11 ans à la présidence de l’Ordre : Dre Christine Grou revisite ses moments marquants
Krystelle Larouche, éditrice
François Van Hoenacker, rédacteur en chef

Photo : Martin Girard
[Aperçu exclusif de l'entretien avec la Dre Christine Grou, psychologue et présidente de l'Ordre]
Derrière la femme solide et déterminée qui, en avril 2015, mène une campagne pour se faire élire à la présidence de l’Ordre des psychologues se cache une épouse inquiète : son mari, Jean-Guy, atteint d’un trouble neurocognitif dégénératif, est hospitalisé et il devient de plus en plus difficile de le maintenir à domicile. Nombreuses sont les personnes qui sollicitent Christine Grou et l’encouragent à se présenter à la présidence de l’Ordre – à commencer par son mari : « C’est une occasion que tu ne peux pas laisser passer », lui dit-il avant qu’elle ne confirme sa candidature.
De nature discrète, la Dre Grou accepte pour la première fois, dans le cadre de cet entretien, de lever le voile sur des pans de sa vie personnelle, tout en partageant ses réalisations et les précieux souvenirs qu’elle garde de ses 11 années à la présidence de l’Ordre. Ayant atteint le maximum de trois mandats qui est prévu depuis 2017 par le Code des professions, elle tournera la page et passera le relais de la présidence le 22 mai prochain. Un départ empreint d’émotion pour celle qui demeure animée par une foule d’idées et de projets pour l’Ordre, sa mission et l’avenir de la profession. Entretien en trois temps avec la Dre Christine Grou, psychologue et présidente sortante de l’Ordre : d’abord son élection et ses débuts à la présidence, puis les jalons marquants et les moments charnières de son parcours, et enfin, ses perspectives et projets à venir.
Quand avez-vous décidé de faire le saut et de vous présenter à la présidence?
Quand on m’a approchée pour la première fois, ce n’était tellement, mais tellement pas dans mes plans. Au début j’ai dit non – et c’était un non ferme!
Puis, quand la réforme du ministre Barrette est arrivée, je craignais l’effritement des services psychologiques offerts à la population, et j’essayais de convaincre les psychologues de rester dans le réseau, de ne pas quitter le navire. J’étais cheffe de la discipline de psychologie à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, et j’adorais mon milieu, mon emploi... Mais je me suis demandé : « Où est-ce que je serais le mieux positionnée pour le bien des patients en santé mentale, pour faire une différence dans la profession? »
Dans mon processus de réflexion, il y avait la famille. C’est toujours ce qui a compté le plus dans ma vie. J’ai pensé à mes enfants, Frédéric et Marie-Laurence, qui avaient grandi et qui étaient maintenant de jeunes adultes assez autonomes. Ça n’a pas toujours été comme ça. Marie-Laurence vit avec un syndrome génétique rare, elle a plusieurs problèmes de santé et vit une situation de limitations. J’ai dû mener le parcours du combattant pour obtenir des services pour ma fille, autant dans le réseau public de la santé que dans le milieu scolaire. J’ai aussi pensé à Jean-Guy, mon mari, qui m’encourageait à me présenter malgré l’évolution de sa maladie. Il me disait que j’étais rendue là, que ce n’était pas pour mes beaux yeux qu’on m’incitait à me présenter. Mon fils Frédéric avait 19 ans et entrait en médecine. Enfant tellement raisonnable devenu adulte tellement vite, je voulais le soutenir et lui donner le meilleur de la mère que je suis.
Plusieurs collègues de l’hôpital, d’autres organisations, des administrateurs de l’Ordre, mais aussi des proches me poussaient à me présenter. Ils percevaient en moi des compétences et des qualités que je ne voyais pas. On me disait : « Christine, tu es neuropsychologue, psychologue clinicienne, tu as été formée en TCC et supervisée en psychodynamique. Non seulement tu pratiques au privé, mais tu pratiques dans le réseau de la santé que tu connais vraiment bien, en plus d’être éthicienne! Tu as toutes les compétences et les qualités recherchées pour y aller. »
Mais c’est difficile d’y croire soi-même. À chacun ses insécurités! Tu te dis : « Je ne suis pas née pour faire ça dans la vie! » Et j’aimais tellement mon emploi, je ne me suis jamais lassée. Puis, ma très bonne amie, la psychologue Claudette Lacroix, qui était de 20 ans mon aînée, m’a dit : « Si toutes les personnes que tu estimes et qui te connaissent vraiment bien te voient là, elles ne peuvent quand même pas toutes se tromper! »
Ça aura pris huit mois pour me décider et me lancer dans la course.