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Réaffirmer le rôle essentiel du psychologue

Dre Karine Gauthier, psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec - presidence@ordrepsy.qc.ca


Chères collègues, chers collègues,

Je vous remercie chaleureusement de la confiance que vous m’avez accordée en m’élisant à la présidence de notre ordre professionnel. J’accueille cette responsabilité avec beaucoup d’humilité, mais également avec une profonde détermination. Je souhaite exercer cette fonction en conciliant rigueur professionnelle, protection du public, évolution et reconnaissance de notre profession.

Nous faisons face à un contexte où les besoins en santé psychologique et neuropsychologique n’ont jamais été aussi importants. Cette réalité nous oblige collectivement à réfléchir aux rôles que notre profession doit jouer dans les décisions cliniques, sociales et gouvernementales. La santé psychologique constitue un pilier fondamental de notre société qui influence la santé globale, la réussite éducative, la stabilité familiale, la participation sociale, la vitalité économique et la cohésion collective. L’importance de la santé psychologique devrait ainsi se refléter concrètement dans l’organisation des services, les politiques et les décisions gouvernementales. Dans cette perspective, plusieurs priorités guideront mon engagement.

Le rôle essentiel du psychologue

La première consiste à réaffirmer le rôle essentiel du psychologue afin de mieux protéger le public. Cette protection exige que les citoyens puissent distinguer clairement les expertises professionnelles, comprendre les limites des interventions non encadrées et avoir accès à des services fondés sur des standards de pratique élevés et rigoureux. Le psychologue possède une expertise spécifique et indispensable. En ce sens, l’Ordre doit continuer à multiplier les efforts afin d’assurer que notre profession soit encore mieux comprise et reconnue.

Au fil de mon parcours, à titre de clinicienne au sein de grandes équipes interdisciplinaires, j’ai pu mesurer à quel point les collaborations professionnelles sont essentielles et complémentaires à la qualité des soins. Ces expériences m’ont aussi convaincue qu’une collaboration interdisciplinaire efficace repose sur une reconnaissance claire des compétences respectives. Cela signifie contribuer pleinement, avec nos compétences propres, à des soins cohérents, sécuritaires et complets, et ce, afin que la population puisse bénéficier des champs d’expertise propres à chaque profession.

Un meilleur accès aux services psychologiques

Ma deuxième priorité sera de contribuer concrètement à un meilleur accès à des soins psychologiques de qualité. Les besoins de la population augmentent rapidement, mais l’accès aux services psychologiques demeure insuffisant. Trop de situations se détériorent faute de prévention, d’intervention précoce ou de prise en charge appropriée.

Non seulement cette réalité a des conséquences humaines importantes, mais elle a également des impacts majeurs sur l’ensemble du système de santé et de la société. Les problématiques psychologiques qui ne sont pas prises en charge en temps opportun et de manière adéquate contribuent notamment au phénomène des « portes tournantes », à l’augmentation des visites médicales répétées, aux arrêts de travail prolongés, aux difficultés scolaires, aux problèmes de dépendance et à une utilisation parfois excessive des médicaments psychotropes, y compris chez des enfants de plus en plus jeunes. Nous devons réfléchir collectivement à des solutions structurantes qui permettront d’agir en amont, de réduire les obstacles inutiles et d’accroître l’accès aux services en santé psychologique.

Informer, influencer et soutenir des décisions éclairées

Ma troisième priorité sera d’utiliser différentes tribunes afin d’informer, d’influencer et de soutenir des décisions éclairées, de manière à mieux faire reconnaître l’impact des enjeux de santé psychologique et à consolider le rôle central des psychologues dans leur prise en charge. Cela impliquera de renforcer la compréhension de ces réalités auprès du public et des décideurs gouvernementaux, afin qu’on en reconnaisse pleinement la portée sociétale.

Notre ordre professionnel est un interlocuteur stratégique auprès des décideurs et un partenaire mobilisateur au sein de l’écosystème de la santé mentale. Tout comme vous, j’ai été témoin des besoins des clients, mais aussi des limites des systèmes censés y répondre et des conséquences que cela peut avoir sur leur bien-être et leur vulnérabilité.

Une société qui reconnaît pleinement l’importance de la santé psychologique est une société plus équilibrée, plus résiliente et plus humaine.

Une vision humaine, rigoureuse et accessible pour les membres

Au-delà des réalisations concrètes, je crois qu’une présidence doit également porter une vision humaine de l’Ordre.

Je souhaite que notre ordre professionnel soit à la fois rigoureux et accessible. Encadrant, mais également soutenant. Les membres doivent pouvoir compter sur un ordre qui fournit des balises claires, cohérentes et applicables, particulièrement dans un contexte de changements rapides dans les pratiques, les lois et les technologies.

Les défis liés à l’intelligence artificielle, à l’évolution des modèles de soins et à la transformation des attentes sociétales exigent de notre profession une grande capacité d’adaptation. Dans ce contexte, l’Ordre devra jouer un rôle actif d’accompagnement et de soutien au développement professionnel des psychologues.

Je suis convaincue qu’un professionnel soutenu par son ordre est plus solide dans sa pratique, plus confiant dans son jugement clinique et mieux outillé pour répondre aux besoins de la population. Ce soutien bénéficie ultimement à la protection du public.

À propos de la loi 8

À mon arrivée, j’ai pris connaissance des modifications apportées par la loi 8 (anciennement le projet de loi 15). Vous trouverez dans ce numéro un résumé de ces modifications par le biais de la chronique de Me Édith Lorquet. Vous constaterez les effets de cette loi sur l’allègement réglementaire des ordres professionnels et sur les activités qui touchent notamment le secteur de la santé.

Je suis outrée du processus imposé par le gouvernement pour en venir à l’adoption rapide – et sans réelle consultation – d’un règlement venant autoriser les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) à diagnostiquer les troubles mentaux moyennant une formation complémentaire de seulement 65 heures, alors que l’on exige un minimum de 500 heures de formation pratique et 135 heures de cours universitaires de niveau doctoral (9 crédits) sur les méthodes d’évaluation et sur la psychopathologie ou le dysfonctionnement aux futurs psychologues. Une lettre adressée à la ministre de la Santé, Mme Sonia Bélanger, ainsi qu'au ministre du Travail et responsable de l’application des lois professionnelles, M. Jean Boulet, a été envoyée par la présidente sortante, la Dre Christine Grou, afin d’inscrire officiellement notre dissidence autant sur le processus d’adoption que sur les fondements d’une telle formation.

S’il est clair que l’urgence de trouver des solutions pour améliorer l’accessibilité par le décloisonnement des pratiques force le gouvernement à agir rapidement, ce dernier ne peut toutefois le faire en ignorant l’expertise des ordres professionnels, dont la mission est la protection du public.

Le Congrès 2026 de l’Ordre

En terminant, vous pourrez découvrir dans l'édition papier de ce numéro la programmation du prochain congrès de l'Ordre, qui aura lieu les 12 et 13 novembre au Centre des congrès de Québec. Je serai ravie de vous y rencontrer.

Ensemble, nous pouvons faire progresser notre profession, renforcer la protection du public et poursuivre le rayonnement de la psychologie dans notre société. Je vous remercie de votre confiance et de votre engagement envers notre profession.