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Régulation émotionnelle et interactions sociales

Régulation émotionnelle et interactions sociales

Dre Fanny-Maude Urfer | Psychologue au CIUSSS de l'Est de Montréal et en pratique privéeEnregistrerEnregistrerEnregistrer

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déc. 2018

Le cas clinique
Face à un tableau symptomatologique vaste, un psychologue se questionne quant à la manière d’évaluer les capacités de régulation émotionnelle d’une jeune adulte qui le consulte.

La recherche le dit
Une série d’études effectuées par Cameron et Overall (2018) se penche sur le bien-être au fil du temps relativement aux concepts d’expression et de suppression émotionnelles. C’est le nom qu’on donne aux efforts déployés dans le but de camoufler des expériences émotionnelles aux autres. La corrélation entre suppression émotionnelle et coûts intra et interpersonnels, de même que la corrélation entre expression émotionnelle et bénéfices, sont toutes deux connues dans la documentation scientifique. Or, il n’existe pas d’étude évaluant si la suppression et l’expression émotionnelles sont des processus distincts ayant des effets indépendants sur les expériences intra et interpersonnelles. Elles déterminent peut-être chacune à leur manière le bien-être et le fonctionnement relationnel. Cameron et Overall (2018) démontrent qu’il s’agit de variables indépendantes; le fait qu’elles puissent survenir de manière simultanée lors d’une interaction sociale indique clairement qu’elles ne sont pas situées sur un même continuum. Par exemple, il est facile de partager certaines pensées et certaines émotions et d’en taire d’autres.

La série d’études des deux auteurs mesure ces deux variables ainsi que les expériences intra et interpersonnelles au quotidien. Il est possible de faire une généralisation des résultats pour divers contextes relationnels parce que chaque étude a un centre d’intérêt différent. La première porte sur les relations romantiques, la deuxième et la troisième sur les relations intimes en général (parents, fratrie, amis) et la quatrième sur les relations intimes avec une personne spécifique. Finalement, une méta-analyse de ces quatre études démontre une corrélation entre la suppression des émotions et certains coûts intrapersonnels (p. ex. une humeur dépressive, de la fatigue, une faible estime de soi, une moindre satisfaction globale) et interpersonnels (p. ex. une moindre satisfaction sociale, un moindre sentiment d’acceptation sociale, une plus grande distance sociale et un moindre soutien social). Cette méta-analyse fait également ressortir une corrélation entre l’expression émotionnelle et certains bénéfices interpersonnels (p. ex. une meilleure acceptation sociale, un sentiment exacerbé de créer une relation avec les autres, une meilleure satisfaction, une moindre distance relationnelle et un soutien social plus étendu).

Dans la lignée de l’expression émotionnelle, une étude de Williams, Morelli, Ong et Zaki (2018) présente le phénomène de la régulation interpersonnelle des émotions (RIE), une forme répandue et vitale de régulation émotionnelle consistant à se tourner vers des interactions sociales en présence d’autres personnes pour mieux gérer ses émotions. Les auteurs ont conçu le Questionnaire de régulation interpersonnelle (QRI), une mesure fidèle et valide des différences individuelles en ce qui a trait aux techniques de régulation émotionnelle privilégiées.

Il existe deux types de RIE : la régulation intrinsèque, qui cible la régulation de ses propres émotions, et la régulation extrinsèque, qui cible la régulation des émotions d’autrui, par exemple en offrant du soutien à une personne dans le besoin.

Williams, Morelli, Ong et Zaki (2018) proposent une meilleure compréhension de la RIE intrinsèque grâce aux résultats de cinq études, dont la première a mené à la conception du QRI à partir d’analyses statistiques permettant de retenir 16 éléments et 4 facteurs, dont (1) la tendance à recourir à la RIE et (2) la perception de son efficacité pour (3) diminuer les émotions négatives et (4) exacerber les émotions positives.

La deuxième étude démontre que la tendance à opter pour la RIE améliore le bien-être émotionnel et social. Les auteurs ont ainsi pu faire un lien entre un score élevé au QRI et des émotions plus positives, mieux exprimées, un comportement plus prosocial et un recours plus fréquent aux stratégies de RIE par le soutien émotionnel ou instrumental.

Dans les troisième et quatrième études, les auteurs ont évalué le recours à la RIE pour déterminer s’il prédit des comportements sociaux en réponse aux événements émotionnels. Leurs conclusions soutiennent qu’un rapprochement est possible entre les personnes vivant ensemble des expériences émotionnelles lorsqu’elles recherchent la compagnie des autres.

La cinquième étude se penche sur l'idée du recours à la RIE en contexte de développement de relations sociales, afin de mieux comprendre comment ce type de régulation émotionnelle s'articule et d'évaluer comment les participants initient leurs relations interpersonnelles grâce à la RIE. Ceci peut se faire par exemple en demandant conseil, en partageant de bonnes et de mauvaises nouvelles, ou en reconnaissant qu’une personne est empathique, attentionnée ou positive. Ainsi, cette série d'études permet d'identifier la manière dont le recours à la RIE peut grandement moduler la vie émotionnelle et sociale de chacun.

Le psychologue choisit de recourir à une analyse des émotions exprimées, supprimées et régulées en contexte interpersonnel grâce à l’entretien clinique et à certains questionnaires pour mieux comprendre les processus de régulation émotionnelle de la personne qui le consulte et, ainsi, l’orienter vers des stratégies de régulation émotionnelle plus efficaces.
 

Bibliographie

Cameron, L. D. et Overall, N. C. (2018). Suppression and expression as distinct emotion-regulation processes in daily interactions: longitudinal and meta-analyses. Emotion, 18(4), 465-480.

Williams, W. C., Morelli, S. A., Ong, D. C. et Zaki, J. (2018). Interpersonal emotion regulation: implications for affiliation, perceived support, relationships, and well-being. Journal of Personality and Social Psychology, 115(2), 224-254.

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