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Du diagnostic à l’intelligence artificielle : des dossiers stratégiques menés l’automne dernier

Dre Christine Grou, psychologue et présidente de l’Ordre des psychologues du Québec - presidence@ordrepsy.qc.ca


Nous voilà déjà au début d’une nouvelle année. Si la période des Fêtes a une fois de plus filé à toute vitesse, j’espère que vous avez pu prendre un moment pour vous et profiter de la présence de vos proches. La fin de l’année 2025, particulièrement riche en projets et en réalisations, s’est aussi écoulée très rapidement. Dans les lignes qui suivent, je vous propose un survol des principales avancées et réalisations de l’Ordre au cours des derniers mois.

La reconnaissance du diagnostic : poursuite des travaux

L’Ordre a mis en place un comité stratégique interdirectionnel qui a pour but de partager les expertises et l’information afin d’obtenir la reconnaissance du diagnostic des psychologues par différentes instances. Ce comité se réunit chaque semaine afin de faire le point et d’organiser ses travaux.

Soulignons que l’Ordre a entrepris des discussions avec l’Association canadienne des compagnies d’assurances de personnes (ACCAP). Nous savons que les arrêts de travail et les retours au travail signés par les psychologues sont difficiles à faire reconnaître par certaines compagnies d’assurances pour le moment. L’ACCAP nous a informé qu’elle a ajusté son formulaire unique de déclaration pour l’assurance invalidité afin que celui-ci puisse être également signé par d’autres professionnels que le médecin. Une rencontre officielle aura lieu ce mois-ci.

L’Ordre a également rencontré à plusieurs reprises le ministère de l’Emploi et de la Solidarité sociale (MESS) au cours de l’automne. Comme annoncé, les psychologues pourront dès ce printemps attester des contraintes de santé (anciennement appelées « contraintes à l’emploi ») pour raison de santé mentale ou psychosociale dans le cadre du Programme d’aide financière de dernier recours. Ces discussions ont porté sur la nature des informations que peuvent transmettre les psychologues au MESS. Ce ministère travaille à l’élaboration d’un nouveau formulaire attestant des contraintes de santé et d’un guide administratif à l’intention des professionnels pouvant produire une évaluation médicale ou psychosociale.

Par ailleurs, la Direction de la qualité et du développement de la pratique travaille actuellement à documenter les bonnes pratiques et à répertorier les outils cliniques les plus pertinents en matière d’arrêt et de retour de travail. L’objectif est d’outiller les membres afin de leur fournir des repères cliniques et administratifs qui pourront les aider dans leurs recommandations pour leurs clients.

Scission de la Direction de la qualité et du développement de la pratique de l’Ordre

Dans le but d’investir pleinement la formation continue et l’inspection professionnelle des psychologues, tout en plaçant au premier plan la qualité et le développement de la pratique des membres de l’Ordre, la Direction de la qualité et du développement de la pratique sera prochainement scindée afin de créer une nouvelle direction : la Direction de la formation, de la déontologie et de l’inspection professionnelle. Cette décision stratégique permettra de mener de front les nombreux dossiers et chantiers liés à ces champs d’activité qui occupent une place centrale dans la mission de l’Ordre.

Notre objectif est de mieux soutenir les membres, notamment par l’entremise du Conseil déontologique, et de mettre à la disposition des psychologues divers outils et balises visant à soutenir et à enrichir leur pratique, en complément des publications destinées aux membres, dont les Cahiers du savoir.

Posture de l’Ordre au sujet des robots conversationnels

Au cours de la dernière année, j’ai accordé un nombre important d’entrevues médiatiques sur l’intelligence artificielle, et plus particulièrement sur l’usage des robots conversationnels ou thérapeutiques.

Il ne s’agit pas pour moi de diaboliser l’intelligence artificielle ou les robots conversationnels en psychologie ni de les idéaliser. L’IA et les outils conversationnels peuvent soutenir le travail des professionnels – par exemple en facilitant la rédaction de notes ou de résumés de rencontres des psychologues, ou en offrant du soutien entre les séances de psychothérapie, des autosoins ou des exercices pour le client.

Par contre, ces technologies ne sauraient évidemment en rien se substituer à la formation des psychologues, à leur intelligence émotionnelle, à leur empathie, à leur jugement clinique ou à leur capacité d’analyser, de pondérer et d’intégrer des informations à la fois complexes et évolutives au sujet d’une personne.

Au terme d’un processus rigoureux, le psychologue intervient en s’appuyant sur sa formation approfondie, sur des connaissances validées scientifiquement, sur son expérience professionnelle, sur son savoir expérientiel, sur ses observations du client ainsi que sur les principes éthiques et déontologiques qui encadrent sa pratique.

De plus, contrairement au robot conversationnel qui peut faire dans la flagornerie, le psychologue permet au client de développer une véritable relation de confiance dans le cadre d’une démarche thérapeutique qui peut parfois être confrontante, et dont l’une des finalités est de favoriser l’autonomie de la personne.

En somme, il demeure impératif de reconnaître les limites de l’IA, et il ne fait aucun doute pour moi que le rôle du psychologue, avec son jugement clinique, est irremplaçable. Cela est d’autant plus vrai lorsqu’il est question d’activités réservées, comme la psychothérapie et le diagnostic, qui comportent un risque élevé de préjudice lorsqu’elles sont exercées sans les compétences particulières d’un professionnel habilité.

Conférence à l’Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique

Par ailleurs, toujours sur le thème de l’intelligence artificielle, j’ai prononcé une allocution sur les robots conversationnels et la santé mentale à l’invitation de l’Obvia (Observatoire international sur les impacts sociétaux de l’IA et du numérique) le 11 décembre dernier. J’y ai dressé un état des lieux ainsi qu’un portrait de la recherche actuelle sur les robots conversationnels, en plus de mettre en relief les questions sérieuses que ces technologies soulèvent.

En outre, si plusieurs études préliminaires mettent en évidence des bénéfices potentiels apparents des robots conversationnels – amélioration du bien-être, réduction du stress, disponibilité et accessibilité accrue ainsi que l’absence de jugement –, j’ai souligné que la recherche reste limitée, de qualité variable, et qu’elle demeure insuffisante pour conclure à une véritable efficacité thérapeutique.

Durant cette allocution, j’ai également présenté les recommandations récentes de l’APA en la matière qui insistent sur la prudence, la protection des populations vulnérables, la transparence, la littératie numérique et l’importance de ne jamais considérer les robots conversationnels comme des substituts à la psychothérapie. L’engouement pour ces outils, particulièrement marqué chez les adolescents, s’explique par divers facteurs dont la solitude au sein de cette population, la disponibilité et la gratuité de ces technologies, mais s’accompagne de risques notables : dépendance, distorsions relationnelles, fragilité de la confidentialité, biais, fausses informations et malentendus quant à la nature non professionnelle de ces dispositifs.

Outre les enjeux de sécurité par rapport aux informations hautement sensibles, des risques de dépendance et de consentement peu éclairé au regard de ces technologies, j’ai enfin souligné le rôle incontournable du jugement clinique du psychologue, ainsi que la nécessité de développer des balises et des repères afin de maximiser les bénéfices de l’IA tout en minimisant ses méfaits, et de sensibiliser la population quant à l’importance de la littératie numérique, le tout dans une perspective de protection du public.

Conférences aux congrès de l’AQNP et de l’AQPS

Le 2 octobre dernier, à Montréal, j’ai eu le privilège de prononcer une conférence devant l’Association québécoise des neuropsychologues (AQNP), au cours de laquelle j’ai partagé mes réflexions sur l’évolution de la pratique neuropsychologique au cours des dix dernières années. J’y ai retracé les transformations majeures de ce champ de pratique, tout en soulignant les défis, les apprentissages collectifs et la maturité grandissante de la profession. J’ai également formulé cinq souhaits pour l’avenir de la neuropsychologie : se rappeler l’histoire qui a façonné la discipline; maintenir un esprit critique et un jugement clinique lucide quant aux angles morts; cultiver une conscience de soi dans les enjeux qui traversent les pratiques; renforcer notre sentiment d’appartenance à une communauté professionnelle; et, surtout, ne jamais perdre l’humanité au cœur de l’évaluation et de l’intervention neuropsychologiques. Je remercie chaleureusement l’AQNP pour son invitation et pour cette belle occasion de réfléchir collectivement à l’avenir de notre discipline.

J’ai également eu l’honneur de prononcer une allocution lors du 36e congrès de l’Association québécoise des psychologues scolaires (AQPS) le 17 octobre dernier à Trois-Rivières. Cette rencontre m’a permis de présenter aux membres les travaux récents de l’Ordre, notamment la mise en place de la formation sur l’utilisation des mesures de contention en milieu scolaire, ainsi que d’aborder plusieurs enjeux contemporains qui touchent directement ce champ de pratique. Je tiens à remercier sincèrement l’AQPS pour cette belle invitation.

Rappelons par ailleurs que l’Ordre travaille, en collaboration avec l’AQPS, à la refonte du Cadre de pratique des psychologues scolaires. Ce document permettra aux psychologues scolaires de se référer au cadre légal et administratif en vigueur en milieu éducatif, aux enjeux éthiques et déontologiques propres à ce contexte ainsi qu’aux normes de tenue de dossiers applicables selon divers cas de figure, le tout en tenant compte de la réalité des psychologues scolaires.

Retour sur les Rendez-vous de la formation 2025 portant sur la psychologie du travail et des organisations

Le 3 octobre dernier à Montréal ont eu lieu les Rendez-vous de la formation, une édition consacrée à la psychologie du travail et des organisations ainsi qu’aux défis et aux enjeux contemporains qui se rapportent à la vie professionnelle.

Dans le cadre de cette journée de formations en présentiel, Louise Beaudoin et la Dre Joanie Dubé, toutes deux psychologues, ont présenté un atelier intitulé Éthique et déontologie : naviguer dans les zones grises de la pratique en psychologie du travail et des organisations.

Cette formation en déontologie sur la psychologie du travail et des organisations découlait directement d’objectifs et de visées de la planification stratégique de l’Ordre depuis plusieurs années. Particulièrement sensible aux besoins des psychologues du travail et des organisations, l’Ordre tenait à offrir une mise à jour adaptée aux réalités particulières et spécifiques de leur travail.

Dans le cadre de cet événement, la Dre Julie Ménard, psychologue, a aussi offert un atelier intitulé Santé psychologique au travail : la responsabilité des milieux de travail et le rôle des psychologues pour soutenir leurs clients. Vous pourrez d’ailleurs lire dans ce numéro un entretien avec cette psychologue qui a à cœur le bien-être et la santé psychologique des travailleurs.

Si vous n’avez pas eu l’occasion d’assister à ces ateliers, ceux-ci sont disponibles dans FOS, la plateforme de formation continue de l’Ordre.

Dossier sur la psychologie et la démocratie

Enfin, dans ce numéro, vous trouverez un dossier on ne peut plus d’actualité, portant sur le thème de la démocratie et de la psychologie. Je tiens d’ailleurs à remercier M. Christian Savard, psychologue, expert invité, pour sa contribution à ce thème qui m’est particulièrement cher.

Je profite enfin de l’occasion pour vous souhaiter une très belle année 2026. Que cette nouvelle année vous apporte son lot de projets stimulants, mais aussi tous ces moments qui comptent vraiment.