Bessette, démontrent la pertinence de la perspective systémique et de l’intervention familiale dans le traitement du trouble de la personnalité limite. Ce texte, tout comme l’article « L’enfant borderline en devenir » rédigé par le Dr Miguel M. Terradas, psychologue, et par deux doctorantes en psychologie, souligne la centralité des dysfonctions familiales parmi les facteurs de risques et de maintien du trouble de la personnalité. Il est émouvant de se pencher sur les traumatismes relationnels dans la famille d’origine, à la source de la pathologie. Ces considérations nous aident à garder une posture empathique envers ces clients aux comportements parfois difficiles ou incompréhensibles.

Le DHubert Van Gijseghem nous entretient pour sa part de « La triade sombre » en exposant trois construits pouvant être mesurés par des questionnaires : narcissisme, machiavélisme et psychopathie. Ce faisant, il nous ouvre à une conception du narcissisme pathologique plus large que celle du DSM. 

Dans cette édition Web, vous trouverez trois autres textes exclusifs. Cinq psychologues cliniciens au Centre de traitement Le Faubourg Saint-Jean de Québec traitent de la synergie entre la psychothérapie individuelle et de groupe à travers leur expérience de l’approche basée sur la mentalisation de Fonagy et Bateman. Dans « Traiter le lien par le lien », les psychologues et formateurs Line Girard et Gilles Delisle élaborent les principes de la psychothérapie gestaltiste des relations d’objet (PGRO) et son application au traitement des pathologies de la personnalité. Aux antipodes de « traiter avec des techniques dans un ordre et un temps précis », ce texte évoque avec justesse les limites de l’étude quantitative de traitements manualisés, alors que le processus thérapeutique est constitué d’une multitude de phénomènes interactionnels complexes qui coexistent et s’influencent mutuellement. Enfin, dans  « Trouble de la personnalité, conflits amoureux et crise suicidaire », les psychologues Dre Claudia Savard, Dre Sarah Paquin et Dre Johanne Maranda présentent les construits théoriques fondamentaux qui ont servi à développer un programme d’intervention de groupe destiné à une clientèle souffrant de TP qui consulte en contexte de crise et de conflits conjugaux.

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