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La thérapie par les constellations familiales : considérations déontologiques et légales

Béatrice Vandevelde, psychologue et directrice de la qualité et du développement de la pratique par intérim - bvandevelde@ordrepsy.qc.ca


Avertissement
L’expression constellations familiales utilisée dans cette chronique réfère à la thérapie par les constellations familiales développée par le psychothérapeute allemand Bert Hellinger.

Elle ne concerne donc pas le concept de constellation familiale utilisé dans la littérature scientifique dans les domaines, entre autres, des sciences sociales, de l’anthropologie et de la psychologie systémique, et définie par l’APA en 20181.

Introduite en Allemagne dans les années 1980, la thérapie par les constellations familialesa été popularisée dans les années 1990 et s’est démocratisée en Europe. Propulsée en 2022 par la diffusion de la série Le chemin de l’olivier3 sur la plateforme de diffusion en continu Netflix, cette pratique connaît actuellement un engouement certain, et l’offre d’ateliers de constellations familiales et de formation à cette thérapie semble avoir augmenté au Québec. Aussi l’Ordre est de plus en plus sollicité par rapport à cette pratique. Certains se questionnent sur la légalité d’exercer cette pratique par des non-psychothérapeutes. D’autres s’interrogent sur les fondements scientifiques de cette approche : est-ce une pratique reconnue et sécuritaire?

Il s’agit donc pour l’Ordre de déterminer si la thérapie par les constellations familiales rencontre les critères de la définition légale de la psychothérapie édictée par le Code des professions, afin de statuer sur le droit d’exercice relativement à cette pratique. Si la thérapie par les constellations familiales constituait une forme de psychothérapie, il s’agirait d’une pratique réservée aux professionnels autorisés. Toutefois, il faut le préciser : conclure qu’une pratique relève de la psychothérapie est une chose; conclure qu’elle rencontre les standards de bonne pratique, c’est-à-dire une pratique fondée sur des principes scientifiques et professionnels généralement reconnus, en est une autre. Il apparaît donc nécessaire de vérifier également si la thérapie par les constellations familiales s’appuie sur des méthodes d’intervention validées scientifiquement, puisqu’une pratique qui ne serait pas soutenue sur le plan empirique ou scientifique ne pourrait pas être exercée par les psychologues ou autres professionnels autorisés, compte tenu des exigences qu’ils doivent rencontrer sur les plans éthique et déontologique.

La présente chronique a donc pour objectif de présenter la position de l’Ordre sur la thérapie par les constellations familiales en déterminant :

  • si elle s’appuie sur des modèles théoriques scientifiquement reconnus;
  • si elle rencontre les critères de la définition légale de la psychothérapie édictée par le Code des professions, afin de statuer sur le droit d’exercice relativement à cette pratique.

Commençons par présenter ce qu’est la thérapie par les constellations familiales.

La thérapie par les constellations familiales : définition

La thérapie par les constellations familiales est présentée comme une thérapie transgénérationnelle systémique utilisant les techniques du psychodrame. Cette méthode repose sur l’idée que nous héritons non seulement des traits biologiques de nos ancêtres, mais aussi de leurs émotions, de leurs traumatismes et de leurs conflits non résolus. Par la mise en situation dans l’espace de personnes représentant les membres (vivants ou décédés) de la famille du participant, et par l’observation des interactions et des émotions qui émergent, il serait possible d’identifier des schémas cachés qui influencent sa vie. L’objectif est de susciter une prise de conscience et de permettre une réorganisation émotionnelle afin d’alléger les fardeaux transmis de génération en génération.

Concrètement, une séance de constellations familiales se déroule selon les étapes suivantes :

  • Premièrement, le thérapeute (souvent appelé « le facilitateur ») demande simplement au client (souvent appelé « le constellé ») de préciser ce qui l’amène à participer à un atelier de constellations familiales, quelle est sa problématique. Le facilitateur recherche peu d’informations sur le système familial du constellé, car le processus thérapeutique repose essentiellement sur des actions non verbales : la mise en place des représentants dans le groupe et l’observation des effets que cela provoque.
  • Ensuite, le constellé sélectionne des membres du groupe pour représenter ses proches, vivants ou décédés. Il ne participe pas lui-même à la constellation; sa famille est mise en scène devant lui, et les enjeux sous-jacents se révèlent à travers la position et les ressentis corporels des représentants. C’est généralement le constellé qui choisit les positionnements initiaux. Par l’expérience sensorielle, les représentants pourraient alors accéder de manière somatique et émotionnelle aux sentiments, sensations et expériences refoulés des personnes qu’ils représentent.
  • Lorsque la constellation est mise en place, les représentants des membres de la famille vont, sur invitation du facilitateur, exprimer chacun leur tour leurs ressentis et sensations concernant leur position et leur relation avec les autres. Pendant la constellation, les facilitateurs guident le processus d’expression à travers des ajustements de position ou un langage ritualisé, parfois même des phrases dites « de guérison ». Durant cette étape, le client reste en retrait, observe la constellation.
  • Une dynamique familiale cachée serait alors révélée, souvent liée à un membre exclu de la famille ou à un traumatisme familial, offrant ainsi au client la possibilité de percevoir et de comprendre les enjeux inconscients qui expliquent ses difficultés présentes.
  • Enfin, une résolution est proposée par le facilitateur, à l’aide de mouvements ou de « phrases de guérison ». Parfois, à la toute fin, il est demandé au client d’intégrer la constellation, pour expérimenter lui-même les « phrases de guérison ».

Les thérapeutes expliquent que la révélation des dynamiques cachées résulterait d’une mystérieuse synchronicité entre les événements de la constellation, la position des membres du groupe les uns par rapport aux autres et le contenu de l’inconscient familial du client. L’espace de la constellation, aussi appelé « le champ de connaissance » ou « le champ qui sait », serait animé par l’âme et l’énergie vitale des membres de la famille, même lorsque ceux-ci sont décédés. Des éléments mystiques inconnus organiseraient cet espace, qui développerait alors sa propre connaissance. Ce champ, qualifié également de « champ morphique », permettrait au constellé d’accéder à son histoire familiale inconsciente et favoriserait ainsi sa guérison psychique.

Considérations empiriques et scientifiques

Pour créer sa propre méthode, Bert Hellinger a amalgamé plusieurs théories et courants de son époque. Ainsi se côtoient des principes issus de la psychanalyse jungienne4, des thérapies des systèmes familiaux de Satiret Boszormenyi-Nagy6 et les techniques de psychodrame de Moreno7, le tout imprégné par les rituels du peuple zoulou d’Afrique du Sud8.

Comme l’explique avec justesse Dan Booth Cohen dans un article de 2006 publié dans The Family Journali, un des concepts clés qui sous-tendent le processus de la thérapie par les constellations familiales est celui d’âme, laquelle est vue comme une force collective qui nous traverse et qui relie les générations passées, présentes et futures. Dans un article de 2022 publié dans Perspectives on Psychological Scienceii, Júlia Gyimesi examine les principes de la thérapie par les constellations familiales, et relève que Bert Hellinger a introduit une forme spécifique et bien particulière d’inconscient familial qui se mêle au concept d’âme, développant ainsi une vision plus mystique de l’inconscient collectif. L’inconscient familial décrit par Bert Hellinger suppose une sorte de psyché universelle qui transcende le temps et l’espace (Gyimesi, 2022).

Ainsi, lors de séances de constellations familiales, cette psyché collective se manifesterait à travers un usage particulier de l’espace et des expériences vécues par les membres du groupe. Bert Hellinger affirme que, dès que les personnes choisies par le client pour représenter des membres de sa famille sont placées dans l’espace, elles se mettent subitement à ressentir les choses comme les membres réels de la famille. Elles éprouvent et manifestent alors les émotions, les sentiments et les comportements de ceux qu’elles représentent, sans avoir reçu d’informations à leur sujet. Certains présenteraient même à leur insu les symptômes qui appartiennent aux personnes qu’ils représentent9. Cette communication « télépathique » (Gyimesi, 2022) avec les membres de la famille du constellé permettrait qu’une dynamique cachée, un traumatisme inconscient ou un élément organisateur inconnu du fonctionnement du système familial soient découverts. Les informations alors exprimées seraient jugées adéquates, c’est-à-dire qu’elles seraient le reflet de la réalité, si elles créent en direct un apaisement du représentant ou du constellé. Si elles ne créent pas d’apaisement, il faut alors chercher d’autres informations, jusqu’à ce que l’inconscient familial se révèle.

Comme le précise Cohen (2006), la thérapie par les constellations familiales est parfois présentée comme une forme de psychologie somatique, où les mémoires transgénérationnelles sont inscrites dans les couches profondes de la conscience génétique ou cellulaire. Ces mémoires transgénérationnelles seraient alors expérimentées à travers l’incarnation. Cette interprétation chercherait à établir un lien avec la psychologie biologique afin de légitimer les récits des constellations familiales. Cependant, ce lien demeure relativement faible et repose souvent sur un raisonnement peu approfondi, mettant en avant l’importance des neurones miroirs ou des marqueurs somatiques dans la production des sensations mystérieuses des participants. Le système de Bert Hellinger repose davantage sur des fondements parapsychologiques que sur la psychologie biologique (Gyimesi, 2022). En effet, les théories voulant que les émotions et les expériences corporelles d’une autre personne puissent être facilement transmises et ressenties trouvent leur explication dans des théories comme celle de la résonance morphique du célèbre et controversé parapsychologue Rupert Sheldrake10, plutôt que dans la psychologie traditionnelle.

Considérations déontologiques : les psychologues pourraient-ils offrir des thérapies par les constellations familiales à leurs clients?

Il apparaît clairement que les origines théoriques des thérapies par les constellations familiales résultent d’un glissement de la psychologie vers la parapsychologie. En effet, en donnant une dimension mystique à la notion d’inconscient familial, Bert Hellinger s’éloigne des théories psychanalytiques originales et crée un brouillage et une dérive des concepts d’inconscient et d’inconscient collectif. La pierre angulaire des thérapies par les constellations familiales repose sur le postulat que l’inconscient familial se révèle grâce à la communication télépathique des inconscients, rendue possible grâce à la transcendance de l’âme. Cette force collective qui relie les générations passées, présentes et futures trouverait ainsi son espace d’expression dans le « champ morphique », le « champ qui sait ».

Les thérapies par les constellations familiales s’éloignent donc d’une psychologie basée sur la science pour se diriger vers un monde mystique de croyances sous-tendues d’explications parapsychologiques.

Dans ce contexte, la pratique de la thérapie par les constellations familiales par des psychologues constituerait un acte dérogatoire au Code de déontologie des psychologuesiii, et particulièrement à l’article 5 :

« Le psychologue exerce sa profession selon des principes scientifiques et professionnels généralement reconnus et de façon conforme aux règles de l’art en psychologie. »

Apportons maintenant une distinction importante. Il faut bien comprendre qu’il n’est pas question ici des thérapies transgénérationnelles qui reposent sur le principe de la transmission des traumas d’une génération à l’autre ni de la pratique de mise en scène comme en psychodrame. Ce qui est dérogatoire dans la pratique de la thérapie par les constellations familiales est son fondement, qui repose sur la croyance que les inconscients des représentants entreraient en communication avec l’inconscient familial du constellé. Les ressentis, émotions et symptômes des représentants seraient alors l’expression des ressentis, émotions et symptômes réels des membres de la famille, et viendraient donc révéler les enjeux familiaux cachés. Ce fondement n’est pour l’heure pas soutenu par la science et ne peut donc être véhiculé par les psychologues.

Considérations légales : la pratique des thérapies par les constellations familiales constitue-t-elle de la psychothérapie au sens de la loi?

Comme nous venons de le démontrer, la thérapie par les constellations familiales est une pratique qui n’est pas soutenue sur le plan scientifique ou professionnel, qui ne s’inscrit pas non plus dans les règles de l’art de la profession de psychologue et qui, de ce fait, ne répond pas aux exigences déontologiques des psychologues. Toutefois, ce constat n’exclut pas qu’il puisse s’agir tout de même de psychothérapie. En effet, une pratique peut constituer de la psychothérapie au sens de la loi sans nécessairement rencontrer les standards d’une pratique fondée sur la science.

Pour déterminer si une intervention constitue ou non de la psychothérapie, il faut voir si elle répond aux critères de la définition légale de la psychothérapie. Au Québec, elle est définie par l’article 187.1 du Code des professionsiv, qui stipule que la psychothérapie est :

« Un traitement psychologique pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique qui a pour but de favoriser chez le client des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif, émotionnel ou comportemental, dans son système interpersonnel, dans sa personnalité ou dans son état de santé. Ce traitement va au-delà d’une aide visant à faire face aux difficultés courantes ou d’un rapport de conseil ou de soutien. »

Cette définition permet de dégager les trois grands éléments constitutifs de la psychothérapie, tout en soulignant que son exercice va au-delà de ce qui caractérise différents types de relations d’aide, comme l’illustre le tableau qui suit.

Premier élément constitutif :
sa nature
Un traitement psychologique.
Deuxième élément constitutif : son objet Pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique.
Troisième élément constitutif :
sa finalité ou ses objectifs
Qui a pour but de favoriser chez le client des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif, émotionnel ou comportemental, dans son système interpersonnel, dans sa personnalité ou dans son état de santé.
Ce qu’elle n’est pas Ce traitement va au-delà d’une aide visant à faire face aux difficultés courantes ou d’un rapport de conseil ou de soutien.


Précisons ici que cette définition est valable autant pour les interventions individuelles que pour les interventions individuelles en groupe ou les interventions de groupe.

Présence du 1er élément constitutif : la nature

Un traitement psychologique

Le traitement psychologique se distingue d’autres interventions psychologiques par le fait qu’il porte sur ce qui organise et régule le fonctionnement psychologique et mental de la personne. Or, ce sont les différents modèles théoriques reconnus – auxquels se réfèrent habituellement les professionnels qui exercent la psychothérapie – qui conceptualisent et opérationnalisent ce qui organise et régule ledit fonctionnement. Le tableau suivant présente quelques exemples selon les deux grandes familles de modèles que l’on retrouve dans la thérapie par les constellations familialesv.

Modèles théoriques Quelques exemples représentatifs
Les modèles psychodynamiques
  • Le système conscient, préconscient et inconscient.
  • Les conflits intrapsychiques à la source des symptômes.
  • Le transgénérationnel.
Les modèles systémiques et les théories de la communication

Considérant les interrelations entre différents sous-systèmes qui sous-tendent et maintiennent l’équilibre du système (couple, famille, groupes, institutions et autres) :

  • le fonctionnement du sous-système individu, eu égard notamment :
    • aux règles intériorisées;
    • aux rôles qui découlent des règles intériorisées et qui sont joués de manière non consciente;
    • à la différenciation de soi de base : différenciation par rapport à l’ensemble des membres et du fonctionnement du système;
    • aux croyances de base : les constructions et coconstructions mentales de la personne à son sujet, ses constructions et coconstructions du monde, d’elle-même et des relations qu’elle entretient avec les autres;
    • à la résonance des constructions et coconstructions sur le vécu de la personne ici et maintenant.


Le fait que l’on adhère ou non de façon rigoureuse à l’un ou l’autre des modèles ne sert pas à déterminer s’il s’agit d’un traitement psychologique. En effet, bien que certains puissent soutenir ne pas exercer la psychothérapie parce qu’ils ne se référeraient pas à un modèle reconnu ou qu’ils s’en écartent, il importe de comprendre qu’il est possible qu’une pratique réponde à la définition de la psychothérapie sans être associée à l’un ou l’autre des modèles théoriques.

Comme mentionné précédemment, les ateliers de constellations familiales ne visent pas simplement à vivre une expérience spirituelle, un voyage personnel dans la découverte et l’exploration de ses ancêtres. L’objectif principal de la thérapie par les constellations familiales est d’identifier les schémas familiaux inconscients (ou les loyautés inconscientes) qui influencent le fonctionnement quotidien du client et provoquent des crises personnelles et de la souffrance. Il s’agit donc en toute vraisemblance d’offrir un travail sur ce qui organise et régule le fonctionnement psychologique et mental du client.

En effet, lorsque le facilitateur accompagne les représentants dans le processus d’expression et de révélation de la vérité de l’histoire familiale, il travaille à faire émerger à la conscience du constellé l’inconscient familial qui organise et régule son fonctionnement psychologique et mental à son insu. Certes, il ne le fait pas par la parole, en transmettant une interprétation de sa compréhension de l’histoire du constellé, mais il le fait par la mise en scène, un peu à la manière du psychodrame. Le but de cette mise en scène est d’offrir une compréhension de l’histoire familiale de la personne, afin de retirer des enseignements et des prises de conscience profitables à son évolution. C’est ce que fait par exemple un psychothérapeute qui travaille à partir de modèles systémiques, en mettant en lumière le fonctionnement du système (ex. : famille) et le rôle que le client peut jouer dans ce système, rôle qui découle des règles intériorisées et qui sont suivies de manière non consciente. Ainsi, lorsque le facilitateur en constellations familiales propose des changements dans la mise en place des participants ou qu’il suggère des phrases rituelles ou des « phrases de guérison », son objectif est de rétablir l’équilibre familial, afin que le constellé retrouve sa juste place. Ainsi, en offrant à son client une nouvelle lecture du système et de la dynamique familiale, en mettant en lumière des conflits familiaux inconscients pour permettre au client de se réajuster dans cette dynamique familiale, le facilitateur en constellations familiales engage la personne dans un travail qui porte sur ce qui organise et régule son fonctionnement psychologique et mental.

Pourtant, certains facilitateurs se défendent d’offrir un travail psychothérapeutique en précisant que l’émergence des enjeux inconscients n’est pas issue de leur interprétation de l’histoire du client, mais est le résultat de l’expression des ressentis émotionnels et physiques des représentants. Ils expliquent que ce n’est pas le thérapeute qui offre la compréhension des expériences vécues, mais que la nouvelle dynamique instaurée par les changements de position dans l’espace se fait dans cet espace médiumnique qu’est le « champ qui sait » indépendamment de leur volonté, et que le client en fait sa propre compréhension sans explication supplémentaire du facilitateur. Cet argument voulant, en somme, qu’il ne s’agisse pas de psychothérapie parce que c’est le client qui comprend lui-même les liens qui le relient à son histoire est contestable. En psychothérapie, on préconise également que ce soit la personne qui consulte qui fasse elle-même ses découvertes, guidée par son psychothérapeute. Le degré d’engagement ou de participation active du facilitateur ou du psychothérapeute dans le travail de compréhension ne permet pas de déterminer s’il s’agit ou non de psychothérapie. Le fait d’être très présent ou effacé, plus ou moins directif, de parler peu ou beaucoup, tient aux modalités propres aux différentes approches et ne permet en aucune façon de statuer sur la nature des interventions. En règle générale, en psychothérapie, on met en place un dispositif permettant à la personne qui consulte de faire ses propres découvertes, que ce soit par la parole, en relation face à face ou par la mise en scène comme en psychodrame. Ainsi, le psychothérapeute vise à ce que la personne élabore elle-même sur ses configurations inconscientes ou non représentées, ou encore sur l’intégration de la différenciation de soi de base (différenciation par rapport à l’ensemble des membres et du fonctionnement du système), des constructions et co-constructions mentales, etc., de sorte qu’elle puisse prendre conscience des facteurs qui influent à son insu sur son existence, visant ainsi une certaine libération des blocages ou des patterns inconscients. Et c’est exactement ce qu’offre le facilitateur en constellations familiales avec les ateliers de constellations : un dispositif permettant aux personnes qui le consultent d’élaborer elles-mêmes sur ce qui organise et régule leur fonctionnement psychologique et mental, à partir de l’observation de leur histoire familiale qui se joue devant elles à travers l’expression des ressentis émotionnels et corporels des représentants.

Nous concluons donc que la thérapie par les constellations familiales constitue un traitement psychologique qui va au-delà d’une aide visant à faire face aux difficultés courantes ou d’un rapport de conseil ou de soutien. Le premier élément constitutif de la psychothérapie est donc présent.

Présence du deuxième élément constitutif : l’objet des interventions

Pour un trouble mental, pour des perturbations comportementales ou pour tout autre problème entraînant une souffrance ou une détresse psychologique.

Tant dans leurs publicités Web que dans les différents ouvrages que nous avons consultés, les facilitateurs en constellations familiales affirment que la thérapie par les constellations familiales s’adresse à toutes les personnes qui vivent des enjeux liés à leurs émotions, à leurs relations et à leurs comportements. En effet, on relève parmi les différents motifs qui justifieraient le recours à la thérapie par les constellations familiales :

  • les blocages émotionnels;
  • les difficultés relationnelles;
  • les situations nocives qui se répètent;
  • les conflits familiaux;
  • les traumatismes et souffrances non résolus;
  • les abus et agressions physiques, psychologiques et sexuels.

Il s’agit bien de problématiques liées à la santé mentale. De ce fait, nous concluons à la présence du deuxième élément constitutif de la psychothérapie.

Présence du troisième élément constitutif : la finalité des interventions

Qui a pour but de favoriser chez le client des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif, émotionnel ou comportemental, dans son système interpersonnel, dans sa personnalité ou dans son état de santé.

La thérapie par les constellations familiales a pour finalité de « réparer le présent », de libérer la personne de ses blocages en venant résoudre les traumatismes familiaux et les fardeaux transgénérationnels qui ne lui appartiennent pas. Plus concrètement, la finalité de la thérapie par les constellations familiales vise à :

  • améliorer la qualité de vie en dénouant des loyautés transmises inconsciemment qui nuisent à la personne;
  • favoriser l’épanouissement en libérant la personne des fardeaux et blocages émotionnels qui entravent son développement;
  • améliorer les relations entre les membres de la famille;
  • retrouver un équilibre dans différentes sphères de la vie (professionnelle, sociale, familiale) en reprenant sa place de façon juste;
  • résoudre des situations répétitives ou traumatiques;
  • retrouver harmonie et bien-être.

En d’autres termes, la thérapie par les constellations familiales vise une transformation profonde de la personne, donc des changements significatifs dans son fonctionnement cognitif, émotionnel ou comportemental, dans son système interpersonnel, dans sa personnalité ou dans son état de santé. Cela signe la présence du troisième élément constitutif de la psychothérapie.

La présence simultanée des trois éléments constitutifs de la psychothérapie

La présence simultanée des trois éléments constitutifs de la psychothérapie nous amène à conclure que la thérapie par les constellations familiales, telle que décrite précédemment, constitue une forme de psychothérapie.

Conclusion

Considérant que l’exercice de la psychothérapie est réservé au Code des professions, si une personne propose des thérapies par les constellations familiales sans y être légalement habilitée, il y a de fortes présomptions qu’elle exerce illégalement la psychothérapie. Toutefois, avant de conclure hors de tout doute à une pratique illégale, il convient d’analyser au cas par cas l’offre de services, comme nous venons de le faire dans notre démonstration. Par ailleurs, l’analyse des fondements théoriques de la thérapie par les constellations familiales témoigne d’un glissement des théories psychologiques vers des théories parapsychologiques. La méthode développée par Bert Hellinger ne repose donc pas sur une assise et des fondements scientifiques solides et s’éloigne des modèles psychothérapeutiques reconnus. De ce fait, la pratique de la thérapie par les constellations familiales serait dérogatoire pour tout professionnel habilité à exercer la psychothérapie.

Notes et références

Notes

  1. En 2018, l’American Psychological Association (APA) a mis à jour la définition du concept de constellation familiale : « Family constellation: the total set of relationships within a particular family, as characterized by such factors as the number and birth order of members and their ages, roles, and patterns of interaction. The term is associated with Alfred Adler.  »
  2. Un autre terme pour nommer la thérapie par les constellations familiales est constellations systémiques. On peut aussi utiliser l’expression constellations familiales et systémiques.
  3. https://www.netflix.com/ca-fr/title/81380432
  4. Les travaux de Jung sur l’inconscient collectif et la notion de destin ont inspiré la méthode développée plus tard par des psychanalystes comme Bert Hellinger. La thèse présentée par Jung lors de sa deuxième conférence, Die familiäre Konstellation (« La constellation familiale »), en 1910 à l’université Clark repose sur l’idée que l’individu est influencé par les schémas répétitifs et les dynamiques inconscientes du système familial. Voir Jung, C.-G. (2024 [1910]). La constellation familiale. Livraria Press; et Jung, C.-G. (2025 [1918-1951]). Inconscient collectif. La fontaine de pierre.
  5. Virginia Satir voyait la famille comme un système émotionnel. Elle utilisait des sculptures familiales (mise en scène des relations physiques et émotionnelles) pour révéler les tensions, les alliances et les rôles familiaux. Voir Satir, V. (2006). Thérapie du couple et de la famille : thérapie familiale. Desclée De Brouwer.
  6. Ivan Boszormenyi-Nagy a introduit les notions de loyauté invisible et de justice relationnelle. Selon lui, les relations familiales sont marquées par des dettes, des mérites et des attentes implicites. Voir Boszormenyi-Nagy, I. et Spark, G. M. (1973). Invisible loyalties: Reciprocity in intergenerational family therapy. Harper & Row
  7. Moreno, fondateur du psychodrame de groupe, considérait que l’accès à la psyché était facilité par la mise en action et ses composantes verbales, non verbales et interactionnelles. Voir Moreno, J. L. (1965). Psychothérapie de groupe et psychodrame, Presses universitaires de France.
  8. Avant d’être psychothérapeute, Bert Hellinger a été prêtre et missionnaire en Afrique du Sud, où il a passé une quinzaine d’années auprès du peuple zoulou.
  9. Hellinger, B. et Ten Hövel, G. (2001). Constellations familiales : comprendre les mécanismes des pathologies familiales. Gap, Souffle d’or. Voir aussi Hellinger, B. (2004). La constellation familiale, psychothérapie et cure d’âme. Paris, Dervy.
  10. Pour Rupert Sheldrake (chercheur en biochimie, en physiologie et en parapsychologie britannique), chaque forme organique possède son propre champ d’influence, influant ainsi sur les autres formes, ce qu’il nomme la « résonance morphique ». La mémoire serait inhérente à toutes les structures organiques, ce qui implique que les espèces vivantes puisent dans une mémoire collective. Cette théorie est controversée puisqu’elle remet en question les lois de la nature traditionnelles, et suggère que les formes et les comportements se transmettent comme des habitudes, résonnant d’une génération à l’autre. Voir https://www.sheldrake.org/.

Références