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Lory Zephyr : une psy au secours des mamans

Hélène de Billy, journaliste et écrivaine



Photo : Louis-Étienne Doré

Copropriétaire de la Clinique de psychologie de l’Est, autrice de trois livres pratiques sur la maternité et cofondatrice du site Web et du balado Ça va maman?, la Dre Lory Zephyr, psychologue québécoise, a mis en place une série d’initiatives pour épauler les mamans aux prises avec des problèmes d’anxiété parentale, de maternité contrariée ou d’épuisement face aux idées reçues et aux exigences irréalistes envers les mères.

Encore trop souvent, la maternité repose sur le modèle du tout ou rien, de la bonne ou de la mauvaise mère. Or, la Dre Lory Zephyr, psychologue, partage d’entrée de jeu quelques-unes des très nombreuses nuances qui s’imposent en la matière et qui font partie de la réalité des mamans. « On peut aimer son enfant et ressentir de l’ambivalence, ou même des doutes par rapport à son sentiment de compétence parentale. Ce qui est important, c’est de prendre le temps de réfléchir à ce qui se passe à l’intérieur de nous pendant cette période de transformation, souvent accompagnée de turbulences. »

Spécialisée en santé mentale parentale, et particulièrement en intervention basée sur la théorie de l’attachement, la psychologue, qui est également conférencière et vulgarisatrice, s’est donné pour mission d’aider les mamans dans une société où « le degré de performance demandé de la part des parents a atteint un niveau inégalé ».

Elle s’est d’abord fait connaître grâce à son ouvrage Maman en construction. Petit chantier de réflexion sur la maternité, publié aux Éditions de l’Homme en 2018, qui fut un grand succès. Elle a ensuite fondé le site Internet Ça va maman?, avant d’enchaîner avec une série de balados du même nom qui traite de maternité, d’émotions et de santé mentale parentale, qu’elle a créée avec sa collègue et amie, la journaliste Jessika Brazeau. « Le but, ici, c’est que la personne devant son téléphone ou son écran d’ordinateur puisse se sentir moins seule, et ainsi éviter le burn-out parental ou toute autre forme d’anxiété liée à la maternité », explique la Dre Zephyr.

Les souffrances maternelles cachées

Tout en poursuivant son travail en clinique, la Dre Zephyr vient de faire paraître son troisième titre : Le deuil invisible. Se reconstruire après la perte de son enfant en période prénatale. Elle y aborde un phénomène encore tabou et pourtant répandu, celui de la souffrance des femmes à la suite de la perte de leur bébé.

Le nombre d’initiatives prises par la Dre Zephyr pour favoriser la santé psychologique des mères est impressionnant. Malgré cela, la Dre Zephyr ne voit pas son parcours comme étant un success story, mais plutôt comme celui d’une personne qui a toujours plein d’idées, qui a souvent récolté des « non », et que les échecs n’ont jamais « empêchée de continuer ».

Éminemment humble, candide et chaleureuse, la Dre Zephyr a toujours été accueillie de cette manière non culpabilisante et bienveillante au sein de sa famille. Ainsi, elle a vécu ses maternités dans la complicité intergénérationnelle, un privilège qu’elle souhaite à toutes les femmes. « Ma mère, ma grand-mère et mes tantes se sont toutes offertes pour me dire comment elles avaient traversé ce grand changement. Je n’étais pas nécessairement d’accord avec leur vision, mais pour moi, il était très important de partager cette expérience avec elles. »

Le vertige du parcours doctoral

Née à Montréal dans une famille haïtienne, la Dre Lory Zephyr admet s’être longtemps cherchée. « J’ai organisé des événements corporatifs, j’ai touché à l’administration. Quand je me suis tournée vers la psychologie, dont j’avais tâté quelques rudiments durant mes études collégiales, j’avais terminé le cégep depuis longtemps. »

C’est qu’elle avait hâte de quitter l’école, « pour vivre [sa] vie », et ne se voyait pas poursuivre un doctorat en psychologie. Bien qu’elle ait eu le vertige avant d’entreprendre son parcours doctoral, elle a finalement décidé de faire le saut, en se disant qu’elle allait prendre une session à la fois, et ajuster le tir au besoin. Elle s’est finalement prise au jeu. Et à 35 ans, la jeune psychologue a vraiment l’impression d’être à sa place.

Dans la communauté haïtienne, elle en est bien consciente, la carrière de psychologue est peu valorisée, et fait trop rarement partie des parcours professionnels qui sont envisagés. « Nos parents n’ont pas grandi avec ce type de ressource, et ils n’ont pas appris à en apprécier les bienfaits. Alors les stéréotypes foisonnent. »

Quand elle accueille des gens issus de la diversité culturelle dans son bureau de la Clinique de psychologie de l’est, la Dre Zephyr les sent soulagés de la trouver là. « Je sais, pour l'avoir vécu dans d'autres contextes, à quel point ça peut être rassurant de voir un visage qui te dit : “Je ne te juge pas, et je te comprends.” »

Elle donne l’exemple d’un couple maghrébin qu’elle a récemment reçu en thérapie dans son bureau. « Tout ce qui concerne le couple ou même la famille dans cette culture peut être très différent du modèle québécois. Il faut une sensibilité particulière pour pouvoir le saisir. » Chez les intervenants québécois qui ne sont pas issus de la diversité, elle observe qu’il reste encore du chemin à faire : « Certains ont développé cette sensibilité particulière, mais pas tous. »

Attristée devant le manque de ressources pour les femmes en détresse

Durant son internat dans le réseau de la santé, la Dre Zephyr a croisé beaucoup de ces jeunes mamans anxieuses, dépressives, avec des troubles alimentaires, avec des problèmes conjugaux ou familiaux voire des symptômes psychotiques, et qu’on renvoyait pourtant à la maison les mains vides, faute de ressources. « J’étais attristée devant l’abandon qu’on faisait subir à ces femmes qui demandaient à leur médecin l’aide d’un psychologue et qui étaient incapables de recevoir les soins dont elles avaient besoin. »

Ses multiples projets, ses formations et les livres qu’elle a publiés viennent de là. Elle a voulu rendre certains pans de la psychologie plus accessibles. Or, il y a tant à dire en santé mentale parentale! « J’adore vulgariser les résultats de la recherche scientifique. Je suis reconnaissante de mon parcours universitaire qui m’a sensibilisée et appris toute la valeur de la recherche. »

Un engouement jusqu’en France

Dès sa création il y a trois ans, le site Ça va maman? et ses balados ont suscité un engouement partout au Québec, mais aussi en France, alors qu’aucune publicité n’a été faite sur le vieux continent. Parmi les thèmes abordés dans les balados, aucun n’a attiré autant de commentaires que l’épisode portant sur la « mom rage ».

La Dre Lory Zephyr n’a guère été surprise que ce thème résonne autant chez les mères. Elle sent qu’il met le doigt sur un phénomène dont on parle encore trop peu. « Il y a une contradiction apparente entre les mots mère et colère. Une maman qui se choque? Impossible. Pourtant, les mères connaissent des moments où elles perdent le contrôle. C’est un sujet tabou. Et quand ça arrive, elles se jugent très durement. Dans le cadre d’une psychothérapie, en reconnaissant et en s’attardant à cette colère, nos clientes nous disent se sentir libérées du poids écrasant de la culpabilité découlant du sentiment de colère, et beaucoup sont prêtes à opérer des changements. »

Parmi d’autres sujets qui ont suscité un grand intérêt – et qui, on peut le penser, reflètent le besoin d’information et d’éducation en la matière –, mentionnons la sexualité en période périnatale et le désir que ressent la maman de retourner au travail.

Décloisonner les enjeux liés à la maternité

Durant cet entretien, la Dre Zephyr souligne également l'importance de la présence et de l'écoute du psychologue pour le client. « Je trouve également important de pouvoir répondre présente, de pouvoir fournir un espace pour recevoir la personne en détresse dans mon bureau de psychologue. Peut-être parce que j’ai eu la chance d’être entourée de gens qui m’acceptent telle que je suis. »

En ce qui a trait aux réalités et aux enjeux de la maternité ainsi que de la parentalité, la Dre Zephyr insiste : en plus des gens qui vivent la même réalité que nous, il faut aussi s’entourer de personnes de divers horizons, des papas, des amis, certains qui n’ont pas eu d’enfants. « Leur point de vue est important. Il faut décloisonner les enjeux liés à la maternité », conclut la psychologue