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L’évaluation du TDAH : un dossier chaud

L’évaluation du TDAH : un dossier chaud

Dre Christine Grou, psychologue | Présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

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juin 2019

Depuis plusieurs années, au Québec, on assiste à un débat public au sujet de la croissance exponentielle de la prévalence du TDAH et de la prescription de psychostimulants qui en découle. Entre les déclarations publiques et les lettres ouvertes de professionnels, d’enseignants ou de parents à bout de souffle, les psychologues gardent le cap de la santé psychologique des nombreuses familles touchées.

Au Québec
Une étude récente de l’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) a révélé que la prévalence du TDAH au Québec est supérieure à celle observée dans le reste du Canada. Toujours selon l’INESSS, les taux de prévalence de la consommation de médicaments pour traiter un TDAH sont également plus élevés au Québec et peuvent varier considérablement d’une région à l’autre. Or, les médias font état de propos sur l’existence possible de surdiagnostics et d’une augmentation faramineuse des prescriptions de psychostimulants.

En 2018, l’INESSS a recommandé, pour les enfants et les adolescents chez qui on soupçonne un TDAH, la mise en place d’un processus d’évaluation établissant un portrait global du jeune incluant une anamnèse complète de sa santé physique et psychologique de même qu’un portrait psychosocial et scolaire. Les établissements de santé se sont vu suggérer d’organiser leurs services de manière à soutenir les professionnels habilités pour l’évaluation des troubles mentaux. De plus, sur confirmation du diagnostic, il a été établi que si un traitement pharmacologique était requis, celui-ci devrait être intégré à un plan d’intervention individualisé comprenant des cibles claires. En outre, l’accès à des programmes d’habiletés parentales pour les parents d’enfants en bas âge, des interventions comportementales en classe au primaire et au secondaire et des interventions visant le développement des compétences personnelles et des mesures de différenciation ont été suggérés. Finalement, l'INESSS a noté qu'il est souhaitable d'offrir aux jeunes vivant avec un TDAH du soutien lorsqu’ils atteignent l’âge adulte.

Or, l’instauration de la première recommandation n’est pas encore au point. En effet, l'accès à une évaluation correspondant aux meilleures pratiques n'est jamais à la fois facile et gratuit. Il est facile mais coûteux de consulter un psychologue ou un neuropsychologue en pratique privée lorsqu'on en a les moyens. L'évaluation est offerte gratuitement dans le réseau public, mais les services sont souvent difficiles d'accès, voire inaccessibles. 

Le diagnostic psychologique ou neuropsychologique : rigoureux et adéquat
Que l'on prenne l'angle du profil cognitif par la voie de l’évaluation neuropsychologique ou celui du trouble mental par celle du diagnostic psychologique, j’ai expliqué récemment dans les médias que la rigueur et la pertinence du diagnostic sont les mêmes. Dans les deux cas, l’évaluation comprend une anamnèse solide sur les plans médical et psychologique. Le professionnel effectue toujours une revue des antécédents et s’assure de comprendre l’histoire psychosociale et scolaire ou professionnelle du patient. La collecte de données profite de sources d’informations diverses, incluant des observations cliniques réalisées par le psychologue ou le neuropsychologue. Les choix méthodologiques sont justifiés et permettent de vérifier ou d'éliminer certaines hypothèses. Finalement, après avoir recensé tous les éléments de l’histoire, les observations et analysé des données psychométriques ou cliniques, psychologues et neuropsychologues aboutissent à une conclusion.

Le psychologue est habilité à poser un diagnostic psychologique de TDAH, cela, je tiens à le répéter sur toutes les tribunes. Sa rigueur méthodologique et sa connaissance approfondie des troubles mentaux le protègent des risques  de surdiagnostic et de faux diagnostic et lui permettent l'étayage d'un diagnostic différentiel de trouble mental le cas échéant. Il est bien au fait des conséquences d’un diagnostic erroné : les enfants, par exemple, ne pourraient recevoir ni l'aide ni le traitement appropriés. 

TDAH et comorbidité : les vertus de l’évaluation multidimensionnelle en psychologie
Une évaluation approfondie est essentielle, d’autant plus que l’on sait que le TDAH s’accompagne souvent d’autres troubles associés : trouble d'apprentissage, trouble anxieux, trouble d’opposition, trouble dépressif ou trouble du spectre de l’autisme. Les personnes qui vivent avec un TDAH peuvent également avoir besoin de soins ou de services concernant des plaintes somatiques, des troubles du sommeil ou des troubles liés à la consommation de substances, pour n’en nommer que quelques-uns.

L’estime personnelle de ces personnes est trop souvent mise à mal ; elles se croient souvent peu douées, dérangeantes ou problématiques. Leur développement affectif s'en trouve souvent affecté et, chez les enfants et les adolescents, le parcours scolaire en souffre nécessairement. La vision  multidimensionnelle qu’a le psychologue des troubles mentaux et de leurs causes lui permet d’être plus sensible aux besoins et, conséquemment, de mieux contribuer aux avenues thérapeutiques multiples, mais trop souvent inexplorées.

Une évaluation adéquate, accessible et une offre de services à la mesure des besoins
Je suis préoccupée par le discours ambiant, où la compétence diagnostique des psychologues me paraît souvent occultée. Le Québec n’a pas le luxe de se priver de l’expertise des psychologues ou des neuropsychologues. La moitié des psychologues du Canada, soit 8700 professionnels, exercent au Québec, où le ratio de psychologues par habitant et le plus élevé en Amérique du Nord. En matière de TDAH, on sait que l'évaluation psychologique ou neuropsychologique correspond aux meilleures pratiques. Il est donc plus que temps que le gouvernement du Québec élargisse la porte d'entrée aux services de santé mentale en faisant appel aux compétences des psychologues.  Plus que temps que l’on évalue adéquatement et en temps opportun le TDAH chez  les enfants et adolescents. 

Outre les évaluations donnant accès aux services, il importe également de défendre fermement la diversité de l'offre de services requis par la multitude de jeunes et d'adultes, qui, en plus de leur TDAH, vivent avec des besoins multiples et hétérogènes auxquels nous, psychologues, sommes en mesure de répondre. Le gouvernement se doit de leur offrir ces services. 

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