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Un sondage grand public et vos pratiques en matière d’arrêt et de retour au travail

Dr William Aubé, neuropsychologue et conseiller scientifique à la Direction des communications de l'Ordre des psychologues du Québec – waube@ordrepsy.qc.ca


Cette chronique propose d’abord un retour sur le récent sondage Léger réalisé pour l’Ordre, portant sur la consultation psychologique au sein de la population et l’utilisation de l’intelligence artificielle en santé mentale. Dans un deuxième temps seront présentés les résultats des consultations menées par l’Ordre auprès de ses membres au sujet de l’arrêt et du retour au travail.

Sondage grand public

La consultation psychologique chez les Québécois

Un récent sondage Omnibus réalisé par Léger pour l’Ordre auprès de 1 083 adultes1 révèle que plus d’un Québécois sur deux (52 %) a déjà consulté un psychologue dans sa vie.

Plus précisément, le quart des adultes québécois ont consulté un psychologue au cours des cinq dernières années, tandis que 15 % consultent actuellement ou l’ont fait dans la dernière année. À l’échelle du Québec, près de 1,4 million de personnes consultent donc présentement ou ont consulté un psychologue au cours de la dernière année. 

Un bond important entre 1990 et 2026

C’est la troisième fois que l’Ordre pose la question « Avez-vous déjà consulté un psychologue? » aux adultes québécois. Un premier sondage Léger & Léger réalisé en 1990 pour l’Ordre – qui se nommait alors la Corporation – révélait que 15,4 % des adultes québécois avaient déjà consulté un psychologue (n = 1 013). En 2012, le pourcentage avait connu une augmentation importante : 43 % avaient déjà fait appel aux services d’un psychologue (n = 600). Le seuil des 52 % franchi en 2026 est une donnée évocatrice, dont les explications sont certes multifactorielles et liées à divers déterminants (Hammer et al., 2024). Bien que le sondage ne nous permette pas de relever les variables impliquées, des hypothèses propres à notre réalité peuvent être avancées; pensons par exemple à la crédibilité et à la reconnaissance croissantes de la profession, à la réduction des stigmas ou à l’importance que les gens accordent désormais à leur santé mentale. Les interactions entre ces facteurs pourraient avoir contribué aux augmentations relevées dans le volume des consultations.

Des changements dans les pratiques des psychologues

En 1991, l’Ordre avait mandaté la firme Malette pour documenter les pratiques des psychologues en bureau privé2. Parmi les 324 psychologues répondants, 44 % avaient rapporté faire de 1 à 10 heures de consultation par semaine, et seulement 8 % avaient indiqué 30 heures et plus sur une base hebdomadaire. En 2023, une consultation auprès des psychologues3 révélait que 44 % des psychologues en pratique privée exclusive consacraient entre 20 et 29 heures par semaine aux services psychologiques, et que près de 20 % y consacraient plus de 30 heures.

Cette augmentation du temps consacré à la pratique clinique se traduit évidemment par une hausse du volume de clients. L’évolution des pourcentages de consultation permet de faire quelques extrapolations : alors que le nombre de psychologues a doublé depuis 1990, on peut estimer que le nombre de clients pris en charge par psychologue a quant à lui plus que doublé (tableau 1). Comparativement à la croissance démographique du Québec, le volume de la clientèle – et, par conséquent, la demande pour des services psychologiques – a augmenté à un rythme 3,4 fois supérieur à celui de l’augmentation de la population. Il va sans dire que les psychologues ont su adapter leurs pratiques aux besoins et à la demande de la clientèle.

Les impacts des consultations psychologiques

Au-delà du pourcentage de consultation psychologique chez les Québécois, le plus récent sondage de l’Ordre met en lumière les retombées positives associées aux consultations en psychologie : une nette majorité des répondants (67 %) rapportent un impact positif modéré ou majeur du suivi sur leur situation (graphique 1). Il est d’ailleurs intéressant de relever que ce pourcentage de 67 % est identique à celui obtenu dans le sondage de 1990 quant au niveau de satisfaction à l’égard des consultations psychologiques (très satisfait ou satisfait).

Des disparités relevées

Les résultats du sondage de l’Ordre de 2026 confirment par ailleurs un phénomène bien documenté : les hommes (42 %) consultent significativement moins que les femmes (62 %) – celles-ci consultent 1,5 fois plus que les hommes. Au Québec, l’Enquête canadienne sur les collectivités4 avait documenté, entre 2009 et 2018, l’évolution de la consultation d’un spécialiste en santé mentale chez les hommes ainsi que chez les femmes. Tandis qu’on relevait une augmentation significative du pourcentage de femmes qui consultent, année après année, une stagnation était notée chez les hommes. En 2018, deux fois moins d’hommes que de femmes rapportaient dans cette enquête avoir consulté en santé mentale. Par ailleurs, les résultats du récent sondage Léger de l’Ordre indiquent que les hommes sont significativement plus nombreux (42 %) que les femmes (26 %) à rapporter un impact faible (aucun impact, impact mineur) des consultations sur leur situation. N’y a-t-il pas là matière à réflexion?

Dans la littérature, plusieurs variables sont évoquées pour tenter d’expliquer les disparités hommes-femmes à l’égard des soins psychologiques. Entre autres éléments, on relate davantage de comportements externalisés chez les hommes, des biais négatifs envers la demande d’aide, la protection de l’identité masculine et une plus faible littératie en santé mentale (Smith et Hebdon, 2024; Üzümçeker, 2025). Afin de mieux soutenir l’accès aux services de première ligne pour les hommes, une revue systématique récente (Seidler et al., 2024) dresse d’ailleurs une liste d’adaptations autour de trois angles : communication pour mieux les rejoindre, traitement pour répondre à leurs besoins et alliance thérapeutique pour les maintenir dans les soins. D’autres stratégies concernant l’autostigmatisation et les normes sociales masculines sont aussi proposées pour les jeunes garçons (voir Sheikh et al., 2025).

En ce qui concerne les groupes d’âge, les personnes âgées de 55 ans et plus consultent significativement moins que les plus jeunes, toujours selon le plus récent sondage de l’Ordre. Soulignons que les résultats n’indiquent par ailleurs aucune différence significative dans les pourcentages de consultation entre les régions, les milieux de vie (urbain ou rural), le niveau de scolarité, le revenu du ménage ou encore le statut (travailleur, étudiant ou retraité).

Des freins à la consultation?

En 1990, 42 % des gens affirmaient que la principale raison qui les empêcherait d’aller consulter un psychologue était le fait qu’ils se disaient « capables de régler eux-mêmes leurs problèmes personnels ».

Dans le plus récent sondage de l’Ordre, parmi ceux qui n’ont jamais consulté, 63 % des répondants – un pourcentage qui s’élève à 74 % chez les 55 ans et plus – indiquent qu’ils n’en ont pas ressenti le besoin.

Au regard des coûts, 16 % des répondants affirment que le coût trop élevé explique en partie le fait qu’ils ne consultent pas un psychologue. Ce pourcentage grimpe à 30 % chez les 18-34 ans.

Seulement 3 % des répondants indiquent la peur d’être jugé comme raison de ne pas avoir consulté, ce qui peut attester de l’évolution des perceptions au sujet de la consultation psychologique. Enfin, 4 % des personnes ayant pris part à ce sondage indiquent le fait de ne pas avoir réussi à trouver de psychologue comme raison de ne pas avoir consulté par le passé.

Une utilisation marquée de l’intelligence artificielle (IA) pour la santé mentale

Compte tenu de l’essor de l’IA et de son intégration croissante dans la société, des questions à ce sujet étaient également prévues dans le plus récent sondage de l’Ordre. Selon les résultats, près de la moitié de la population québécoise (49 %) a déjà utilisé un outil d’IA pour des raisons liées à la santé mentale, une proportion qui atteint 68 % chez les 18-34 ans. En revanche, les Québécois âgés de 55 ans et plus sont significativement moins nombreux à en avoir fait usage (32 %).

Parmi ceux qui ont déjà utilisé un outil d’IA en lien avec la santé mentale, 53 % l’ont fait sur une base « régulière » (12 % tous les jours ou presque, 23 % quelques fois par semaine et 18 % quelques fois par mois). Si certains chiffres relatifs au volume et à la fréquence d’utilisation de l’IA peuvent surprendre, les résultats du sondage de l’Ordre sont cohérents avec d’autres données en la matière (Luo et al., 2025; McBain, Bozick et Diliberti, 2025; Robb et Mann, 2025).

Contextes et raisons d’utilisation de l’IA en santé mentale

Parmi les principaux contextes d’utilisation de l’IA en matière de santé mentale évoqués par les répondants au sondage, on trouve, dans l’ordre : obtenir des ressources d’aide ou des recommandations (24 %), mieux comprendre mes pensées, mes émotions ou mes comportements (17 %), stress, anxiété ou dépression (14 %), résolution de conflit (12 %), aider un proche ou un ami (9 %) et situation personnelle difficile (8 %). Par ailleurs, 3 % des répondants en font usage pour compléter les rencontres de psychothérapie et 2 % pour des situations de crise ou des idées suicidaires.

Du côté des raisons invoquées pour l’utilisation de l’IA en lien avec la thématique de la santé mentale, on trouve sa gratuité (30 %), sa disponibilité au moment qui convient (28 %), la possibilité d’obtenir un conseil sans se faire juger (12 %), la possibilité de s’exprimer de façon anonyme (11 %) et l’absence de personne à qui se confier (7 %). Il y a aussi 4 % des répondants qui rapportent ne pas avoir réussi à trouver un psychologue et 3 % qui indiquent être sur une liste d’attente pour des services en santé mentale.

Un outil complémentaire?

Il est pertinent de relever que, parmi les répondants rapportant avoir déjà utilisé l’IA pour des raisons de santé mentale, 50 % consultent actuellement ou ont consulté dans la dernière année un psychologue – dont 38 % qui utilisent l’IA sur une base « régulière ». À l’inverse, parmi ceux qui n’ont jamais utilisé l’IA pour des motifs de santé mentale, 71 % n’ont jamais consulté de psychologue. Bien que le pourcentage de gens qui rapportent compléter les rencontres de psychothérapie avec l’IA soit faible (3 %), ces chiffres laissent penser que les services psychologiques et les outils d’IA peuvent être combinés dans une utilisation en parallèle, sans qu’elle soit explicitée.

Des questions émergent : est-ce que l’IA pourrait susciter des réflexions qui encourageraient une personne à consulter un professionnel, et est-ce que les services en psychologie pourraient inviter à approfondir des réflexions ou des connaissances en santé mentale à l’aide de l’IA? Des données préliminaires suggèrent en effet des interactions entre ces éléments. Il appert notamment que l’usage de l’IA pour des motifs reliés à la santé mentale pourrait moduler, voire faciliter, les patrons de recherche d’aide, et ce, selon les besoins et l’état de la personne (Ueda et al., 2026; Wang et al., 2025).

Cela étant, considérant l’ampleur de l’usage de l’IA autant par la population générale que par la clientèle des psychologues, il ne fait aucun doute que l’IA est incontournable et que les psychologues doivent désormais cohabiter avec elle. En ce sens, les psychologues gagneront à développer leurs compétences touchant l’IA et à intégrer adéquatement ces outils dans leurs pratiques, nonobstant les limites inhérentes aux grands modèles de langage. À ce sujet, le plus récent sondage annuel de l’APA sur les pratiques des psychologues5 révélait d’ailleurs que 56 % des psychologues avaient utilisé l’IA en 2025 (dont près de 30 % sur une base régulière), soit un bond de près de 30 % depuis 2024.

Rappelons que l’IA demeure un outil au service du clinicien – jamais son substitut – et que c’est au psychologue qu’il revient d’en définir un usage pertinent, adapté aux besoins du client et cohérent avec le contexte clinique6.

Consultations de l’Ordre sur l’arrêt et le retour au travail

Par ailleurs, plus de 800 psychologues ont participé au webinaire du 20 mars dernier portant sur la mise à jour des démarches entourant le diagnostic et la présentation de l’outil ÉPAT (Évaluation de la pertinence de l’arrêt de travail). Les prochaines lignes présentent les résultats aux questions qui ont été posées en direct aux psychologues durant le webinaire, combinés aux réponses obtenues lors de la consultation auprès des membres sur la plateforme Léxi (n = 182 psychologues, dont 99 [54 %] n’avaient pas pris part au webinaire). L’objectif principal de ces consultations était de documenter les pratiques des psychologues entourant les arrêts et les retours au travail, ainsi que de recueillir des commentaires au sujet de l’ÉPAT.

État de situation

Soulignons d’entrée de jeu qu’une forte majorité des psychologues, soit 82 % (n = 750), ont répondu que leur participation au webinaire ou à la consultation était motivée par le désir de recommander, à certains degrés, des arrêts ou des retours au travail (Pas du tout – 8 %, Un peu – 19 %, Modérément – 31 %, Beaucoup – 32 %, Je ne sais pas – 6 %, Ne s’applique pas – 3 %).

Plus concrètement, ce sont 28 % des psychologues qui ont indiqué avoir déjà rempli un formulaire d’arrêt de travail pour un assureur (n = 771; À une seule reprise – 10 %, À quelques reprises [5-9] – 12 %, À plusieurs reprises [10 et +] – 6 %) et 66 % qui ne l’ont jamais fait. Bien que ce pourcentage ne puisse être généralisé à l’ensemble des psychologues en raison d’un échantillon non représentatif, mais aussi en raison d’un biais d’échantillonnage possible en faveur des psychologues intéressés, il demeure que les recommandations d’arrêt de travail semblent être une pratique déjà intégrée par de nombreux psychologues.

Une majorité de psychologues (81 %) ont aussi répondu être relativement à l’aise de juger de la pertinence d’un arrêt ou d’un retour au travail (n = 779; Un peu à l’aise – 38 %, Plutôt à l’aise – 31 %, Très à l’aise – 12 %, Pas du tout à l’aise – 13 %, Je ne sais pas/ne s’applique pas – 6 %).

La place des enjeux liés au milieu de travail dans les rencontres de psychothérapie et d’évaluation

Compte tenu des interactions étroites entre santé mentale et travail, il est raisonnable de penser que les enjeux professionnels – qu’il s’agisse des conflits interpersonnels, de l’insatisfaction au travail ou de la quête de sens – sont un thème récurrent dans les rencontres de psychothérapie et d’évaluation. De fait, 81 % des psychologues répondants indiquent avoir régulièrement des réflexions ou des échanges concernant des enjeux liés au travail avec leurs clients (Tous les jours ou presque – 17 %, Quelques fois par semaine – 36 %, Quelques fois par mois – 28 %, Quelques fois par année – 16 %, Jamais ou presque – 1 %).

Les arrêts et les retours au travail en pratique clinique

Les résultats de la consultation nous apprennent plus précisément que 61 % des psychologues discutent sur une base régulière de la possibilité d’un arrêt ou d’un retour au travail avec leurs clients (Tous les jours ou presque – 2 %, Quelques fois par semaine – 16 %, Quelques fois par mois – 43 %, Quelques fois par année – 32 %, Jamais ou presque – 4 %). Une forte majorité d’entre eux (94 %) rapportent avoir déjà été sollicités par des clients précisément pour leur opinion clinique au regard d’un arrêt ou d’un retour au travail, dont près de 50 % à plusieurs reprises.

Par ailleurs, 89 % des psychologues rapportent avoir actuellement des clients en arrêt ou en processus de retour au travail; 69 % estiment que 10 à 25 % de leur clientèle est actuellement en arrêt ou en processus de retour; et 20 % estiment ce pourcentage à 50 à 75 %. Enfin, 5 % indiquent ne pas avoir de clients actuellement en arrêt de travail.

À la lumière de ces données, il ne fait aucun doute que les psychologues tiennent déjà un rôle important auprès de leurs clients pour les enjeux liés au travail. Les développements des derniers mois entourant la reconnaissance du diagnostic ouvrent la voie à d’autres possibilités (et à des responsabilités) pour offrir des services encore mieux intégrés.

Conclusion

Sondage grand public 2026

Avec un Québécois sur deux qui a déjà consulté un psychologue, force est d’admettre que les psychologues contribuent d’une façon sans précédent à la santé psychologique de la population, surtout si l’on considère les impacts positifs des consultations qui ont été relevés. Le sondage atteste aussi d’un usage significatif de l’IA par la population québécoise, tant en volume qu’en fréquence, pour des raisons liées à la santé mentale, ce qui confirme que les psychologues devront de plus en plus cohabiter avec ces outils prédictifs et ajuster leurs pratiques.

Arrêts et retours au travail

Les constats tirés de vos pratiques en matière d’arrêts et de retours au travail indiquent un intérêt certain envers les réflexions cliniques et les responsabilités associées la reconnaissance du diagnostic. Les enjeux de santé mentale liés au travail sont aussi, vraisemblablement, déjà imbriqués dans les pratiques de nombreux psychologues.

En terminant, vous avez été nombreux à nous transmettre des commentaires positifs et constructifs sur la version préliminaire de l’outil ÉPAT. Des bonifications ont déjà été apportées, notamment en ce qui concerne le retour au travail. Nous souhaitons que cet outil puisse vous soutenir dans vos réflexions ainsi qu’au moment de remplir les formulaires. Merci pour votre participation et vos contributions.

Notes

  1. Les résultats ont été pondérés en fonction du genre, de l’âge, de la langue maternelle, de la région, du niveau de scolarité et de la présence d’enfants dans le ménage, afin d’assurer un échantillon représentatif de la population.
  2. Source : Archives de l’Ordre des psychologues du Québec.
  3. Aubé, W. (2023, décembre). Retour sur les consultations estivales. Psychologie Québec.
  4. Statistiques de santé et de bien être selon le sexe (tout le Québec) – Consultation d'un spécialiste en santé mentale
  5. American Psychological Association. (2025). AI in the Therapist’s Office : 2025 Practitioner Pulse Survey.
  6. Aubé, W. (2024, mars). Psychologie et intelligence artificielle. Psychologie Québec.

Bibliographie