Méta-analyse des effets du traitement de la dépression maternelle

Un psychologue en première ligne réfléchit à l’orientation des services pour un jeune enfant de quatre ans qui présente des signes importants de perturbation émotionnelle, notamment un refus de côtoyer les enfants de son âge, un faible niveau d’énergie et un désintérêt marqué pour le jeu. Conscient de l’impact de la santé mentale des parents sur le développement psychologique de l’enfant, il songe à une prise en charge multidisciplinaire visant à améliorer la santé mentale de l’ensemble du système familial pour soutenir le développement de cet enfant.
La dépression figure parmi les troubles de santé mentale les plus fréquents chez les femmes, particulièrement en contexte périnatal, et constitue un facteur de risque courant pour le développement de l’enfant. Les conséquences négatives associées à la dépression maternelle sont bien documentées. Les enfants exposés à des affects dépressifs maternels peuvent présenter des difficultés sur les plans émotionnel, cognitif, comportemental et développemental, pouvant aller jusqu’à un risque accru de troubles psychologiques à long terme. Sur le plan familial, divers travaux recensent, dans ce contexte, des relations parent-enfant pouvant être moins harmonieuses, marquées par des défis d’attachement, des difficultés liées à la discipline ou encore des mésententes conjugales; ces facteurs sont eux-mêmes associés à des difficultés socioaffectives, cognitives et scolaires chez l’enfant (Cummings et Kouros, 2009).
Bien que l’efficacité des traitements psychologiques de la dépression maternelle soit bien établie, il demeure plus délicat de préciser leur impact indirect potentiel sur les enfants de mères dépressives. La méta-analyse de Cuijpers et ses collaborateurs (2026) vise à éclairer cet enjeu en synthétisant les données probantes concernant l’effet du traitement psychologique de la dépression maternelle sur (1) le fonctionnement parental et la détresse conjugale; (2) la relation mère-enfant; (3) le développement de l’enfant; (4) la santé mentale de l’enfant; et (5-6) le développement physique de l’enfant (poids et taille). L’objectif est de déterminer si le traitement de la dépression maternelle peut s’accompagner d’effets mesurables et bénéfiques, tant pour l’enfant que pour la dynamique familiale.
Cette méta-analyse se penche sur un nombre intéressant de données, s’inscrivant dans un projet de recherche plus large qui porte sur les traitements psychothérapiques de la dépression, avec une mise à jour de la base de données effectuée trois fois par année et considérant exclusivement des essais contrôlés randomisés. Au total, 47 études comparant un traitement à un groupe témoin ont été retenues pour cette méta-analyse, explorant la réalité de 7 745 mères aux prises avec des symptômes dépressifs. Les interventions recensées comportent toutes au moins une composante d’interaction humaine. Les thérapies cognitivo-comportementales (63 % des études) et interpersonnelles (16 %) représentent la majorité des études, dans des formats variés allant de la psychothérapie individuelle (35 %) aux rencontres de groupe (41 %), en passant par les interventions d’accompagnement (autosoins; 10 %). Les groupes témoins concernent pour la plupart des soins usuels ou, dans une moindre mesure, une inscription en liste d’attente. Les études présentent de bonnes qualités psychométriques, avec validité confirmée par un outil d’évaluation du risque de biais. Les caractéristiques des participantes ont été détaillées : diagnostic de trouble dépressif évalué par une entrevue clinique (40 %) ou déterminé par un questionnaire d’autoévaluation (60 %); stade de maternité, décliné en trois phases (enceinte, 38 % des participantes; ayant un enfant de moins d’un an, 45 %; ayant un enfant d’âge plus avancé, 17 %); âge (l’âge moyen est de 29,5 ans); détail des soins psychologiques reçus (indiqué selon le type de psychothérapie, le format et le nombre de séances). Les analyses tiennent également compte du type de groupe témoin et du pays où l’étude a été menée.
Malgré la forte hétérogénéité des études, il ressort de cette méta-analyse que les traitements psychothérapiques peuvent produire un effet modéré et statistiquement significatif sur la dépression maternelle, avec des effets positifs indirects (de faible ampleur) sur le fonctionnement parental et la détresse conjugale, sur la qualité des interactions mère-enfant et sur la santé mentale des enfants. Les effets observés chez les enfants peuvent être plus marqués lorsque les symptômes dépressifs maternels diminuent davantage à la suite de l’intervention, ce qui invite à examiner, dans de futures recherches, l’hypothèse d’un lien causal. Cependant, notons qu’aucun effet statistiquement significatif n’a pu être relevé sur le développement global de l’enfant ni sur des indicateurs physiques (taille et poids). Dans de futures études, il serait intéressant d’éviter les mesures autorapportées, de documenter plus systématiquement certaines variables encore peu étudiées et de considérer des données longitudinales.
En terminant, il apparaît important de mentionner que la dépression périnatale ne touche pas que les mères : environ 10 % des pères présenteraient également des symptômes dépressifs durant cette période, avec des effets négatifs possibles pour l’enfant, tels que des problèmes comportementaux et un risque accru de développer des problèmes de santé mentale. Malheureusement, le nombre de recherches s’intéressant à la réalité des pères est bien moindre que celles considérant les mères, ce qui invite les chercheurs à étudier plus en profondeur la population des pères durant cette étape.
Bibliographie
- Cuijpers, P., Stikkelbroek, Y., Holt, C., Hirschler, Y., Miguel, C., Harrer, M., Karyotaki, E., van Straten, A. et Milgrom, J. (2026). The Effects of Psychological Treatment of Maternal Depression on Children and Parental Functioning : A Meta-Analysis. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry.
- Cummings, M. et Kouros, C. D. (2009). La dépression de la mère et sa relation avec le développement et l’adaptation des enfants. Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants. Centre d’excellence pour le développement des jeunes enfants.