Agrégateur de contenus

Le dépistage hâtif de la psychose : une méta-analyse

Dre Fanny-Maude Urfer, psychologue au CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal et en pratique privée


Une psychologue débutant en pratique privée s’interroge sur la fréquence des manifestations psychotiques chez une clientèle adulte consultant pour divers troubles de santé mentale.

La prévalence des troubles psychotiques dans la population générale varie entre 0,5 % et 2 %, mais qu’en est-il chez les personnes qui consultent des professionnels en santé mentale? Comment peut-on dépister de façon hâtive et optimale les troubles psychotiques émergents?

D’entrée de jeu, précisons que le terme premier épisode psychotique (PEP) désigne l’apparition initiale de symptômes psychotiques chez une personne, ce qui peut engendrer une grande confusion et une détresse significative (Houle et al., 2018). Parmi les symptômes à surveiller après avoir préalablement exclu certaines conditions, il faut considérer : les idées délirantes, les hallucinations, un discours ou un comportement désorganisés, ainsi que les symptômes négatifs liés au fonctionnement quotidien.

Une étude de Clauss et ses collègues (2026) soutient que l’expérience psychotique (EP), à savoir les symptômes psychotiques sous-cliniques, gagne à être connue du plus grand nombre d’intervenants possible afin d’orienter les patients vers des services adéquats. Il s’agit soit des hallucinations et des délires occasionnels et transitoires, par exemple le fait d’entendre des sons indistincts ou son propre nom, de voir des ombres inexistantes, de craindre d’être l’objet de discussions ou de faire preuve d’hypervigilance face aux coïncidences. La prévalence de l’EP est de 7 % dans la population générale, de 17 % chez les enfants, et s’inscrit fréquemment en comorbidité avec des conditions psychiatriques non psychotiques comme les troubles anxieux ou les troubles de l’humeur. Or, lorsqu’une EP est identifiée, l’occurrence d’un trouble psychotique peut être multipliée par quatre, et l’occurrence d’un autre trouble psychiatrique peut être multipliée par trois, avec une plus grande incidence d’idéations et de risques suicidaires.

Le syndrome à haut risque clinique de psychose (clinical high-risk for psychosis syndrome; CHR-P) est quant à lui identifié à partir d’une entrevue clinique standardisée, et il permet d’identifier les patients présentant 20 fois plus de risques de développer un trouble psychotique ainsi qu’un risque élevé de développer un trouble psychiatrique.

L’étude de Clauss et ses collègues (2026) soutient que plus le délai est long avant d’amorcer le traitement du trouble psychotique, plus le pronostic est défavorable. L’évolution clinique se traduit alors par l’intensification des symptômes et un taux plus faible de réponse au traitement. Au contraire, l’intervention lors des premières phases du trouble psychotique est corrélée à une récupération plus favorable, d’où l’importance de détecter et de traiter les symptômes psychotiques le plus rapidement possible. Cette étude a pour objectifs d’estimer la prévalence des EP, du syndrome CHR-P et des troubles psychotiques dans les cliniques de santé mentale, d’analyser l’influence du contexte, des variables démographiques et de la documentation scientifique sur ces prévalences, et, finalement, d’offrir des recommandations pour le dépistage de la psychose dans les milieux de santé mentale généraux.

À partir d’une revue systématique de la documentation et d’une méta-analyse suivant les lignes directrices PRISMA, un total de 41 échantillons indépendants ont été retenus, renvoyant à 25 751 patients dont la moyenne d’âge est de 24 ans, incluant 58 % de femmes. Les études, menées entre 2006 et 2023, révèlent qu’au sein des cliniques de santé mentale, la prévalence des EP est de 44 %, celle du CHR-P de 26 % et celle des troubles psychotiques de 6,6 %. Il en ressort clairement que la prévalence des troubles psychotiques chez les personnes consultant dans les cliniques de santé mentale est bien supérieure à celle au sein de la population générale (0,5-2 %). Le dépistage hâtif de ces troubles est ainsi fortement encouragé pour réduire le risque d’aggravation des symptômes et les comorbidités psychiatriques, favoriser une détection et une intervention précoces pour améliorer le pronostic, et planifier la formation et l’organisation des ressources pour évaluer et traiter ces conditions dans les milieux non spécialisés.

Afin de favoriser le dépistage hâtif mais également d’optimiser les ressources, les auteurs recommandent des questionnaires auto-administrés dans un premier temps, suivis d’une entrevue structurée lorsque le risque est élevé. À cet effet, différents outils présentant de bonnes qualités psychométriques sont proposés dans l’étude de Clauss et ses collègues (2026). Leurs recommandations concernent d’abord l’implantation du dépistage systématique des EP et du CHR-P dans toutes les cliniques de santé mentale, ainsi que la formation des cliniciens à l’utilisation des outils de dépistage, à la communication sur le risque de psychose et à l’intervention précoce. Il s’agit également d’adapter les outils aux différentes populations, en mettant au point des traductions validées et en formant les intervenants à l’évaluation tout en prenant en compte les différences culturelles, et ce, afin d’éviter certains biais, comme confondre un EP avec un état traumatique. Finalement, il est recommandé de renforcer la capacité d’intervention dans les milieux non spécialisés étant donné l’accès limité aux programmes spécialisés, et de réduire la stigmatisation associée à la psychose grâce à des méthodes d’éducation et de normalisation des EP auprès des patients et de leur famille.

Bibliographie

  1. Clauss, J. A., Foo, C. Y. S., Leonard, C. J., Dokholyan, K. N., Cather, C. et Holt, D. J. (2026). Screening for Psychotic Experiences and Psychotic Disorders in General Mental Health Treatment Settings : A Systematic Review and Meta-Analysis. Harvard Review of Psychiatry, 34(1), 23-43. DOI : 10.1097/HRP.0000000000000419.
     
  2. Houle, A.-A., Bacque-Dion, C., Pauzé, R. et Lepage, J. (2018). Définition du premier épisode psychotique (PEP), prévalence, recension des écrits sur les facteurs de risque associés et les conséquences possibles sur les patients et leur famille. Centre RBC d’expertise universitaire en santé mentale, Université de Sherbrooke.