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Trouble de stress post-traumatique : une approche intégrative

Trouble de stress post-traumatique : une approche intégrative

Dre Fanny-Maude Urfer | Psychologue au CIUSSS de l'Est de Montréal et en pratique privéeEnregistrerEnregistrerEnregistrer

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mars 2019

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est associé à une déficience fonctionnelle pouvant se déployer dans de nombreuses sphères, notamment la sphère sociale (p. ex. : détérioration des relations de couple et amicales), les sphères occupationnelle et financière (p. ex. : perte d’emploi ou diminution des responsabilités) et celle de la santé (difficultés physiques). L’atteinte de ces sphères pose le risque du maintien ou de l’exacerbation des symptômes du TSPT. Ceci motive le désir d’atteindre une meilleure compréhension du lien entre le traitement des symptômes découlant du TSPT et les facteurs pouvant influencer le fonctionnement quotidien de la personne atteinte de ce trouble (Silverstein, Lee, Seligowski et Worley, 2018).

Les études concernant le traitement des symptômes du TSPT font état de traitements validés au plan empirique (TVE) associés à une réduction significative et stable des symptômes, mais aussi de résultats mitigés en ce qui a trait à la déficience fonctionnelle. La réduction de la sévérité des symptômes serait ainsi insuffisante pour améliorer la situation au plan fonctionnel, ce qui devrait constituer une cible de traitement dans l’établissement des TVE. En ce sens, une étude de Cloitre, Miranda, Stovall-McClough et Han (2005, dans Silverstein et al., 2018) a mis en lumière deux variables du fonctionnement associées à une plus grande déficience fonctionnelle dans un groupe de personnes victimes d’abus dans l’enfance. Il s’agit de l’habileté à réguler l’humeur dépressive et les problèmes interpersonnels. Ainsi, le contexte de trauma de type interpersonnel constituerait un bon exemple associé à une déficience fonctionnelle malgré la résolution des symptômes, en raison de difficultés dans la régulation des affects. Or, la revue de documentation de Silverstein et al. (2018) révèle que le lien entre difficulté de régulation des affects et symptômes du TSPT ne se limite pas aux traumas de type interpersonnel. En effet, des résultats similaires ont été rapportés dans une étude menée auprès de survivants à une attaque terroriste (Malta, Levitt, Martin, Davis et Cloitre, 2009, dans Silverstein et al., 2018).

En considérant des expériences traumatiques diverses, l’étude de Silverstein et al. (2018) se penche sur les symptômes du TSPT, la déficience fonctionnelle associée au trauma (DFAT), la régulation de l’humeur négative et les problèmes interpersonnels. Il ressort de cette étude que, au-delà des symptômes du TSPT, les difficultés de régulation de l’humeur négative et les problèmes interpersonnels expliquent une bonne part de la qualité du fonctionnement des participants. Ceci indique que ces deux variables constituent des cibles de traitement importantes à considérer pour les personnes présentant une DFAT.

Les TVE connus à ce jour ont pour effet de réduire la sévérité des symptômes en traitant les souvenirs associés au trauma, en restructurant les croyances nuisibles et en réduisant l’évitement grâce à l’exposition aux stimuli associés au trauma. La thérapie comportementale dialectique et la psychothérapie interpersonnelle sont recommandées pour améliorer la régulation des affects et le fonctionnement interpersonnel, en complément aux TVE et dans le but d’améliorer la DFAT (Silverstein et al., 2018).

Une autre méthode recommandée en complément à la psychothérapie en contexte de trauma est présentée par l’équipe du système de santé de Boston (Litz et Carney, 2018) : il s’agit d’un entraînement à la compassion sous forme de méditations éveillant la bienveillance (en anglais : Loving-Kindness Meditation, LKM). Cette méthode a vu le jour dans le cadre de l’élaboration de stratégies thérapeutiques hautement efficaces pour les séquelles d’exposition à une expérience concrète impliquant un danger, mais qui ne portaient pas fruit pour les TSPT des vétérans de zones de guerre. Les pertes traumatiques et les blessures morales, à savoir les situations ayant entaché la notion de ce qui est juste en contexte de guerre, ont été identifiées comme étant la cause de la désorientation et du désespoir des vétérans, en raison d’une atteinte aux croyances morales profondes. Ceci a mené l’équipe de Boston à développer une psychothérapie axée sur l’adaptation impliquant des stratégies expérientielles centrées sur les émotions, combinée à des éléments de thérapie cognitivo-comportementale. Le groupe a dernièrement intégré à ce programme un volet d’entraînement à la compassion, la LKM, afin de miser sur des assises psychologiques et comportementales plus solides, de manière à améliorer les relations interpersonnelles et à encourager le progrès vers des objectifs sociaux et de travail plus significatifs. Ce volet est centré sur la réduction de la souffrance et l’acceptation de l’humanité de tout un chacun, de manière à favoriser le sentiment de connexion et les compétences au plan social, ce qui a pour effet d’améliorer la motivation des vétérans à fonctionner de manière positive et en pleine conscience.


BIBLIOGRAPHIE
Silverstein, M. W., Lee, D. J., Seligowski, A. V. et Worley, C. (2018). Functional impairment: The role of posttraumatic stress disorder symptoms, negative mood regulation, and interpersonal problems. Traumatology. http://dx.doi.org/10.1037/trm0000164
Litz, B. et Carney, J. R. (2018). Employing loving-kindness meditation to promote self- and other-compassion among war veterans with posttraumatic stress disorder. Spirituality in Clinical Practice. http://dx.doi.org/10.1037/scp0000174

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