Saut au contenu
  MENU
Retour

Le boycottage des internats : la position de l’Ordre

Le boycottage des internats : la position de l’Ordre

Christine Grou, psychologue | Présidente de l'Ordre des psychologues du Québec 

Imprimer Partager par courriel
mars 2016

À la suite de la confirmation du boycottage des internats en psychologie par les superviseurs et par les étudiants dans le réseau de la santé, il me semble important de faire le point sur la position de l’Ordre, puisque tant des représentants du monde universitaire que des étudiants m’ont interpellée à ce propos.

Du côté des universités, c’est le boycottage des internats par les psychologues superviseurs qui était appréhendé, et ce, avant même que les étudiants ne se manifestent à leur tour.

À l’heure actuelle, encore une majorité de doctorants reçoivent leur formation clinique (internat) dans le réseau public. Or, pour les psychologues superviseurs du réseau public, les incitatifs à la supervision sont en général la stimulation intellectuelle – parce que la supervision permet de maintenir ses connaissances à jour, les étudiants en apportant de nouvelles sur les plans instrumental et théorique – et les gratifications que l’enseignement clinique peut comporter – car on supervise d’abord parce qu’on aime le contexte de formation, l’échange clinique et l’apport qu’on peut avoir au développement du savoir-être et du savoir-faire de l’étudiant. Mais la motivation à superviser connaît aussi des freins importants : les responsabilités que cela engendre et la crainte de ne pas être suffisamment compétent ou de ne pas se montrer à la hauteur des attentes et de la situation. Il y a aussi la surcharge de travail induite par les obligations institutionnelles : contrats d’internats, objectifs d’apprentissage, évaluations formative et sommative, rencontres de supervision, tenue de dossier de supervision, responsabilités professionnelles accrues et demandes institutionnelles accrues du côté des universités, des employeurs et de l’Ordre. Et bien sûr il y a les appréhensions quant à la supervision d’un éventuel étudiant difficile. Bien que la mission des institutions inclue la plupart du temps un volet d’enseignement, la contribution du psychologue salarié n’est souvent mesurée que sur la base des entrevues cliniques qu’il a directement effectuées. Bien entendu, l’activité de supervision n’est ni la seule ni la principale activité des psychologues du réseau public. Certains font, outre l’ensemble des activités visant le traitement psychologique et la psychothérapie, l’évaluation des troubles mentaux et du retard mental, sans oublier l’évaluation neuropsychologique, importante pour les différentes clientèles desservies. Beaucoup de psychologues acceptent de donner de la formation par l’entremise de conférences ou de présentations, ou encore de consultations interprofessionnelles. Mentionnons enfin toutes les activités cliniques indirectes qui peuvent avoir un effet important sur la prestation de services, sur les programmations cliniques et sur la compréhension phénoménologique des personnes prestataires de soins et services.

Les doctorants en psychologie exercent eux aussi des activités professionnelles auprès du public. Ils contribuent ainsi à la prestation de services psychologiques. Au moment de leur internat, ils ont déjà réalisé en moyenne six ou sept années d’études universitaires. Leur boycottage de l’internat touchera donc à court terme la prestation de services et retardera la délivrance de leurs diplômes. À moyen terme, je continue de m’inquiéter de l’intérêt des doctorants à oeuvrer dans le réseau public, que ce soit dans les différents éléments des hôpitaux et CLSC devenus CSSS et dorénavant intégrés en CIUSSS, dans les commissions scolaires et les écoles, ou dans les autres institutions du réseau public.

Auprès des différentes instances universitaires qui le sollicitaient, l’Ordre s’est dit préoccupé de l’effet du boycottage des superviseurs sur la délivrance des diplômes des étudiants, qui est déjà tardive en raison du doctorat obligatoire. Par ailleurs, l’Ordre a souligné une inquiétude encore plus grande au regard de la pénurie de psychologues dans le réseau public et d’une migration possible des effectifs vers le privé. Si une telle chose advenait, non seulement il risquerait d’y avoir une pénurie de superviseurs potentiels pour les doctorants en psychologie au sein du réseau public – ce qui aurait des conséquences plus permanentes que momentanées sur la formation clinique des doctorants –, mais on pourrait aussi craindre la non-attraction de la relève étudiante vers les postes à combler dans ce même réseau. Conséquemment, on peut anticiper une double cause à la pénurie : l’absence de superviseurs pour la formation des psychologues et celle des supervisés qui, à la suite de leur passage, migrent vers d’autres lieux.

Rappelons que la principale mission de l’Ordre est la protection du public, ce qui passe par la qualité des services offerts par ses membres, par le développement de la profession et par l’accessibilité aux services psychologiques. Je continue de déplorer la situation actuelle. Je ne peux qu’espérer et réitérer publiquement mon souhait que des solutions viables puissent retenir les psychologues qui travaillent dans le réseau public et inciter la relève à s’y investir afin de maintenir l’accessibilité aux services psychologiques pour toutes les clientèles, particulièrement les plus complexes, les moins fortunées et les plus vulnérables.

Réagir à l'éditorial

Écrivez-nous  !

Imprimer Partager par courriel