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Dépister hâtivement l’anxiété sociale pour mieux intervenir

Dépister hâtivement l’anxiété sociale pour mieux intervenir

Dre Fanny-Maude Urfer | Psychologue au CIUSSS de l'Est de Montréal et en pratique privéeEnregistrerEnregistrerEnregistrer

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sept. 2018

Un psychologue en milieu scolaire primaire se questionne quant à la meilleure façon d’orienter certains jeunes vers l’école secondaire, étant donné qu’un grand nombre d’élèves du deuxième cycle confient leur crainte de se retrouver isolés.

L’anxiété sociale, caractérisée par une peur intense des situations dans lesquelles une personne peut être « évaluée » sur le plan social, débute généralement entre 10 et 20 ans et renvoie à une détresse intense, altérant le fonctionnement au quotidien (APA, 2013). Cette détresse peut se manifester sous forme de blocage psychique ; elle est due à des croyances erronées prenant la forme de pensées automatiques, lesquelles peuvent entretenir certains préjugés nuisant à la représentation objective de la réalité. La conscience de soi peut être excessive au point que la personne se laissera absorber davantage par l’image projetée que par le contenu de la discussion, étant donné sa fragile estime de soi (Macqueron, 2013).

Deux modèles théoriques reconnus présentent des schémas de croyances mésadaptées à propos de soi et des situations sociales, lesquels peuvent alimenter l’anxiété sociale. Le premier schéma, de Rapee et Heimberg (1997, dans Wong et al., 2018), met en lumière (1) les croyances négatives quant à la manière dont les autres nous perçoivent, (2) les croyances mésadaptées quant aux standards sociaux élevés, et (3) la probabilité et les conséquences découlant d’une évaluation négative des autres. Le second schéma, de Clark et Wells (1995, aussi dans Wong et al., 2018), propose une perspective plus détaillée à propos des croyances mésadaptées : (1) les croyances à propos de standards de performance sociale excessivement élevés, (2) les croyances conditionnelles à propos des conséquences sociales négatives découlant de certains comportements ou actions, et (3) les croyances inconditionnelles qui soutiennent l’idée que les autres entretiennent une perception négative à propos de soi. L’activation de l’un de ces trois types de croyances transforme les indices sociaux en menaces sociales pour celui qui souffre d’anxiété sociale, anxiété qui serait renforcée en raison de processus de maintien sur les plans cognitif et comportemental (Wong et al., 2018).

Les processus de maintien des croyances mésadaptées lors des situations sociales ont d’abord été étudiés chez une population adulte. Ceci a conduit certains chercheurs à l’examen de la pertinence de ces modèles théoriques pour les jeunes, suivant leur âge et en considérant leur développement cognitif et la notion du soi. Ainsi, ces croyances s’avèrent différentes, en ce qui a trait au contenu et à la nature, selon l’âge développemental, mais elles peuvent être évaluées dès l’âge de 7 ans. Elles sont alors moins communes et complexes que chez les adultes (Wong et al., 2018), mais il est tout aussi important de bien les définir. Afin de pallier les limites de la documentation scientifique à propos de la manière dont les croyances mésadaptées sur le plan social peuvent être évaluées chez les enfants, Wong et al. (2018) ont développé un instrument présentant de bonnes qualités psychométriques. Il s’agit du Report of Youth Social Cognitions (RYSC), conçu pour les jeunes de 7 à 12 ans.

Sur le plan des évaluations, il s’avère pertinent de prendre en considération les aspects culturels afin d’analyser objectivement les données rapportées au moyen des questionnaires. En effet, des analyses transculturelles font ressortir que les réponses renvoyant à de longues périodes de temps, par opposition à des expériences plus courtes et récentes, peuvent être biaisées par les théories implicites de chacun. Par exemple, il est possible que les Occidentaux se dépeignent comme étant plus extravertis et à l’aise socialement qu’ils ne le sont réellement, car ces caractéristiques apparaissent extrêmement valorisées dans le monde occidental (Lee, 2018). Il s’avère également important de distinguer l’anxiété sociale mesurée de façon globale, en tant que trait de personnalité, de l’anxiété sociale vécue à travers certaines expériences de vie, de façon momentanée ou en tant que simple état d’anxiété sociale (Lee, 2018).

Conscient que le dépistage hâtif de l’anxiété sociale peut éviter la consolidation de certaines croyances mésadaptées et faciliter l’intégration sociale, le psychologue en milieu scolaire se montre sensible à l’évaluation des jeunes présentant une difficulté importante à gérer le stress lié au passage au secondaire, et ce, pour des raisons d’intégration sociale. Ceci lui permet de recommander aux jeunes souffrant d’anxiété sociale d’entreprendre une psychothérapie et de soutenir les autres face à cette difficulté passagère.

 

Bibliographie

American Psychiatric Association (2013). Diagnostic and statistical manual of mental disorders (5e édition). Washington, DC : auteur.

Lee, J. H. (2018). Can predictors of trait social anxiety also predict state social anxiety? Integrating personality and cultural variables of social anxiety in asian americans. Asian American Journal of Psychology. http://dx.doi.org/10.1037/aap0000120

Macqueron, G. (2013). Créer des liens avec les autres. Dans C. André (dir.), Conseils de psys. Ce qu’il faut savoir pour vivre mieux (p. 106-117). Paris, France : Odile Jacob.

Wong, Q. J. J., Certoma, S. P., McLellan, L. F., Halldorsson, B., Reyes, N., Boulton, K., ...Rapee, R. M. (2018). Development and validation of a measure of maladaptive social­evaluative beliefs characteristic of social anxiety disorder in youth: The Report of Youth Social Cognitions (RYSC). Psychological Assessment, 30(7), 904-915. https://doi.org/10.1037/pas0000539; http://centaur.reading.ac.uk/72374/

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