11 ans à la présidence de l’Ordre : Dre Christine Grou revisite ses moments marquants
Krystelle Larouche, éditrice
François Van Hoenacker, rédacteur en chef

Photo : Martin Girard pour Shoot Studio
Derrière la femme solide et déterminée qui, en avril 2015, mène une campagne pour se faire élire à la présidence de l’Ordre des psychologues se cache une épouse inquiète : son mari, Jean-Guy, atteint d’un trouble neurocognitif dégénératif, est hospitalisé et il devient de plus en plus difficile de le maintenir à domicile. Nombreuses sont les personnes qui sollicitent Christine Grou et l’encouragent à se présenter à la présidence de l’Ordre – à commencer par son mari : « C’est une occasion que tu ne peux pas laisser passer », lui dit-il avant qu’elle ne confirme sa candidature.
De nature discrète, la Dre Grou accepte pour la première fois, dans le cadre de cet entretien, de lever le voile sur des pans de sa vie personnelle, tout en partageant ses réalisations et les précieux souvenirs qu’elle garde de ses 11 années à la présidence de l’Ordre. Ayant atteint le maximum de trois mandats qui est prévu depuis 2017 par le Code des professions, elle tournera la page et passera le relais de la présidence le 22 mai prochain. Un départ empreint d’émotion pour celle qui demeure animée par une foule d’idées et de projets pour l’Ordre, sa mission et l’avenir de la profession. Entretien en trois temps avec la Dre Christine Grou, psychologue et présidente sortante de l’Ordre : d’abord son élection et ses débuts à la présidence, puis les jalons marquants et les moments charnières de son parcours, et enfin, ses perspectives et projets à venir.
Quand avez-vous décidé de faire le saut et de vous présenter à la présidence?
Quand on m’a approchée pour la première fois, ce n’était tellement, mais tellement pas dans mes plans. Au début j’ai dit non – et c’était un non ferme!
Puis, quand la réforme du ministre Barrette est arrivée, je craignais l’effritement des services psychologiques offerts à la population, et j’essayais de convaincre les psychologues de rester dans le réseau, de ne pas quitter le navire. J’étais cheffe de la discipline de psychologie à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, et j’adorais mon milieu, mon emploi... Mais je me suis demandé : « Où est-ce que je serais le mieux positionnée pour le bien des patients en santé mentale, pour faire une différence dans la profession? »
Dans mon processus de réflexion, il y avait la famille. C’est toujours ce qui a compté le plus dans ma vie. J’ai pensé à mes enfants, Frédéric et Marie-Laurence, qui avaient grandi et qui étaient maintenant de jeunes adultes assez autonomes. Ça n’a pas toujours été comme ça. Marie-Laurence vit avec un syndrome génétique rare, elle a plusieurs problèmes de santé et vit une situation de limitations. J’ai dû mener le parcours du combattant pour obtenir des services pour ma fille, autant dans le réseau public de la santé que dans le milieu scolaire. J’ai aussi pensé à Jean-Guy, mon mari, qui m’encourageait à me présenter malgré l’évolution de sa maladie. Il me disait que j’étais rendue là, que ce n’était pas pour mes beaux yeux qu’on m’incitait à me présenter. Mon fils Frédéric avait 19 ans et entrait en médecine. Enfant tellement raisonnable devenu adulte tellement vite, je voulais le soutenir et lui donner le meilleur de la mère que je suis.
Plusieurs collègues de l’hôpital, d’autres organisations, des administrateurs de l’Ordre, mais aussi des proches me poussaient à me présenter. Ils percevaient en moi des compétences et des qualités que je ne voyais pas. On me disait : « Christine, tu es neuropsychologue, psychologue clinicienne, tu as été formée en TCC et supervisée en psychodynamique. Non seulement tu pratiques au privé, mais tu pratiques dans le réseau de la santé que tu connais vraiment bien, en plus d’être éthicienne! Tu as toutes les compétences et les qualités recherchées pour y aller. »
Mais c’est difficile d’y croire soi-même. À chacun ses insécurités! Tu te dis : « Je ne suis pas née pour faire ça dans la vie! » Et j’aimais tellement mon emploi, je ne me suis jamais lassée. Puis, ma très bonne amie, la psychologue Claudette Lacroix, qui était de 20 ans mon aînée, m’a dit : « Si toutes les personnes que tu estimes et qui te connaissent vraiment bien te voient là, elles ne peuvent quand même pas toutes se tromper! »
Ça aura pris huit mois pour me décider et me lancer dans la course.
Après votre élection, comment se sont déroulés vos débuts à l’Ordre?
Malgré toutes nos qualités, notre expérience et notre parcours, on ne peut tout simplement pas arriver pleinement préparée ni pleinement compétente dans ce type de poste : il n’y a rien qui nous prépare à ça.
En même temps, tu veux être à la hauteur des attentes, et tu te dis : les gens te font confiance, ils sont tellement contents que tu sois là... Ils t’ont tellement vue dans ce poste, alors tu veux être certaine qu’ils ne se soient pas trompés. Je ne voulais surtout pas les décevoir.
J’ai appris beaucoup, et j’ai travaillé très, très fort dès mon arrivée à l’Ordre. J’étais aussi rassurée parce que, quand tu fais un saut sans parachute comme celui-là, il y a déjà des gens compétents en place dans l’organisation, autant à la permanence qu’au conseil d’administration; et ils étaient là pour m’épauler. La première année, c’étaient des semaines de travail d’au moins 80 heures. Je savais que les succès seraient pour moi ceux des équipes, mais que les échecs, je les porterais personnellement. C’était une période très intense, et mes nouveaux collègues ne se doutaient pas de tout ce que je vivais sur le plan personnel. À ce moment, ma fille habitait chez nous à mi-temps, elle faisait l’essai d’un hébergement en appartement regroupé afin de s’assurer que ça lui convenait. Je venais au bureau tous les jours, je terminais vers 19 h 30, je m’en allais au centre d’hébergement faire manger mon mari et le border avant de revenir à la maison. Puis, j’allais le chercher le vendredi pour l’amener à la maison pour la fin de semaine.
Je pense que j’ai eu recours à la sublimation par le travail pour composer avec cette épreuve. Je n’arrêtais jamais, jamais, jamais. Mes débuts à la présidence, c’était ça. Mais je dirais que travailler autant, c’est peut-être ce qui m’a sauvée durant cette première année à la présidence...

La présidente de l’Ordre s’adressait aux membres réunis à l’occasion de l’assemblée générale annuelle (AGA) de l’Ordre, tenue le 29 octobre 2015 à l’Hôtel Delta de Québec. Il s’agissait de la première AGA depuis l’élection de la Dre Christine Grou à la présidence, le 22 mai 2015.
Dans l’entretien publié au début de votre premier mandat, vous avez dit : « Mon plus grand défi est de résister à l’envie d’aller vite. »
J’avais plein d’idées de projets pour l’Ordre et j’avais hâte de les réaliser, mais oui, je voulais prendre mon temps. J’avais trop souvent été témoin de réformes dans le réseau hospitalier menées de façon cavalière, déconnectées de la réalité : on arrive, on impose une réforme, puis on repart. Je m’étais juré de ne jamais agir ainsi. Je voulais prendre le temps de bien analyser, d’observer et d’écouter pour comprendre réellement l’état des lieux, les besoins, les enjeux et les priorités. Rencontrer chaque direction, chaque intervenant, chaque interlocuteur.
J’avais ce désir fondamental de comprendre, bien plus que de porter un jugement. L’observation, la compréhension de l’environnement, la rigueur de l’analyse, ce sont tous des éléments qui font partie de ma formation de psychologue. Il faut aussi savoir repérer les enjeux qui ne sont pas dits : ça fait aussi partie de ma posture clinique.
Qu’avez-vous le plus apprécié durant vos mandats à la présidence de l’Ordre?
D’abord et avant tout, les gens avec qui je travaillais, l’équipe qui m’a entourée durant toutes ces années. Ça, ce sera difficile à remplacer : trouver une équipe aussi compétente, aussi allumée, aussi motivée et, surtout, aussi loyale et dévouée.
J’ai souvent, souvent dit : ce poste, c’est intense, mais ce n’est jamais, jamais plate! Entrevues médias, réactions de l’Ordre, commissions parlementaires… Certaines journées ne ressemblaient en rien à ce qui était prévu initialement dans l’agenda. Ce n’était jamais monotone. Il y avait aussi la diversité des dossiers, des actions. Je n’ai jamais fait qu’une seule chose dans cette fonction. J’ai été impliquée dans une multitude de projets différents, tous intellectuellement et humainement stimulants.
Je pense aux moments les plus forts, les plus difficiles, les plus intenses, aux contextes de crise… Il y a eu des moments où la pression était énorme. Mais la pression est proportionnelle à la satisfaction qu’on ressent quand on termine un marathon. Toutes ces épreuves nous rallient, ce sont des grands moments de solidarité. Je repense aussi au plaisir partagé en équipe, aux fous rires parfois incontrôlables. Cela aussi a sa place : cette « régression au service du moi ». Ça aussi, c’est important dans le travail!
Durant votre présidence, vous avez toujours tenu à sonder les membres, à connaître la réalité des psychologues...
Je suis une femme de terrain. Et en santé mentale, au sein de la profession, le terrain est vaste! On ne peut pas prétendre comprendre tout ce qui s’y joue sans aller chercher les données à la source. Il a toujours été primordial pour moi de demeurer pleinement à l’écoute de ce que vivaient nos membres, d’autant plus que nos milieux sont diversifiés et évoluent à vitesse grand V.
J’ai énormément appris au contact des membres, que ce soit en tournée, par le biais des inspections professionnelles ou des rencontres avec les associations, ou dans le cadre des congrès. Je pense aussi à la plateforme de consultation Léxi que nous avons lancée il y a quelques années, et qui nous a permis de sonder régulièrement les membres et de documenter leur réalité.
Pourquoi avoir continué à pratiquer en tant que psychologue clinicienne durant votre présidence?
À mon avis, rester proche de la pratique clinique, c’est rester proche des besoins de la population, mais aussi des défis et enjeux du terrain. C’est aussi que j’adore notre profession. Quand quelqu’un se confie sur l’intimité de sa vie, sur sa souffrance, c’est un privilège immense. Je suis convaincue que, comme psychologue, on joue un rôle significatif dans le mieux-être des gens. Et ça, c’est quelque chose de tellement important. C’est une belle profession... la plus belle profession du monde!
Depuis votre premier mandat, avez-vous observé certains changements au sein de la profession?
D’abord, par rapport au nombre, certainement : nous comptons aujourd’hui près de 9 600 psychologues alors qu’il y en avait 8 700 à mon arrivée. Les gens savent plus qu’avant ce qu’est un psychologue, ils savent que notre profession est scientifique et rigoureuse, et ils sollicitent davantage nos services.
Il y a un tronc commun – essentiel à l’identité du psychologue – mais il y a parfois aussi de très grandes différences entre un psychologue clinicien, un neuropsychologue ou un psychologue organisationnel. Depuis une dizaine d’années, on observe une spécialisation de plus en plus marquée dans chaque secteur de pratique. La diversité des expertises est telle qu’on pourrait presque parler d’interdisciplinarité à l’intérieur de la psychologie elle-même.
Les psychologues vivent également les changements de leur époque : les défis d’adaptation aux technologies, la pression du temps, une pression accrue par une forte demande, et j’en passe…
Chose certaine, il y a de plus en plus de psychologues en bureau privé et de psychologues qui exercent en virtuel. Il faudra peut-être un jour brosser un portrait de la privatisation des services – motifs, clientèle, délais d’attente, coûts et couvertures d’assurance, impacts potentiels, etc. – d’autant plus que Santé Québec compte mettre à profit les services des psychologues en bureau privé dans l’offre de services en première ligne.
Depuis vos débuts à la présidence, le contexte a lui aussi beaucoup changé...
Oui, et quand la société change, les besoins changent aussi. La pandémie a transformé certaines réalités. De façon générale, on parle aujourd’hui beaucoup plus de santé mentale, les stigmates entourant la santé psychologique sont souvent moins marqués. Les phénomènes de radicalisation et d’atteinte à la pensée démocratique, par exemple, sont des phénomènes récents au Québec.
On ne peut pas passer sous silence l’intelligence artificielle et l’engouement pour les robots conversationnels en matière de santé mentale depuis quelques années. Je crains leurs effets sur notre société : je crains le manque de littératie numérique, le risque de dépendance et le risque d’une éventuelle non-gratuité des robots conversationnels, sans compter les enjeux de confidentialité. Et je me demande : qu’est-ce que ça va avoir comme répercussions sur le développement des relations, qui sont un facteur de protection? Et quand ton robot te suffit, qu’il est exclusivement centré sur toi et qu’il te « valide » tout le temps, qu’est-ce que ça engendre sur le plan interpersonnel et, à une échelle plus large, sur le plan sociétal?
Comment expliquer que l’accès aux services psychologiques est plus difficile que jamais, alors qu’on n’a jamais eu autant de psychologues au Québec?
Autrefois, on misait sur les psychologues en première ligne et on parvenait à traiter les gens plus rapidement, avant que leur situation ne s’aggrave. Maintenant, on va mettre les psychologues en deuxième, troisième ligne. Avec le temps, les problématiques se complexifient. On le sait qu’il y a de plus en plus de demandes du public; consulter un psychologue est beaucoup moins tabou qu’avant.
Cela dit, la solution n’est pas seulement d’augmenter le nombre de psychologues. Il faut aussi se demander : qu’est-ce qui fait que les gens sont si anxieux ou si déprimés? Il y a là un réel enjeu de santé publique qui doit absolument interpeller tous les ministères concernés.
On doit aller à la source, s’attarder aux déterminants psychosociaux et faire de la prévention. Ne pas avoir un toit au-dessus de la tête, ça rendrait n’importe qui anxieux. Et c’est normal. Il en va de même avec l’éducation, la littératie. Tu te retrouves avec des gens qui ne sont même pas capables de lire les lettres qu’ils reçoivent par la poste. C’est sûr qu’ils vont être anxieux! Si on ne s’attarde pas à ces enjeux dès le départ, si on n’agit pas aussi par la prévention, on rate la cible.
Enfin, lorsque ce n’est pas pathologique, il faut aussi apprendre à faire la paix avec une certaine anxiété qui est normale, puis être capable de la tolérer. Ce n’est pas normal d’être tout le temps de bonne humeur! Moi, je fais l’apologie de ça : d’apprendre à tolérer certains bouts de déprime, certains moments de tristesse, qui font aussi partie de l’expérience humaine.

Sur cette photo, prise le 25 janvier 2017 dans le cadre de la Journée Bell Cause pour la cause, la présidente de l’Ordre est en compagnie de l’acteur et humoriste Michel Mpambara, l’un des porte-parole de l’initiative Bell Cause pour la cause, dont l’Ordre des psychologues était partenaire.
Qu’en est-il de l’évolution dans le réseau de la santé et celui de l’éducation?
La réalité du réseau public a profondément changé : les raisons pour lesquelles je voulais, moi, travailler dans le réseau public – et celles pour lesquelles tant de jeunes psychologues en rêvaient à l’époque – n’existent pratiquement plus. C’est une perte pour une certaine clientèle, mais une perte aussi pour le réseau public et les psychologues.
Le réseau de la santé a longtemps constitué une véritable école : un lieu d’apprentissage d’une grande richesse pour les psychologues et pour l’ensemble des professionnels. C’est un changement majeur. On observe en ce moment une profession qui se privatise de plus en plus...
Dans le réseau scolaire, on a de moins en moins de psychologues, et ils sont souvent dans plusieurs écoles. C’est dommage, car l’essence de la psychologie scolaire, ce n’est pas seulement de faire des diagnostics, mais c’est plutôt d’agir auprès de tout un système, autant auprès de la direction, des enseignants et du personnel qu’auprès des élèves et des parents.
Cela dit, à l’Ordre, nous avons réussi à faire comprendre aux instances gouvernementales quels étaient les éléments qui faisaient en sorte que les psychologues quittaient le système public. Est-ce qu’il y a eu une réponse du gouvernement à la hauteur de la nécessité de la rétention des professionnels? La réponse est non, pas encore, en dépit des efforts qui ont été faits.
À votre arrivée, les débats sur les données probantes divisaient les psychologues. Comment êtes-vous parvenue à exposer une vision qui a rallié la profession?
C’est vrai qu’il y avait des psychologues qui défendaient des positions parfois diamétralement opposées, sans arriver à s’entendre sur le sujet. J’ai donc mis sur pied, au sein du conseil d’administration, un comité composé de psychologues provenant de divers milieux, champs de pratique et orientations théoriques. Ensemble, nous avons élaboré et publié le Complément à l’Énoncé de politique sur la pratique fondée sur les données probantes en psychologie. Ça n’a pas été facile. J’ai aussi rédigé un éditorial qui expliquait en détail notre raisonnement et notre posture à ce sujet. J’ai voulu faire comprendre aux membres que nous voulions que les psychologues soient informés des meilleures pratiques, qu’ils continuent de se former et de prendre connaissance de la littérature, mais que ce qui comptait plus que tout, c’étaient leur jugement clinique et les besoins du patient. En somme, qu’il fallait tenir compte de tous ces facteurs à la fois.
On m’a souvent dit que j’avais cette capacité à rallier. Je n’en avais pas pleinement conscience, mais on me l’a reflétée. Avec le recul, je crois avoir réussi à rassembler plusieurs personnes, plusieurs factions, plusieurs associations au sein de la profession.
Quelles sont les réalisations qui vous rendent particulièrement fière?
Tout d’abord, d’avoir réussi à faire comprendre que mieux soutenir nos membres, c’est protéger le public et être encore plus proactif dans la mission sociétale de l’Ordre. Pour moi, ces éléments sont indissociables : je le crois profondément. Soutenir nos membres, c’est agir, entre autres, comme un soutien aux connaissances et aux pratiques auprès des psychologues.
On peut penser au lancement des Cahiers du savoir, qui en sont déjà à leur cinquième édition, et qui traitent avec sérieux d’une problématique en santé mentale avec l’aide des experts dans le domaine. On peut aussi penser à la qualité des dossiers de Psychologie Québec, aux formations offertes en déontologie dans les différents champs de pratique spécifiques, aux nombreuses formations en ligne qu’offre l’Ordre. À mon arrivée, il n’y avait pratiquement pas de formations en ligne : maintenant, l’Ordre en compte près de 80 sur sa plateforme FOS. Ce sont toutes des choses qu’on a mises en place pour mieux soutenir les membres.
Je suis aussi très fière du projet Au fil du temps, car c’est un projet d’éducation populationnelle qui a une pertinence énorme. Parce que je reste convaincue que la maltraitance psychologique est la forme la plus dangereuse et méconnue de maltraitance, et qu’elle résulte vraiment d’une incompréhension de ce qui se passe dans le cerveau de ces gens vieillissants qui sont vulnérables.
Une dernière chose dont je suis particulièrement fière, c’est tout ce qu’on a accompli pendant la pandémie. On a vraiment soutenu le ministère de la Santé et des Services sociaux dans ses actions, tout en développant des liens étroits avec d’autres ministères. En parallèle, on a accompagné nos membres avec des formations en ligne et des outils concrets, en restant en communication constante et en répondant à leurs questions. On a aussi soutenu le grand public, notamment en offrant des conseils aux parents, aux enfants et aux adolescents. Et pendant cette période marquée par beaucoup d’incertitude, j’ai accordé un nombre record d’entrevues dans les médias.
Je suis aussi fière d’avoir mis en place une planification stratégique de l’Ordre en 2016. C’est un exercice qui a été répété par la suite, mais qui a signé aussi une harmonie entre la vision du conseil d’administration et les actions de la permanence de l’Ordre. Je suis fière d’avoir rallié le conseil d’administration et la permanence de l’Ordre autour d’orientations stratégiques concertées.
Il y a également ce qu’on a fait à la permanence : l’ajout d’un poste de conseiller scientifique il y a quelques années, et la récente scission de la Direction de la qualité et du développement de la pratique et de la Direction de l’inspection professionnelle, de la formation continue et de la déontologie, qui nous aideront à réaliser pleinement les objectifs de la planification stratégique. Je suis aussi fière de la réorganisation du conseil déontologique l’an dernier, de la foire aux questions en ligne et des réflexions éthiques qui sont depuis faites en équipe.
En terminant, la reconnaissance du diagnostic des psychologues, c’est quelque chose qui me rend particulièrement fière. Ça nous aura pris 10 ans, mais ça valait chacune des minutes de travail qu’on a investies dans ce chantier. Les psychologues méritent que leurs compétences soient reconnues à leur juste valeur. Le public mérite pour sa part que le diagnostic des psychologues lui permette d’obtenir des services ou des prestations rapidement, sans devoir passer par le médecin.

Tout au long de sa présidence, la Dre Christine Grou, psychologue, a accordé de nombreuses entrevues dans les médias. Sur cette photo, en octobre 2016, la présidente de l’Ordre est en entrevue avec la journaliste et animatrice Isabelle Richer sur les ondes d’ICI RDI.
Vous avez aussi accordé un grand nombre d’entrevues aux journalistes et occupé une place importante dans la sphère médiatique tout au long de votre présidence.
C’est un réel privilège d’être capable d’expliquer le comportement humain. Nous avons beaucoup de travail à faire pour augmenter la littératie de la population en santé mentale, et les médias nous donnent une belle occasion de faire œuvre d’éducation. On peut penser aux chroniques de psychologie que j’ai publiées dans Le Journal de Montréal. Par ailleurs, quand les gens ne comprennent pas un événement, un phénomène, les médias font appel aux psychologues et c’est normal : devant l’inexplicable, on a souvent l’impression qu’il y a nécessairement un trouble mental. Il y a eu des entrevues très difficiles, où ça m’a tout pris pour m’autoréguler, surtout lors de drames humains. Je pense par exemple à l’émission spéciale avec Anne-Marie Dussault à ICI RDI sur le chauffeur d’autobus qui avait foncé dans une garderie à Laval en 2023. Je crois que, de plus en plus, les journalistes se tournent vers les psychologues pour comprendre et analyser des phénomènes, ils reconnaissent leur expertise.
Il y a eu aussi des entrevues difficiles où il m’était impossible de répondre aux questions des journalistes, au sujet par exemple d’enquêtes au Bureau du syndic. Ce n’est pas que je cherchais à me défiler : les règles de confidentialité sont strictes, le Bureau est une entité indépendante dans le cadre de ses enquêtes. Il est difficile pour le public de comprendre la distinction entre l’Ordre, le Bureau du syndic et le conseil de discipline. Il est à souhaiter qu’une prochaine réforme permettra au porte-parole d’un ordre de donner plus d’informations afin de préserver la confiance du public envers les ordres professionnels.
Que retirez-vous de vos années au sein du système professionnel?
J’ai connu des gens attachants et de grands talents dans le système professionnel, des gens qui croient vraiment à la protection du public. Il y a beaucoup de collégialité au sein de ce système. Plusieurs enjeux sont partagés, mais il y a aussi des préoccupations propres à chaque ordre. Je pense qu’il faut laisser suffisamment d’espace aux ordres pour réfléchir à leurs enjeux respectifs, car le contrôle et la régulation qui viennent de l’interne sont souvent tout aussi importants et plus protecteurs que ceux qui sont imposés de l’extérieur. Ce système aurait tout avantage à se transformer, à s’alléger, à veiller à ce que nos actions aient des effets concrets et directs sur la population.
Quel a été votre premier dossier à teneur plus politique, à votre arrivée?
Quand je suis arrivée à l’Ordre, il y avait beaucoup de discussions et de travaux interordres pour faire atterrir le PL 21, qui est venu encadrer la psychothérapie, dans le réseau et sur le terrain. Il fallait notamment s’entendre avec les autres ordres professionnels sur l’opérationnalisation de la définition de la psychothérapie, sur des vignettes cliniques appliquées à chaque profession. C’était très complexe. On en a eu, des réunions! Ces travaux se sont échelonnés sur plus de trois ans qui se sont ajoutés aux quelques années de travaux qui avaient précédé mon arrivée... soit un premier mandat!
En décembre 2017, Gaétan Barrette a annoncé son programme d’accès à la psychothérapie et en a fait l’annonce en votre présence, en conférence de presse. Comment avez-vous réagi?
J’étais très heureuse et très emballée, car à l’époque je faisais partie de la Coalition pour l’accès à la psychothérapie, avec des personnes de tous les horizons qui travaillaient à une meilleure accessibilité à la psychothérapie. Cette annonce, c’était enfin un pas dans la bonne direction. On se disait : « Enfin, on va élargir l’accès! » C’était le résultat des études de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (l’INESSS) et du Commissaire à la santé et au bien-être. C’était une super bonne nouvelle a priori. Car bien qu’il soit vrai que la psychothérapie n’est pas indiquée pour tous et que bien d’autres services de santé mentale sont efficaces, c’était quand même une promesse d’accroître l’accès à la psychothérapie, qui est toujours profondément insuffisant.
Cela dit, je demeure toujours prudente dans de tels contextes. La volonté est toujours bonne, mais c’est l’opérationnalisation qui est à la fois risquée et ardue. Après ça, des travaux ont été confiés au ministère pour traduire et adapter des guides du modèle du Royaume-Uni, qui est un modèle d’accès aux soins par étapes. C’est en fonction de la gravité des symptômes et du niveau de fonctionnement que l’on donne accès aux services. L’Ordre a fait plusieurs représentations pour s’assurer que le jugement clinique des psychologues soit respecté et que les besoins de la personne soient considérés. Je l’ai toujours dit : il faut donner accès au bon professionnel au bon moment. L’Ordre a délégué une psychologue pour contribuer aux travaux, il y a eu un comité de pilotage, il y a eu beaucoup de travail qui s’est fait, mais malheureusement, sans réel élargissement de l’accès à la psychothérapie...
Que s’est-il passé en 2019 lorsque le PL 43, soit la loi autorisant les infirmières à utiliser le terme diagnostic, a été déposé?
C’était très louable de vouloir élargir les services de diagnostics à d’autres professionnels compétents! Par ailleurs, il y avait à l’époque peut-être 50 infirmières praticiennes en santé mentale, tandis que nous avions plus de 5 000 psychologues qui faisaient déjà du diagnostic, mais qui ne pouvaient pas utiliser ce mot pour leurs conclusions cliniques. On s’apprêtait à donner une nouvelle activité réservée à des professionnels qui ne l’avaient pas, mais on ne la donnait pas à ceux qui pouvaient déjà la pratiquer : ça, ça m’a posé problème! Nous sommes allés présenter notre point de vue à la commission parlementaire sur le PL 43. On avait les appuis de tous les partis d’opposition. Le gouvernement nous a répondu que ça ne se ferait pas dans le cadre de ce projet de loi, mais que des travaux seraient amorcés sur la question du diagnostic. C’était frustrant. Ça m’a enseigné que quand l’appétit politique n’est pas là, il est difficile de faire avancer un dossier. Ça aura pris plusieurs années de plus, mais ces travaux ont finalement eu lieu et ils ont débouché sur l’adoption du PL 67 donnant le droit aux psychologues de qualifier leurs conclusions cliniques de diagnostic en novembre 2024.

psychologue, alors que cette dernière était présidente
du conseil d’administration de l’Association québécoise
des psychologues scolaires.

neuropsychologue et présidente de l’Association québécoise
des neuropsychologues, accompagnée de la Dre Grou.

de M. Gaëtan Roussy, psychologue et président de
l’Association des psychologues du Québec.
Quels ont été les passages en commission parlementaire qui vous ont le plus marquée?
Il y en a plusieurs. Le projet de loi sur la gouvernance des ordres, c’était mon premier : j’étais impressionnée par l’arrivée au parlement, les détecteurs de métal, le décorum. Je pense aussi à la commission parlementaire sur la maternelle quatre ans, à celles portant sur le PL 43 ou sur le PL 67, et à d’autres encore. En 2022, on est allés défendre les droits des patients en santé mentale pour qu’ils puissent accéder à l’aide médicale à mourir (AMM) devant le Comité mixte spécial sur l’aide médicale à mourir de la Chambre des communes. Je vais toujours m’en souvenir. Notre recommandation était que la demande d’AMM d’une personne invoquant un trouble mental soit considérée au même titre que celle d’une personne souffrant de troubles physiques. On a fait la démonstration qu’un trouble mental peut dans de rares cas être grave et incurable, qu’il peut avoir des conséquences majeures sur la vie d’une personne, et qu’il est possible pour les professionnels d’évaluer la capacité à consentir à ses soins. On a aussi dit que l’AMM ne doit pas arriver comme une solution parce qu’une personne n’est pas bien soignée : il faut d’abord s’assurer de la qualité des soins et de leur accessibilité maximale. Je me disais que c’était incohérent que l’on se soit battu pour le respect des droits des patients qui ont des troubles mentaux, que l’on soit pro-autonomie pour ces patients-là, mais qu’on les prive de l’aide médicale à mourir alors qu’on donne ce droit à d’autres personnes qui souffrent, y compris pour des souffrances psychologiques. Je trouvais que c’était un profond non-respect des droits des personnes et un recul considérable. Je me disais également qu’il était dommage que, quand les choses sont complexes, on les écarte plutôt que de multiplier les efforts. Ça viendra certainement. Mais ça prendra du temps.
Quels sont vos plans après la présidence de l’Ordre?
J’ai toujours travaillé beaucoup dans ma vie et je me suis occupée beaucoup de ma famille. J’espère pouvoir prendre un peu plus de vacances dans l’année, à des moments que je choisirai! J’ai des amis, j’ai une vie sociale, je fais des activités culturelles, je pratique des activités physiques, je chante un peu, je lis, j’aime les séries télé… On me demande souvent si je pense faire le saut en politique; la réponse, c’est que, bien qu’il ne faut jamais dire jamais, j’aime trop ma liberté de penser pour pouvoir adhérer à un parti politique. Dans ma vie, je n’ai jamais aspiré à faire quelque chose sur le plan professionnel; on m’a toujours offert des postes ou des opportunités. On est venu me chercher, et ça s’est produit dans toute ma carrière. Ce qui m’a toujours rendue heureuse, c’est le mariage gagnant entre ce pourquoi on me propose quelque chose, et mon intérêt et ma passion pour cette chose. Mais je vais m’ennuyer de ce poste – le deuil est toujours la mesure de tout l’investissement qu’on y a mis – pas juste de la fonction, mais aussi des gens.

Photo : Martin Girard pour Shoot Studio
Nous avons demandé à Christine Grou ce que l’on ne sait pas sur elle. Surprenez-nous, madame la présidente!
↪ J’ai été une grande sportive. J’ai pratiqué le judo pendant cinq ans! J’ai également participé aux Jeux du Québec en tennis dans les années 70.
↪ J’ai aussi pratiqué la gymnastique artistique, j’ai fait la split jusqu’à l’âge de 45 ans! Ça fait un petit bout que je n’ai pas essayé... Mais je suis certaine qu’il ne m’en manquerait pas beaucoup, honnêtement! Par ailleurs, j’apprécie toujours grandement le sentiment de bien-être profond après le sport ou la marche intensive.
↪ À l’adolescence, j’étais passionnée d’histoire, de philosophie et d’astronomie. J’étais aussi une grande fan de science-fiction. J’ai été une adepte de Star Trek, première génération. Monsieur Spock a été une de mes idoles de jeunesse... Je suis une vraie de vraie trekkie!
↪ Je suis passionnée par la cuisine. J’aime beaucoup monter de belles tables. C’est là que mon côté artistique s’exprime! Le plaisir de décorer la table, de regarder des livres de recettes, de marier les couleurs, les saveurs. Mais surtout, le plaisir de la table qui a toujours été présent depuis que je suis enfant. Durant mon enfance, les soupers de famille et les soupers entre amis étaient interminables. Il y avait des conversations stimulantes, des échanges soutenus, du temps partagé et du plaisir. Et il y a aussi, je l’avoue, un certain plaisir narcissique! Quand les gens viennent souper chez nous, ils aiment ça, ils se sentent bien, et ça me gratifie beaucoup.
↪ J’aime les gens authentiques, les relations profondes où l’on développe une intimité psychologique.
↪ Je chéris la nature, la campagne et les cours d’eau : je m’éblouis devant les beautés de la nature, les couchers de soleil, les pierres polies du fleuve en forme de cœur, les « larmes de sirène ». Je peux me bercer pendant des heures en regardant le lac par la fenêtre sans m’ennuyer.
Vous désirez souligner le départ de la présidente?
Faites-lui parvenir un message, par écrit ou en vidéo, d’ici le 13 avril! Pour ce faire, remplissez le formulaire prévu à cet effet.