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Vous voir et vous entendre

Dre Christine Grou, psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec - presidence@ordrepsy.qc.ca


Le printemps est à nos portes, et c’est dans cet esprit d’effervescence que j'irai à votre rencontre dans les prochaines semaines. Cette tournée, qui s'arrêtera dans quelques villes du Québec, vise à vous voir et à vous entendre afin de nourrir la nouvelle mouture de la planification stratégique de l'Ordre. J’ai toujours eu à coeur de rester près des réalités du terrain et de prendre le pouls des milieux et champs de pratique. En 2024, quels sont les principaux enjeux auxquels vous faites face et quelles sont vos préoccupations au regard de vos clientèles et des besoins populationnels? Comment l’Ordre peut-il vous soutenir davantage? Quelle est votre vision de la mission de protection du public de l’Ordre, notamment lorsqu’il est question de défendre l’accessibilité aux services psychologiques? Dans la réflexion sur notre planification stratégique, l’heure est aux bilans afin de réorienter nos actions pour les prochaines années.

Participation à une enquête publique et aux consultations prébudgétaires

La coroner Julie-Kim Godin mène depuis les derniers mois une enquête publique sur le suicide de la jeune Amélie Champagne, survenu en septembre 2022. En janvier, j'ai été appelée à comparaître devant la coroner afin de parler des difficultés d’accessibilité aux services psychologiques ainsi que de proposer des pistes de recommandations. L’histoire d’Amélie est bouleversante : la jeune femme de 22 ans s’est enlevé la vie après un séjour à l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Soulignons qu’aucun service psychologique n’était entrepris et qu’aucun psychologue n’est en cause dans cette enquête qui porte davantage sur les trajectoires de services et les problèmes de santé dont cette jeune femme souffrait. Dans le cadre de cette comparution, j’ai d’abord fait part à la coroner de nos inquiétudes à l’endroit des pertes d’effectifs de psychologues dans les services publics. Pour l’occasion, j’ai d’ailleurs présenté les chiffres qui étaient illustrés sous forme de graphiques dans mon précédent mot de la présidente, en décembre 2023. Rappelons que nous faisons face à une perte de 25 % des effectifs de psychologues, sur dix ans, et ce, tant au sein du réseau de la santé et des services sociaux (RSSS) que du réseau scolaire, alors que la démographie et les besoins sont pourtant en forte croissance. Afin de retrouver un pourcentage oscillant autour de 30 % des membres pratiquant dans le RSSS – chiffre qui a longtemps été la norme –, il faudrait engager 1 000 psychologues de plus.

Devant cet état de situation, j’ai abordé les conséquences concrètes et tangibles de ces pertes sur l’accessibilité compétente à des services de qualité et au moment opportun. Vous le savez, on peut notamment penser à la dégradation de l’état des personnes de même qu'à la complexification des problèmes qui ont elles aussi des répercussions sur la qualité de vie des personnes, de leurs familles et de leurs proches.

L’Ordre des psychologues défend l’accessibilité aux services psychologiques sans compromis sur la qualité, mais ses leviers sont limités dans un dossier aussi complexe. Il nous apparaît de plus en plus clair qu’aucune instance au Québec ne s’occupe strictement de la santé mentale, de l’accessibilité aux services psychologiques ou de la qualité de ces services.

Depuis 1989, date à laquelle le Québec s’est doté de sa première politique de santé mentale, de nombreux rapports et documents officiels font état de la situation et proposent sensiblement les mêmes constats, les mêmes cibles. Tous s’entendent pour dire que la santé mentale doit être une priorité. Or, comment se fait-il que les mêmes enjeux perdurent et que l’accès aux services s’avère de plus en plus ardu pour la population? Les enjeux liés à la santé mentale et les réponses aux traitements des troubles mentaux sont complexes et multifactoriels, et requièrent que l’on intervienne dans la prévention, l’accès, la qualité et la continuité des services, mais également l’épineuse question de l’autonomie, du logement, de l’emploi, de la pauvreté et de l’isolement social, pour n’en mentionner que quelques-uns. Une solution miracle n’existe pas et il appert plus que jamais nécessaire qu’une équipe puisse se consacrer entièrement à la santé mentale, à temps plein.

Nous avons donc recommandé la mise sur pied d’une instance d’analyse, de réflexion, de mise en œuvre de solutions avec des leviers, des pouvoirs et une indépendance, strictement consacrée à la santé mentale et aux problèmes d’accessibilité aux services. Nous avons aussi soulevé à quel point il est important que le Québec se dote de meilleurs indicateurs en santé mentale.

Les inquiétudes et les recommandations transmises à la coroner ont aussi été consignées dans un mémoire déposé en février par l’Ordre au gouvernement dans le cadre des consultations pré-budgétaires 2024-2025 du ministère des Finances. Nous espérons ainsi des investissements en santé mentale, au Québec, à la hauteur de la priorité qu’on prétend lui consacrer. Depuis longtemps, on évoque que la santé mentale est aussi importante que la santé physique : il serait maintenant temps que cela se reflète également dans les ressources qu’on lui accorde.

Des sujets sociaux ayant un impact sur votre pratique

L’Ordre des psychologues a par ailleurs mis sur pied un comité de travail, conjointement avec l’Ordre des sexologues du Québec, dont l’objectif est de documenter les meilleures pratiques dans l’évaluation et le traitement psychologique des personnes souffrant de dysphorie de genre. Ce sujet soulève de grandes passions et il importe pour les professionnels de faire preuve de prudence et pour nous de les aider à bien se documenter sur l’ensemble des éléments à considérer dans leurs interventions. Les questions relatives à la thérapie exploratoire seront également abordées par le comité de travail. Nous espérons pouvoir vous fournir un document qui soutiendra vos pratiques d’ici les prochains mois.

La Loi portant sur la réforme du droit de la famille (projet de loi no 12) a été sanctionnée le 6 juin 2023. Cette loi prévoit une rencontre d’information obligatoire, offerte par un professionnel membre d’un ordre professionnel désigné par le ministre de la Justice, dont les psychologues, pour les parents d’intention et la mère porteuse, qui devront y assister séparément. À la fin de cette rencontre, une attestation sera remise. L’Ordre vous tiendra informé, probablement d’ici avril, de la publication de fiches techniques produites en collaboration avec le ministère de la Santé et des services sociaux et les ordres professionnels.

Par ailleurs, vous l’avez probablement lu dans les médias, l’ouverture à l’aide médicale à mourir (AMM) aux personnes dont le seul problème est un trouble mental a été reportée par le gouvernement fédéral à mars 2027 – initialement prévue en mars 2024 à la suite d’un premier report. Afin de respecter les droits des personnes atteintes de troubles mentaux graves, invalidants, irréversibles et causant des souffrances constantes et jugées intolérables, l’Ordre s’est montré favorable à l’élargissement de l’AMM à ces personnes, mais à la condition d’assurer non seulement l’accès à de nombreux services, mais aussi leur qualité, et d’en avoir fait une analyse approfondie. L’Ordre continuera de collaborer aux réflexions et aux rôles des psychologues et des neuropsychologues entourant l’aide médicale à mourir.

Le prochain congrès aura lieu du 27 au 29 novembre prochain à l’hôtel Sheraton Laval, qui a connu une transformation esthétique sans pareille et a maintenant un look digne des grands hôtels. Le lieu nous sera presque entièrement réservé : un congrès intime, sympathique et unique nous y attend. Le comité scientifique est en pleine préparation d’une programmation riche et diversifiée, ancrée dans les réalités psychologiques et sociales actuelles. Notez l’événement à votre agenda!

En terminant, vous trouverez dans ce numéro un dossier sur les conditions médicales chroniques, une problématique à laquelle les psychologues seront tous confrontés un jour ou l’autre. Nous espérons que ce dossier piloté par l’experte invitée, la Dre Séverine Hervouet, psychologue, permettra d’enrichir vos réflexions et votre pratique auprès de cette population.

Au plaisir de vous voir et de vous entendre à nouveau au cours des prochaines semaines, dans le cadre de la tournée de l’Ordre!