Mouvance et force du lien

Au cours des derniers mois, j’ai entrepris avec enthousiasme mon nouveau mandat à la présidence de l’Ordre, animée par la volonté de contribuer pleinement à sa mission de protection du public ainsi qu’au rayonnement de notre profession. Je profite de l’occasion pour remercier les employés de la permanence de même que les membres du conseil d’administration pour leur accueil et leur soutien. Dès mon arrivée, j’ai eu de premiers échanges avec les différentes instances avec lesquelles je travaillerai, autant à l’interne qu’au sein du système professionnel ou des différents paliers gouvernementaux. J’ai pris connaissance des dossiers en cours et participé à plusieurs rencontres avec des partenaires clés, incluant plusieurs présidents et présidentes d’ordres professionnels, ainsi que la présidente du Conseil interprofessionnel du Québec.
Tristement, lors de ma cinquième semaine en poste, une fusillade qui a fait trois victimes est survenue à Montréal. Souhaitant offrir du soutien à la population à la suite de cet événement tragique, j’ai accordé plusieurs entrevues afin d’expliquer les réactions psychologiques susceptibles de se manifester dans le contexte d’un tel drame et de partager des repères pour y faire face.
J’ai également collaboré au reportage du journal Le Devoir sur la présence des thérapeutes en relation d’aide sur la plateforme Clic Santé, et j’ai accordé quelques entrevues supplémentaires à ce sujet. Il était important de clarifier les distinctions entre le rôle des psychologues et celui d’autres intervenants dans le domaine de la relation d’aide afin d’éviter de semer la confusion chez le public. Dans son reportage, la journaliste du Devoir soulève des situations où des thérapeutes en relation d’aide auraient conclu à l’absence de dépression. Le diagnostic étant une activité réservée aux professionnels habilités en raison du haut risque de préjudice, j’ai pu expliquer les risques associés aux conclusions qu’auraient formulées ces thérapeutes. L’Ordre en a profité pour rappeler l’importance de lui signaler toutes les situations de ce type, lesquelles pourront faire l’objet d’une enquête par la direction responsable de la pratique illégale.
Le mois de juillet a été marqué par la réouverture du service de conseil déontologique de l’Ordre, une ressource précieuse permettant aux psychologues d’être accompagnés lorsqu’ils font face à des situations complexes impliquant des enjeux éthiques. Ce service favorise la prise de décisions éclairées, prévient les manquements aux règles déontologiques et soutient le jugement professionnel.
Un système professionnel en mouvance
Le système professionnel est en mouvance, notamment avec l’élargissement des pratiques professionnelles. L’augmentation des besoins de la population, la crise d’effectifs qui ébranle les secteurs de la santé et de l’éducation, de même que les limitations budgétaires actuelles jouent certainement un rôle non négligeable pour le gouvernement, les ministères et Santé Québec, qui sont à la recherche de solutions rapides pour améliorer l’accès aux services. Ce désir d’élargir les pratiques a mené à la reconnaissance officielle de l’activité du diagnostic par les psychologues, une avancée essentielle qui a mis fin à une confusion sémantique persistante. Le 4 juin dernier, l’Office des professions du Québec et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ont annoncé le dépôt du Rapport sur l’opportunité de reconnaître l’activité du diagnostic à certaines professions dans le domaine de la santé par les coprésidents du chantier Diagnostic, le Dr Jean-Bernard Trudeau et M. Yvan Gendron. Ce rapport concerne l’opportunité d’élargir l’activité de diagnostic à certaines professions de la santé afin d’améliorer l’accès aux soins. En santé mentale, les ergothérapeutes et les psychoéducateurs pourraient être autorisés à diagnostiquer certains troubles mentaux. L’Office des professions et le MSSS analyseront le rapport et ses recommandations, en collaboration avec les partenaires gouvernementaux et les ordres professionnels, dans une démarche de coordination et de cohérence intersectorielle. Aucune décision finale n’a été prise et, à ce stade, il n’est pas question d’une mise en œuvre immédiate – le dépôt du rapport vise à ouvrir la réflexion. L’Ordre assurera un suivi étroit dans ce dossier afin de faire valoir l’importance critique d’un accès compétent aux services et de contribuer à la cohérence du système professionnel. Les notions de diagnostics différentiels et de protection du public sont évidemment au cœur de nos démarches.
Exercice de la psychothérapie et ALEC
Adoptée en avril dernier, la loi 8, Loi modifiant le Code des professions et d’autres dispositions principalement afin d’alléger les processus réglementaires du système professionnel et d’élargir certaines pratiques professionnelles dans le domaine de la santé et des services sociaux, a introduit un mécanisme permettant la mobilité interprovinciale pour les psychothérapeutes. Le Québec se conforme ainsi aux exigences de l’Accord de libre-échange canadien (ALEC) relativement à la libre circulation de la main d’œuvre entre les provinces. Il sera permis aux professionnels autorisés à exercer la psychothérapie ailleurs au Canada d’obtenir un permis québécois délivré par l’Ordre des psychologues, et ce, selon un principe de permis sur permis. Les ordres professionnels ont été rencontrés par le Dr Jean-Bernard Trudeau, mandaté par l’Office des professions pour tenir une consultation sur la mobilité en vertu de l’ALEC. L’Office des professions travaille actuellement sur un projet de règlement qui déterminera quelles habilitations provinciales donneront droit à cette reconnaissance.
Notre congrès sous le thème La force du lien
Dans un monde en constante évolution, prendre un moment pour nous rassembler au sein de notre communauté professionnelle peut faire le plus grand bien. C’est pourquoi j’ai vraiment hâte d’échanger avec vous au prochain congrès de l’Ordre, qui se tiendra du 11 au 13 novembre prochain. Ayant pour thème La force du lien, ce rassemblement se veut un moment pour renforcer ce qui nous unit dans notre désir d’aider la population et pour réaffirmer le rôle essentiel des psychologues dans la compréhension, l’accompagnement et le mieux-être des personnes, des familles et des communautés. Cet événement soulignera également la force des relations que nous développons avec les gens qui bénéficient de nos services. Ces derniers nous ouvrent les portes de leur univers, permettant ainsi l’émergence d’une relation singulière. Nous avons, comme psychologues, accès à une fenêtre donnant sur les craintes, les fragilités, les secrets, les forces et les rêves des gens que nous accompagnons. Cette relation peut prendre une couleur distincte selon que nous agissons comme psychologue, neuropsychologue, psychologue organisationnel, sportif, communautaire ou autre. Mais il n’en demeure pas moins que ce lien est d’une grande richesse et nous rappelle notre humanité commune. Un lien qui a souvent une grande valeur aux yeux de ceux que nous accompagnons, et des nôtres. J’aurai le plaisir de vous rencontrer et de vous en parler davantage lors de la conférence d’ouverture du congrès.
À bientôt !