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La socialisation de la personne neuro-atypique

La socialisation de la personne neuro-atypique

Bruno Fortin, psychologue à l’Unité de médecine familiale Charles-Lemoyne

La chronique « La recherche le dit » traite d’un cas clinique. Puis, des données probantes tirées de la base de données EBSCO accessible via le site Internet de l’Ordre sont rapportées en lien avec la problématique soulevée par le cas clinique. Finalement, l’apport des données probantes pour nourrir la compréhension clinique est discuté.

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mars 2016

Le cas clinique

Après une suite ininterrompue de grands succès scolaires, le patient vit de grandes difficultés au moment de ses stages de résidence en médecine. Malgré sa grande intelligence, les gens le trouvent bizarre. Il ne semble pas savoir quand et comment commencer et terminer une conversation, discute de sujets marginaux qui n’intéressent pas ses interlocuteurs et applique les codes sociaux de façon rigide et stéréotypée. Il a le regard fuyant et le visage peu expressif ou en discordance avec le discours. Il est tantôt trop distant, tantôt trop intrusif. Les gens parlent de lui comme d’un extraterrestre. Sentant l’hostilité de son entourage, il devient encore plus rigide et marginal. Souffrant de son isolement et de la solitude, il aimerait maintenant avoir des relations un peu plus fluides et harmonieuses.

La recherche le dit

Les personnes qui recevaient antérieurement un diagnostic de syndrome d’Asperger sont identifiées dans le DSM-5 comme ayant un trouble du spectre de l’autisme sans déficit intellectuel et sans altération du langage. Dans la littérature, on les désigne aussi comme autistes de haut niveau ou personnes neuro-atypiques. Souvent associées aux tâches demandant un traitement systématique de l’information et des capacités techniques précises, elles possèdent certaines caractéristiques appréciées dans le domaine du travail, telles que l’honnêteté, l’efficacité, la précision, la cohérence et un faible taux d’absentéisme (Baldwin, Costley et Warren, 2014).

Malgré leur difficulté à s’impliquer dans des activités sociales, elles ont toutefois le désir de s’engager dans de telles activités pour éviter la solitude. Les risques d’isolement, de rejet et de harcèlement les rendent plus à risque d’avoir une faible estime de soi et plus vulnérables à la dépression et à l’anxiété (Tse, Strulovitch, Tagalakis, Meng et Fombonne, 2007).

Regester (2013) a élaboré un programme de socialisation pour de jeunes étudiants adultes neuro-atypiques. Par le moyen de sessions hebdomadaires d’une heure de planification et de rétroaction sur leurs activités sociales, les participants doivent utiliser un agenda de planification des activités qui les intéressent, inviter des pairs à certaines activités et planifier les moyens de transport. Le programme leur offre le choix d’inviter des étudiants-mentors de leur âge à leurs activités. Ces mentors sont des assistants de recherche formés pour cette tâche. Les participants sont également invités à observer et à imiter des comportements sociaux appropriés pour développer leurs habiletés sociales. Ce programme a amené une augmentation importante du nombre de participations à des événements sociaux par semaine. Les participants rapportent une plus grande satisfaction en ce qui concerne leur vécu d’étudiant et leurs interactions avec les pairs. L’amélioration des interactions s’est généralisée par une augmentation des interactions sociales non structurées, une amélioration des notes et de l’emploi.

Dans leur intervention auprès d’adolescents neuro-atypiques, Tse, Strulovitch, Tagalakis, Meng et Fombonne (2007) recommandent l’utilisation de groupes de discussion, de jeux de rôles et de pratiques en milieu naturel. Quelle meilleure place que le restaurant pour apprendre à commander de la nourriture, à utiliser les ustensiles et les serviettes de table? Ils utilisent le groupe comme milieu de pratique pour apprendre à commencer, à maintenir et à terminer une conversation. Ils abordent également l’identification et l’expression des émotions, le contact visuel, la politesse et l’hygiène. Les participants apprennent également comment négocier et répondre aux taquineries et au harcèlement. Faisant place à l’humour, au jeu et au partage de blagues, ces auteurs soulignent que les activités sociales agréables augmentent les chances que les individus y participent, se fassent des amis et développent leurs habiletés dans ce domaine.

Le patient dont nous avons parlé au début de cet article a développé progressivement certaines alliances privilégiées dans le milieu de stage qui lui ont permis de se rassurer et d’être plus souple dans ses interactions. Il a fait moins d’efforts pour s’intégrer à tout prix. Son statut s’est amélioré une fois que les gens ont constaté sa sensibilité, son dévouement et son ardeur au travail. Les gens se sont habitués à son style de communication et ont commencé à lui donner des informations et des directives claires qui l’aidaient à devenir plus adéquat dans ses interactions. Après son stage, il s’est dirigé vers une pratique marginale, mais stimulante, où il est entouré de personnes qui l’apprécient.

Vous pourrez trouver ces articles complets ou leurs résumés à partir de la base de données EBSCO. Abonnez-vous au www.ordrepsy.qc.ca/bases.

Bibliographie

Baldwin, S., Costley, D. et Warren, A. (2014). Employment activities and experiences of adults with high-functioning autism and Asperger’s disorder. Journal of Autism and Developmental Disorders, 44, 2440-2449.

Regester, A. (2013). Increasing socialization in adults with Asperger’s syndrome. Psychology in the Schools, 50, 9, 899-909.

Tse, J., Strulovitch, J., Tagalakis, V., Meng, L. et Fombonne, E. (2007). Social skills training for adolescents with Asperger syndrome and high-functioning autism. Journal of Autism and Developmental Disorders, 37, 1960-1968.

President and Fellows of Harvard College (2011). Coping with complicated grief. Health Harvard Mental Letter, 6.

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